20120410

Googlechoes Sociologies du ninja gratuit

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Dieu est omniscient, comme Google, mais il est aujourd’hui sans doute moins sollicité que le moteur de recherche.


Peut-être y a t-il gagné en qualité, en tous cas, je l’espère pour lui (et pour nous), car s’il devait répondre comme Google aux nombres de requêtes absurdes que l’on trouve sur la toile, nous pourrions nous attendre à une apocalypse très prochaine.

Un site (aujourd’hui devenu un célèbre ouvrage*) dont la dénomination est déjà tout un poème : « Devenir un ninja gratuitement », a eu la lumineuse idée de répertorier une multitude de ces recherches, toutes plus loufoques les unes que les autres. Il a ainsi le mérite de nous mettre en présence des interrogations étranges traversant notre société, comme une face cachée de la métaphysique contemporaine remontant des abîmes chaotiques du net. Voici donc ce que l’on peut y trouver, sur le mode d’une liste à la Prévert (nous avons gardé les fautes d’orthographe), et que l’on peut apprécier, dès lors que l’on garde en tête que « L’absurdité est un plaisir fugace, comme une cigarette que l’on fume en riant, tout en sachant qu’elle est nocive. » (Norman Mailer)**

Nous retrouvons ainsi le militant rationaliste : « père noël n’existe pas prouvé mathématiquement », militant qui en règle générale se pose des questions scientifiques frisant la métaphysique comme « durée de l’existence d’un mort » ou « pourquoi le ciel et haut ».

L’historien-géographe angoissé : « où commence le 1er janvier dans le monde? ».

Le soucieux de son hygiène dentaire, manifestement convaincu d’être trop raisonnable : « brosse à dent qui rend fou », ou le DJ déjà manifestement atteint : « schizophrénie paranoïaque aux couleurs et aux sons ».

Des êtres que l’on croyait imaginaires qui, désespérément isolés, sont en quête de leurs semblables : « trouver des vraies vampires a lyon ».
Des voyeurs gores : « Vidéo d’un enfant remplacer par erreure contre un poulet dans le four ».

Des théologiens en herbe : « manger le corps du Christ est-ce anthropophage ? », « j’ai rencontré Facebook », « trouver chuck norris », avec la variante de l’historien-coiffeur : « a quel époque la coiffure a commencé a exister ? ».

Des philosophes : « si l homme etait parfait il serait comme inspecteur gadget », « concept de l’orange », « le grille-pain est apparu avant le pain ».
Des obsédés sexuels : « mémée infernale au plumard », « je suis en manque », « e.t l’extraterrestre + fellation + vidéo », « jean-jacques goldman sexe photos » avec des versions fétichistes comme « j’adore mettre des pantoufles de femme je mets celles de ma femme elle aime ça elle aussi ».

Les existentialistes préoccupés par nos amis les bêtes : « destin de fourmi », « pinguoin anorexik putin », « est-ce que l’hamster russe a le droit de manger de la laitue ? », ou par la paix dans le monde : « pourquoi les hommes tue le monde ».

Des fachos soucieux de ne commettre aucune faute de goût : « coupe de cheveux jeunesse hitlérienne », « posters racisme et masculinité », « chat pour hitlériens ».

Des pragmatiques prudents : « pourquoi ne jamais ramasser le savon dans la douche », ou utilitaristes : « technique pour nouer ses lacets », « comment tuer sa femme sans laisser de trace », ou encore « komen réusir le bac san travailé ».

Des soucieux de leur esthétique physique : « qu’est-ce qu’une tête bizarre », « pieds qui sentent le munster », « site pour essayer de devenir belle », « Est-ce que le soja accélère la repousse des poils ? », « robe mamie nova ».

Des aventuriers : « expédition dans le triangle des Bermudes cherchant volontaires ».

Des vénaux : « est-il possible de prelever de l’argent sans que ça se voit sur le compte », « comment faire pour arnaquer les gens avec internet ».

Ceux qui veulent avoir une vie sociale : « mot à placer en soirée », « youhou je suis là ».

Des littéraires : « des mots avec ouil à la fin », « trouver des mots avec des lettres ».

Ceux qui se préoccupent de leur avenir : « comment devenir un professionnel des chauve souris », « salaire d’un ninja », « je veux rejoindre al qaïda », « profession exorciste ».

Des surréalistes : « produit pour bronzer les champs de fusils », « trouver des costumes de poule dans l aube ».

Le révolté cherchant tous les prétextes à la transgression : « des tongs interdites lycée ».

Ceux qui manifestement regrettent certains choix existentiels : « pourquoi je deviens mère bordel ».

Autant de préoccupations dont nous pouvons malheureusement présumer qu’elles ne trouveront pas satisfaction, engendrant leur lot de frustrations. Reconnaissons leur, néanmoins, une certaine dimension poétique dont le caractère est d’autant plus surréaliste qu’elle est involontaire. Si l’on considère l’engagement de certains surréalistes dans le soutien au régime soviétique (que l’on songe par exemple à Breton et son ode à Staline), on donnerait presque raison à Marx qui affirmait que l’histoire se produit une première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce.

** Extrait d’un Entretien avec Isabelle Fiemeyer – Novembre 1995