20120510

Chroniques sexuelles d’une famille d’aujourd’hui

prt_220x220_1337683867

Le film qui enfile les clichés.


Dark Shadows était complet, je me suis rabattu sur Chroniques sexuelles d’une famille d’aujourd’hui. Le pire c’est que c’est vrai. Inutile, de toute manière, de se trouver d’excuses pour aller voir Chroniques sexuelles: en dépit de son titre, il n’y a pas grand-chose de sulfureux dans ce film. Et donc pas besoin de se munir d’un certificat de bonnes moeurs pour en parler.

Le film de Jean-Marc Barr et Pascal Arnold est seulement interdit au moins de 12 ans, ce qui veut dire que, en dépit de la multiplication de scènes « hot », pas un bout ne dépasse. Nous voilà rassurés. Ou frustrés, c’est selon. Des fesses d’adolescents rebondies (les fesses, pas les adolescents) et des nichons de meufs bien galbés (les nichons et les meufs, ça marche pour les deux cette fois): voilà à peu près tout ce que l’on voit, pendant 1h15, et souvent, pour ne pas dire tout le temps, de façon gratuite. 

PAS DE SCENARIO, OU SI PEU…

Et c’est dommage parce que le postulat de départ était potentiellement intéressant: comment une famille un chouya prude, où le sexe fait figure de tabou absolu, va devoir malgré tout apprendre à aborder le sujet pour se sortir d’une situation embarrassante?

Pitch guère original, peut-être, mais qui a le mérite de renvoyer chacun d’entre nous à se propre histoire. 
On parlait de cul, chez vous? Bien sûr que non. Chaque génération se refile la patate chaude, sans un mot, en espérant que la nature, généralement bien faite, se charge de faire en sorte que tous les bouts s’emboîtent… enfin se recollent… Enfin disons que chacun se démerde comme il peut, d’ordinaire, et cela arrange finalement tout le monde…

PITCH

Romain, le petit dernier de la famille, 18 ans, se fait choper en train de se branler en cours de biologie. La honte ultime. Direction le bureau du directeur et, forcément, l’appel à la maman, pour qu’elle vienne recueillir son rejeton. Une scène d’entrée assez savoureuse, sur le papier. Là, en dehors du fait que c’est très souvent mal joué, on ne croit pas une seconde au récit proposé. Soit Romain s’écroule, rougit de honte et baisse la tête devant sa mère, soit il la relève bien haut (la tête), et se la joue kéké sûr de lui, plein de bravade. Il s’engouffre en réalité dans un entre-deux mollasson, bredouillant un « c’est pas la fin du monde après tout » qui ne convainc personne.
Quant à la mère, si sa première réaction semble tenir la route – il est urgent d’attendre le retour à la maison et de laisser faire papa (le concept de patate chaude, tout ça…) – la suite n’est pas crédible une seconde. Interloquée par ce silence, pesant, autour d’un sujet pourtant essentiel dans la vie, elle prend le parti de faire exploser les non-dits. 
Mais alors tout sauf subtilement, ce qui vient gâcher une belle idée initiale. Ainsi, le lendemain matin, sa première cible est grand-papa, veuf depuis cinq ans, qu’elle cueille à froid dans son jardin. « Dites, je voulais savoir… Comment ça se passe sexuellement, pour vous, depuis la mort de votre femme?« , attaque-t-elle tout de go.
Abrupt, pour le moins. 
La réaction de papy? Choqué? Même pas. Balayant la question d’un geste? Non plus. Pépé répond le plus naturellement du monde, comme si la question coulait de source: « Ça tombe bien que vous abordiez le sujet, je fréquente une prostituée deux fois par mois, dévoile-t-il sans un tremblement dans la voix, tout en taillant ses rosiers.Cela me permet de satisfaire mes besoins sexuels. Mais, voyez-vous, ma belle-fille adorée, j’ai toujours peur de claquer entre ses bras, et je suis bien content de pouvoir vous le dire aujourd’hui, ainsi, si cela arrive un jour, vous saurez que ce n’est pas par perversion que je vais aux putes, mais par hygiène, et vous ne me jugerez donc pas. »

EN UN MOT ET QUATRE SYLLABES

Ri-di-cu-le… 
Le reste est malheureusement à l’avenant. Ni subtil, ni crédible. Juste des scènes de baises qui se succèdent, sans intérêt, et qui ne font pas avancer le film. La soeur, aux seins refaits, paraît n’avoir d’autres occupations, dans la vie, que de niquer avec son copain. On ne sait rien d’elle, à part cela. Tout juste si, avec un peu d’analyse rétrospective, on peut estimer que ses nichons tout neufs lui permettent de s’épanouir dans sa sexualité. Il y avait peut-être là un petit quelque chose à exploiter… L’acceptation du corps, le sien, celui de l’autre, ce genre de choses… Trop d’efforts, sans doute, pour Jean-Marc Barr et son acolyte, décidément très fainéants dans leur approche. Il est si facile, après tout, de filmer des scènes de cul mièvres, plutôt que de développer des idées scénaristiques…

Et le frère aîné? Ah! le frère aîné! Séparé de son amie, il se cale de petits rendez-vous libertins via Internet, et se découvre une bisexualité torride qui, une fois dévoilée, passe comme une lettre à la Poste auprès de ses parents. Cela aurait pourtant pu être l’occasion de creuser la psychologie des personnages, en auscultant les réactions de chacun face à cette annonce. Mais non, rien de tel. Fainéants, on vous dit, les deux réalisateurs. 

Et finalement tellement pathétiques avec leur sous-film de cul, qui ne fait rien d’autre qu’enfiler les clichés.