20120505

Radiostars

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Avec Radiostars, une révélation: Manu Payet. Déjà très bon dans Les Infidèles, avec seulement un petit rôle, il est franchement excellent dans Radiostars, le premier film de Romain Lévy, qui avait bossé, autrefois, pour Les 11 commandements, avec Michael Youn. On y retrouve le même esprit « bande de potes », mais avec davantage de finesse.
Qui a dit que ce n’était pas dur, qui?


On suit les aventures, mi-merdiques, mi-joyeuses, de l’équipe du Breakfast Club, la matinale star de la radio Blast FM. L’émission est numéro un dans sa catégorie, et ses animateurs ont une légère tendance à ne plus trop se sentir. Sauf que, patatras, la dernière salve de mesure d’audiences est mauvaise. Le Breakfast Club n’est plus le leader. Alors que l’été arrive, le patron de l’antenne en profite pour recadrer ce beau monde: ce n’est pas sur la Côte d’Azur que la petite bande va passer ses vacances, encore moins aux Maldives! C’est plutôt au cul des vaches, à ratisser la France rurale et lointaine, à la rencontre de l’auditeur perdu, à bord d’un minibus. Pas de vacances pour les braves, mais une tournée d’été, à continuer d’animer cette foutue émission de radio.
C’est la France de Jean-Pierre Pernaut qui défile. Chaumont, Langres, Vesoul, Belfort, Limoges, Mornas. Mornas existe, si, si… C’est dans le Vaucluse et il s’y déroule une scène assez dingo dans le McDo du coin, à base de rappeur se découvrant plein de poésie si on lui donne une guitare sèche à gratouiller. On ne leur épargne rien, aux gars du Breakfast, tous Parisiens, et tous ayant toujours eu, visiblement, quelques réticences à franchir le périph’. Un exercice de fauconnerie ici, une dégustation de fromages là-bas… Pour eux, c’est dur, très dur. Pour nous, spectateurs, c’est juste jouissif. Allez, disons que je m’emballe un peu, et accordons-nous sur les qualificatifs de légers et drôles. Mais alors, franchement drôle! Les vannes fusent de partout, et la galerie de personnages, brossée par Romain Lévy, est très réaliste. Pour tout dire, même Clovis Cornillac est bon dans ce film. Je sais, c’est dingue…

Cornillac joue le rôle de l’animateur vedette, Arnold, quadra bougon, mais finalement attachant. Dis ainsi, je sais, ça fait un poil caricatural… Pour autant, c’est parfaitement traité, sans ce côté lourdaud que l’on aurait pu craindre. Au contraire, même. Cornillac règne en maître tout sauf absolu sur sa cour du genre capricieuse. Il y a là Cyril (Pascal Demolon), autre quadra, mais dans le style « vieux beau », un brin immature, refusant de vieillir et voulant toujours avoir le dernier mot. Alex (Manu Payet), le jeune talentueux, gentil et à la vanne facile, fascinant à la guitare quand il entonne la « chanson du pique-nique parfait ». Mais hilarant, surtout, quand il cherche à aider son pote Ben à niquer, dans les hôtels miteux où la bande réside. Alex, que l’on sent vaguement excité du slip, mais d’une fidélité absolue à sa copine restée à Paris (c’est exemplaire!), s’incruste dans la chambre de son copain après l’avoir vu lever une fille. Il veut savoir comment ça s’est passé et, « classe, à la Clark Gable, années 50« , demande à faire un petit bisou sur la fesse de la fille endormie.
Il y a donc Ben, aussi, joué par Douglas Attal, le dernier venu dans la bande. Il est engagé pour booster les textes des animateurs de la radio, sur la foi d’un CV vantant les réussites d’une carrière américaine, qui l’aurait vu triompher à New York comme roi du stand-up. En réalité, s’il est bien parti aux States, Ben en est surtout revenu la queue entre les jambes, et avec une copine en moins, puisqu’il vient de se faire larguer. Bref, Ben est en morceaux, et Alex le prend en main pour le requinquer.
Enfin, il y a les deux assistants. Jérémie (Côme Levin), rouquin un peu simplet, bègue de surcroît – ce n’est guère un avantage pour envisager une carrière radiophonique. Et Smitters (Benjamin Lavernhe), souffre-douleur officiel de la troupe. Mais gentils quand même, tous les deux. Et très occupés à essayer de découvrir si le chauffeur du bus, au look androgyne, est un mec ou une meuf. Cette question les occupe tout le long du film, et laisse quelques scènes assez grandioses. Ce chauffeur a la mauvaise idée de s’appeler Daniel(le). Et l’outrecuidance de préférer lire Que Choisir quand Jérémie et Smitters, malins comme pas deux, le testent en lui proposant Auto-Moto ou Voici.

Ces sept-là (huit avec le chauffeur) passent l’été ensemble, dans un road movie radiophonique rafraîchissant. On se marre de bout en bout, sans longueur. Ce qui fait que, vraiment, je ne comprends pas pourquoi, après deux semaines, Radiostars peine à franchir la barre des 400.000 entrées.
Ce film mérite mieux.