20120518

Les Bonnes de Jean Genet

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Il était une fois, dans une maison de poupées, 2 sœurs qui s’aimaient d’un amour interdit.


Ces 2 sœurs vivaient sous la coupe d’une femme hautaine et cruelle, « Madame ».

Noyées sous les tâches ménagères que « Madame » leur imposait, leur quotidien se résumait à des brimades et des humiliations permanentes.
Un jour, une idée noire vint se glisser dans les esprits torturés des 2 sœurs : il faut tuer « Madame ». 
Comme tout crime qui se respecte, une préparation minutieuse se mit en place. Mais lorsque la folie devient peu à peu la maitresse de toutes choses, les 2 sœurs s’égarent dans un labyrinthe de violence, quitte à y perdre leurs âmes…

C’est dans une ambiance brumeuse et gothico-chic qu’est présentée la première de la pièce Les bonnes de Jean Genet, ce 4 mai 2012.
Cette histoire est inspirée de l’histoire des sœurs Papin qui massacrèrent violemment leurs patronnes dans les années 30. Un fait divers déjà réinventé par plusieurs auteurs notamment dans La cérémonie, de Chabrol, ainsi queLes blessures assassines de Jean Pierre Denis.

Dans la pièce de Genet, les deux sœurs criminelles s’amusent à recréer le meurtre de Madame, prenant du plaisir dans la violence et jouissant de cette folie meurtrière.
Jouer le fait de jouer, avec la notion du rôle dans le rôle, permet aux deux interprètes principales, Marine Assaiante et Lise Pujol, de s’amuser des codes et de démontrer toute la maitrise de ces deux personnages énigmatiques.
Leur relation troublante, teintée de cruauté, est parfaitement rendue.

Mais c’est un jeu dangereux auxquelles se prêtent ces 2 personnages : quand le jeu s’arrête-t-il ? Quand n’est-il plus là ? A la manière des sadomasochistes, la mise en scène frôle les limites et la violence des sentiments l’emportent sur la maitrise. Tour à tour dominatrice ou soumise, leur relation incestueuse rend troublante ces rapports toujours inversés.
« La robe blanche est le deuil des reines, Claire. »
L’arrivée de « Madame », la vraie, change la donne. On retrouve les sœurs forcées d’être soumises, préméditant leur crime. Un certain humour est présent, et contribue à rendre encore plus étrange cette atmosphère.

On pourra également y voir une certaine dénonciation des conditions sociales de l’époque et de la violence des rapports humains: quand la hiérarchie écrase l’individu, le niant dans son humanité, la riposte cinglante semble parfois une évidence…

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