20111125

L’ordre et la morale (et les regrets)

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C’est en groupies de Kassovitch, guillerets et le coeur rempli d’espoir que nous sommes allés voir l’Ordre et la Morale. Et c’est franchement mitigés, pour ne pas dire carrément déçus que nous en sommes sortis.


S’il n’est pas dépourvu de fulgurances et d’instants brillants, l’Ordre et la Morale demeure ponctué de trop de maladresses pour être à la hauteur de son Papa.

Relatant les tragiques événements de la grotte d’Ouvéa, consécutifs à la prise d’otages d’une quinzaine de gendarmes par des indépendantistes kanaks en 1988, le film retrace les 10 jours précédant l’assaut, à travers les yeux et difficultés d’un capitaine du GIGN envoyé sur place… et qui va se perdre aux jeux des ordres et de sa morale.

Notre Kassovitch national signe ici une réalisation quasi-parfaite, esthétique, adroite, immersive, presque palpable… Un véritable relief, bien rendu par une bande-son efficace, rythmée, tout le long, par des percussions métalliques assez anxiogènes. Comme des scènes d’action merveilleusement menées et une Nouvelle-Calédonie brillant de mille feux, écrasée par une météo aussi enchanteresse que cauchemardesque.

Malheureusement, cela ne l’a pas empêché de tomber dans pas mal d’écueils dont celui du sujet passionnant mais très casse-gueule. Certes fouillé, sans raccourcis, documenté et, dans sa première partie très fin et adroit, le scénario n’en évite pas moins longueurs sans fin, palabres sentencieuses et poncifs en série faisant, peu à peu, sombrer les débuts prometteurs dans un manichéisme de cours de récréation…

Les dialogues sont lourdingues, souvent cousus de fil blanc et étonnement mal servis par des acteurs très inégaux. Des seconds rôles souvent excellents et des premiers rôles qui laissent gravement à désirer. D’un Bernard Pons très convaincant (qui en sort habillé pour une bonne dizaine d’hivers austraux) et des vieux kanaks plus qu’émouvants, à un Kassovitz très loin de son seuil de compétence. Le tout, en passant par le pourtant excellent Malik Zidi, qui peine ici à sauver son rôle du néant absolu et des premiers rôles kanaks manquant carrément de justesse!

Malgré certaines intentions louables et quelques tentatives ethnologiques pleines de potentiel, les Kanaks n’en sortent pas grandis, oscillant entre tarés du village et penseurs écologistes à baffer. De même, les tenants et aboutissants du conflit, des jeux politiques et du problème kanak ne sont que partiellement, oserais-je dire partialement, effleurés et il eût fallu faire un choix entre film d’action et film historique…

Ou jouer la sobriété et les faits comme le fît, en 2002, le Bloody Sunday de Paul Greengrass.