20120525

Mieux vaut vivre l’imprévu jusqu’à destination

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Ce week end, Apache a pris le train. Et bien lui en a pris.
Car nous pouvons aujourd’hui rétablir la vérité sur ce chaos ferroviaire. Une tranche de vie bien toastée.


Arrivée en panique à la gare TGV, après avoir couru après mon billet qui s’envolait sur le quai, je saute dans ma voiture, très fière de mon timing de génie. C’était compter sans l’effet papillon.

FRENCH CONNECTION

Car, dix minuscules minutes après avoir quitté Avignon, à hauteur de Montélimar, le train devient un peu tout mou. Jusqu’à s’arrêter carrément. Ciel mon changement ! Deux annonces plus tard — nous priant de ne pas essayer d’ouvrir les portes et d’aller gambader sur la voie — , on entre dans le vif du sujet : l’accident voyageur en gare de Valence. Ce qui ne signifie pas grand chose mais a le mérite de faire peur. Et de nous annoncer au moins 2 heures de retard « suite à l’interruption de la circulation sur tout le réseau TGV suite à l’accident voyageur en garde de Valence TGV ». Joie ô joie de la syntaxe ferroviaire, particulièrement pour tous les stratèges qui avaient opté pour les dix minutes de correspondance à Lyon, des Machiavels de l’interconnection appelés « à se faire connaître en voiture 4 ».

Une très brillante idée, malheureusement tuée dans l’œuf dès la voiture 3 quand nos aimables amis des chemins de fers ont réalisé que nous étions plus d’une centaine de Parisiens en mal de sarriette.

Précision : le train ne bougeait toujours pas.

MONSIEUR LOYAL

Mais c’est vers 19:30 que nous avons découvert quel chouette type était notre conducteur.

Après le lot d’annonces ineptes, du type « pour rassurer ceux que les trois bips avaient fortement inquiété car il y a des gens dans ce train qui se sont fortement inquiétés » — véridique — Robert nous prévient que, bonne nouvelle, le raccordement préalablement programmé en gare de Lyon Part-Dieu venait d’être anticipé. Bonne nouvelle, c’est le terme que je cherchais. Et Robert de continuer sur le mode badin toute la soirée, nous expliquant l’intégralité des manœuvres, nous exposant les plans au fur et à mesure et les changements de plans à intervalle de quinze minutes. Histoire de confirmer un peu cet inexplicable pressentiment de désorganisation générale.

C’est ainsi que nous devions changer à Lyon pour tous les gens en rupture de correspondance, puis non, on allait voir, puis « j’ai une bonne surprise pour les passagers en direction de la Gare de Lyon (laquelle ?), on va Gare du Nord, par contre, pour ceux en direction de Lille (terminus d’origine du train), et bé on y va plus»… Ah et si le train recule, c’est normal, on va à Valence ville. Pourquoi pas ? Et « la dame qui souhaitait descendre à Valence et pour qui on a fait un arrêt est priée de descendre ». Euh, quand on leur demande poliment, ils s’arrêtent ? Je veux bien qu’ils m’arrêtent aux Abbesses moi… Tiens, finalement non, on va à Lille, sans passer gare du Nord MAIS, VIP, on serait débarqués à Roissy ou Marne la Vallée. Chouette ! « C’est rassurant hein ? » Là encore, je cherchais le mot… Rassurant, c’est comme ça qu’il est Robert. Et de finir toutes ses interventions par : « J’insiste. Il s’agit d’une estimation. »

Et nous nous en sommes vite rendu compte puisqu’à l’arrivée, on comptait 4 heures de retard sur l’horaire. Le tout délicieusement rythmé par la sonnerie de téléphone de ma voisine, le remix Dance de My Heart Will Go On.

40 MINUTES POUR VIVRE

L’un des plus grands moments de cet Avignon-Paris, digne d’un tournage de Jean-Pierre Mocky, fut sûrement mon passage au wagon restaurant, également appelé « bar » ou au « buffet » (sic). C’est vrai qu’il aurait été gênant de zapper la minute gastronomique de la SNCF. Et au pire, marché noir aidant, le cours du pain en plastique fait des bonds en de telles périodes.

Tout comme manifestement, l’intégralité du train a eu la même idée au même instant, nous partîmes 4 et par un prompt renfort, nous nous vîmes 4000 en arrivant en voiture 4. Adieu sandwich, chips et cacahuètes « y’a plus que des sucreries ». Et réalisant un rêve d’enfant alors odieusement bridé, j’ai dîné au Mars et Coca Light. Pour cela, il m’a fallu faire la queue 40 minutes. 40 minutes de sociologie, si ce n’est de métaphysique.

En effet, comme personne ne comprenait rien à la série d’annonces lynchiennes de Robert, la foule en était réduite aux conjectures. Tout ça devant le personnel SNCF qui nous enseignait sa science :

« – Non Madame, on ignore si c’est un suicide […] Moi-même un jour, j’ai tué un jeune de 17 ans qui ne voulait pas mourir
Mais l’accident a eu lieu où ?
à Marseille
Mais nous sommes partis de Marseille ! »
Aaah çui-là, à çui-là c’était à Valence ».

Oui, Monsieur, ton meurtre accidentel, on s’en fout un peu en fait.

SNCF ASSISTANCE (PUISQU’IL FAUT L’APPELER PAR SON NOM)

Certes ces deux termes peuvent sembler contradictoires. Toutefois, arrivés à Lyon Part Dieu à 23h45 —au lieu de 19h54— , nous allions réaliser que oui, la magie opère. L’opportunité de travailler mon cancer des poumons me poussa hors du train, me permettant d’admirer la livraison des « plateaux repas ». Un genre de panier Hédiard du rail…

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Des boîtes d’échantillons périmés ?

Quel mauvais esprit ! Une « parisienne » Saupiquet assez dégueulasse plus tard, une tentative avec un taboulé, absolument immangeable, puis de la « pâte d’olive » (une AOC pour sûr) sur Krisproll, avant de laisser tomber ledit suédois dans mon cartonnet sous les yeux horrifiés de mes voisins britons, visiblement agréablement surpris par le colis suspect… Je serais tentée de parier pour du placement produit sur clientèle très captive.

Hormis la horde de taxis odieux, limite gangsters, en guise de comité d’accueil, force est de constater que la SNCF s’en est très bien tirée. Animateurs de train, conducteur d’ambiance, buffet généreux, bonnes volontés et excuses moultes fois samplées, ils se sont bien occupés de nous. Et nous ont livrés à bon port.

Ce qui n’est pas le cas du regretté fauteur de trouble de la gare de Valence.

A moins qu’il n’ait été en train de courir après son billet qui s’envolait quand paf…

Merci le train.