20120510

Margin Call

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Qui s’attend, avec Margin Call, à un film plein de l’adrénaline d’une salle de marché sera déçu.


Je m’attendais à un film plein de l’adrénaline d’une salle de marché, je suis déçu… Les promesses étaient belles, pourtant. Je ne dénoncerai pas mes petits camarades, et loin de moi l’idée de me faire critique envers les critiques, mais j’ai un chouya l’impression que l’on m’a survendu le bousin.
Thriller chez les requins de la finance, avais-je lu quelque part (non je ne vous dirai pas où), tandis qu’ailleurs (non, toujours pas de dénonciation, non), on évoquait un huis clos où « les ego (se) répercutent sur le carrelage, la testostérone éclabousse les chemises à poignets mousquetaire. »

“LENT SUPERFICIEL, SANS ASPÉRITÉ”

Je n’ai rien vu de tout cela, moi. 
Plutôt un film lent, superficiel, et sans aspérité. Un ratage, en somme. Sur le papier, l’idée était cependant plaisante. Nous sommes en 2008, juste avant la crise des subprimes. Dans une grande banque d’investissement américaine, une journée comme une autre débute chez nos amis traders. A un petit détail près. Alors même que tout va encore bien, c’est déjà opération portes ouvertes: une bonne partie de l’étage doit faire ses cartons, et quitter les lieux sur le champ. Il faut bien maintenir ses niveaux de rentabilité après tout. Eric Dale (joué par Stanley Tucci), analyste financier chevronné, est l’un des premiers à dégager: bureau à vider dans le quart d’heure et téléphone portable professionnel aussitôt désactivé. A peine si, en partant, il a le temps de donner à l’un de ses camarades une clé USB. « J’étais sur un dossier important, lui glisse-t-il. Regarde si tu veux bien. Mais surtout sois prudent » (be careful en VO).
Le camarade en question, Peter Sullivan, prend gentiment la clé USB et la met dans sa poche, sans plus guère y penser. Mais ce « be careful » jeté par son ex-boss le titille quand même et, le soir, quand tout le monde est parti, il branche la clé à son ordinateur. Et voilà-t-il pas que… Eurêka mais c’est sûr, yeux écarquillés et bouche bée, Peter Sullivan, sous nos yeux ébahis, vient de découvrir le pot aux roses: sa banque est méchamment engluée dans une merdasse toxique. Parfaitement. Des prises de risques bien trop importantes, pour des milliards et des milliards de dollars, grandement sous-évalués, et qui mettent son existence même en question.

DE L’UTILITÉ DE SETH…

Un coup d’oeil à la montre. Il est 23h. Qu’à cela ne tienne, c’est bien trop urgent pour attendre le matin. Peter appelle son pote Seth qui, avec quelques autres collègues, se pochetronne gaillardement dans un bar de New York. Seth, il faut le savoir, n’a strictement aucun intérêt dans ce film. Il ne fait que suivre le mouvement, doit prononcer une dizaine de phrases grand maximum, mais se trouve, ô joie, incarné par Penn Badgley, bogosse découvert dans la série Gossip Girl: sans doute faut-il voir là une tentative des producteurs pour attirer une foule en délire de post-adolescentes en fleurs… Mais bon, continuons. Seth rapplique aussitôt, en compagnie de Will Emerson, une sorte de sous-chef. Ne me demandez pas son titre exact dans la société, là-bas, on ne parle pas en poste mais en salaire: disons alors que Will tourne autour de 2,5 millions de dollars par an quand ces mange-merde de Peter et Seth sont peut-être, allez, soyons larges, à 800.000.
Penchés sur l’écran de Peter, les trois traders conviennent que l’heure est grave. Tellement grave que l’on appelle le « N+1″, Sam (Kevin Spacey) qui, lui-même, rameute l’ensemble du board. Les réunions de crise se succèdent dans la nuit, et c’est là que cela commence à tourner en rond. 

“UNE BOUILLIE MIÈVRE”

D’abord parce qu’on ne comprend finalement rien à ces histoires d’actifs qui risquent de plomber la banque même si, à plusieurs reprises, le PDG demande expressément à ses traders d’abandonner leur langage technique pour lui « parler anglais ». Ensuite et surtout parce que de batailles d’egos, comme promises par la critique du Figaro (non je n’ai pas dénoncé, non), il n’y a pas. Pas plus que de profondes remises en questions morales sur ce qu’il convient de faire. Ni même d’âpres luttes de pouvoir pour évincer son voisin. Pas d’égo, pas de testostérone, et pas de thriller. Une bouillie mièvre, à la place.

Tout ce beau monde se range à l’avis du PDG, avec plus ou moins d’enthousiasme, certes, mais sans franchement lutter: il faut, dès l’ouverture du marché, sauver ce qui peut encore l’être en vendant coûte que coûte ces putains d’actifs toxiques (pas mal de fuck dans les propos, tous superbement ignorés par le sous-titrage, mais passons). Ce qui signifie provoquer sciemment une crise financière majeure, puisque les acheteurs bernés se retrouveront alors propriétaires de coquilles vides.

Franchement caricatural, Margin Call ne doit pas devenir le film référence pour comprendre la crise de 2008. A ma connaissance, le cinéma n’a pas encore trouvé cette pépite, susceptible de faire date dans les esprits. A défaut, et sur les conseils d’un ami, je ne peux que vous encourager à vous plonger dans les lectures de « La crise, et après?« , de Jacques Attali, ou de « La Banque« , de Marc Roche, a priori bien plus éclairants.