20120502

Comme un ananas

comme un ananas
dans In Exhibit

L’artiste qui clame avoir « toujours dessiné alors que la musique est une phase »
dévoile une autre facette de sa personnalité atypique.
Cette fois-ci en tant que plasticien.


Prolifique et protéiforme, Philippe Katerine est ce que l’on peut appeler un artiste total. Depuis une dizaine d’années, il dessine les contours de son univers artistique, à la fois décalé, absurde, drôle, et déjanté. Même s’il parait bien loin du monde réel – c’est le cas de le dire… –, Philippe Katerine nous montre que sous ses airs marginaux, il est un fin observateur de la société contemporaine et des travers de nos hommes politiques. 

La Galerie des Galeries invite cet ancien étudiant en arts plastiques à réaliser sa première exposition en lui donnant carte blanche. Il l’a intitulé Comme un ananas, clin d’œil à Julien Baer, qui chantait que « comme un ananas, j’ai passé ma vie à moitié en tranche, à moitié entier… »

Imaginée en tranches, l’exposition nous transporte dans l’univers fantasque de Katerine. Un premier couloir, entièrement blanc, présente des dessins lisibles en diptyques. Le premier est le portrait d’une personnalité politique avec un objet dans une situation inhabituelle. Mon préféré, Sarkozy en jardinier ratissant des feuilles mortes, et dans le second, juste des feuilles mortes. Prémonition ? Le style est sobre, seuls des traits au feutre noir sur un fond blanc esquissent des personnages. Les œuvres évoquent les acteurs de la vie publique, des politiques de droite, de Sarkozy à Le Pen, qui entrent et sortent de nos vies. L’artiste a déjà affirmé son goût du travestissement, du détournement notamment dans ses clips, aimant à se déguiser en Reine d’Angleterre, en Pape ou en basketteur. Il construit ici une sorte de réflexion sur les apparences mais toujours avec humour. 

A la fin de ce couloir, nous entrons dans une salle obscure dans laquelle on peut entendre la chanson de Julien Baer . On pousse la porte de sortie pour tomber dans une salle d’un bleu pétard aveuglant. Au centre, trône une sculpture-fontaine de 2m50 de haut qui met en scène des éléments de ses dessins, comme Kanye West cotoyant des bonhommes roses volants et des balles de tennis suspendues dans une galaxie kitsch à souhait, non sans rappeler par quelques aspects Niki de Saint-Phalle. Puis l’on débouche sur un nouveau couloir blanc illustré d’une petite histoire sur post-it et de quelques aquarelles, comme des tranches de vie du quartier où il vit désormais, le XVIème. Les petits papiers de Philippe Katerine évoquent aussi l’amour, la solitude et ses aquarelles, simples et poétiques, font penser à Sempé. 

C’est par des touches de simplicité que Philippe Katerine réussit à dévoiler toute la poésie de son univers fantasque. Son auto-portrait — son visage surplombé du feuillage d’un ananas — dévoile toute la naïveté de son coup de crayon. C’est définitivement une exposition étonnante, touchante qui permet de découvrir une nouvelle facette de l’artiste. A voir absolument. 

« Comme un ananas » 
Carte blanche à Philippe Katerine à la Galerie des Galeries, du 4 avril au 7 juillet 2012