20120425

Cosmopolis

prt_220x220_1338541024

Cosmopolis, c’est l’histoire d’un mec qui a une prostate asymétrique.
Et qui le vit visiblement super mal. Il en parle tout le temps, de sa prostate. A tout le monde.


Cosmopolis, c’est l’histoire d’un mec qui veut se rendre chez un coiffeur, là, maintenant, tout de suite. Alors que, soyons honnêtes, il n’a absolument pas besoin d’une coupe de cheveux, le mec.
Cosmopolis, c’est l’histoire d’un mec qui a lu Proust. Qui est même sacrément calé sur Proust apparemment. Je veux dire par là qu’il est capable d’aller au-delà de « longtemps je me suis couché de bonne heure. » Le mec, lui, il en a retenu cette sombre histoire de chambre tapissée de liège pour l’insonoriser. Si, si Proust a fait ça, oui. Bon, bien sûr, moi je n’en savais rien (autant sur Platini, ça va, je tiens une soirée, autant sur Proust, j’avoue…). Mais le mec, lui, il n’arrête pas de s’en vanter. Subtilement, même, qu’il s’en vante. Comme ça, l’air de rien, il lance, à qui veut l’entendre, qu’il vient de faire « prouster » sa voiture. Joli mot, faut avouer, pour dire qu’il l’a faite insonoriser, sa caisse.
Cosmopolis, c’est l’histoire d’un mec qui passe ses journées dans sa limousine. En même temps, maintenant qu’elle est « proustée », il aurait tort de se priver… Et puis attention, hein, il y a tout le confort: bar, frigo, télé, ordinateur, sièges en cuirs. C’est même peut-être plus grand que mon salon, c’est dire… Il y passe donc ses journées, et ça, pour le coup, il le vit super bien, le mec.
Cosmopolis, c’est l’histoire d’un mec qui se pose beaucoup de questions. On peut même aller jusqu’à dire que c’est un mec du genre compliqué, le gars. Sa grande interrogation, qui le titille autant que sa prostate asymétrique le gratouille, c’est de savoir où les limos dorment la nuit. Cela dit, on se moque, on se moque, mais ce n’est pas con comme question. Sauf que si, en fait, c’est très con… Elles dorment dans un garage, comme tout le monde (sauf moi, qui dors dans un lit, mais c’est une autre histoire). A une petite différence près, bien sûr, avec le commun des garages, c’est qu’il est plus grand. Bref, pas de quoi se turlupiner pour si peu.
Cosmopolis, c’est l’histoire d’un mec qui dispose de deux ascenseurs privés à son domicile. L’un, plus lent, diffuse du Satie. L’autre, plus rapide, de la soul (un chanteur qui n’existe pas en vrai, mais qui meurt dans le film, je peux le dire sans rien spoiler d’important). Anecdote fort savoureuse, vous en conviendrez, mais chez lui, il ne doit pas y foutre les pieds souvent, puisqu’il ne quitte jamais sa limousine chérie (une petite trappe y est même prévue, s’ouvrant sur le bitume, pour que le mec fasse son petit pipi).
Cosmopolis, c’est l’histoire d’un mec blindé de thunes. Il a ainsi acheté un avion russe, époque soviétique, à un Belge au Kazakhstan, il y a quelques années. Rentré aux Etats-Unis, il s’est rendu compte, le mec, que son joujou avait besoin de pièces de maintenance pour continuer à voler. Des pièces qui n’existent plus. Le bel avion est donc cloué au sol, à dormir dans un hangar. Parfois le mec l’avoue, il se rend incognito jusqu’au hangar pour le regarder son bel engin qui ne sert plus à rien. Mais, au final, ça n’a pas l’air de trop le mortifier cette histoire. Une histoire à 31 millions de dollars, tout de même.
Cosmopolis, c’est l’histoire d’un mec qui se fout de l’argent. Qui se fout de tout, à commencer de lui-même. Jamais un sourire, jamais un sentiment sur son visage, toujours si lisse, imperturbable, impénétrable.
Cosmopolis, c’est l’histoire d’un mec, Eric Packer, 28 ans, trader névrosé, PDG de Packer, qui spécule comme un malpropre sur la chute du yuan, sans se soucier de savoir que ses bidouillages boursiers, opérées par écrans interposés, peuvent avoir des conséquences directes sur la vie des gens réels.
Cosmopolis, c’est l’histoire d’un mec qui a perdu pied par rapport à la réalité. Il parie sur la baisse du yuan, le mec, mais le yuan monte. Il perd des milliards, le mec, mais tout cela, pour lui, n’est que du virtuel. Cela ne l’intéresse pas. Cela ne l’intéresse plus. Il s’ennuie, le mec. A mourir. A rechercher la mort. Car oui, aussi, Cosmopolis, c’est l’histoire d’un mec que l’on cherche à assassiner.

Cosmopolis, c’est l’histoire d’un mec, David Cronenberg, qui s’est dit qu’on allait sûrement le prendre pour quelqu’un de très intelligent s’il faisait un film obscur, pour ne pas dire incompréhensible. Oh! je comprends le message – la finance, c’est mal, la spéculation, c’est caca, les traders ils sont tous dingos – mais c’est tellement fait avec de grosses ficelles que cela en devient ridicule. Juste un exemple. Cronenberg utilise la symbolique du rat, dans des scènes de manifestations autour de la voiture du jeune trader. La peste de la finance, en somme, la pourriture grouillante, propre à contaminer le monde… Wouaaah, surpuissant le message…

Cosmopolis, c’est l’histoire d’un mec, Robert Pattinson, qui a cru qu’il suffisait de jouer dans un film pseudo intello pour se sortir de son image de sex-symbol pour adolescentes prépubères. Raté… Et doublement raté, même. D’abord parce que le film est mauvais, et ne restera pas dans les souvenirs de grand monde. Ensuite parce que, dans bon nombre de plans, avec son regard noir de biais, le brave Robert prend des allures de George Clooney jeune. Mais que Pattinson se rassure: après tout, George Clooney a bien joué dans Le retour des tomates tueuses en début de carrière, non?

Cosmopolis