20120525

Toutankahmon, son tombeau et ses trésors

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dans In Exhibit

Esthétiquement, le parc des expositions de Paris-Porte de Versailles est assez loin de la Vallée des Rois, en Egypte.


Si l’on ajoute à cela que l’expo sur le tombeau de Toutankhamon n’y présente que des répliques – certes grandeur nature et plaquées or, mais des répliques quand même – il y a de quoi se montrer dubitatif, de prime abord.
Reste que, pour une fois, il ne faut pas se fier à son intuition. Tout cela a beau être factice, installé dans des entrepôts aux charmes aussi certains, la magie opère: c’est bien la grande aventure de la découverte du tombeau, intact, de Toutankhamon, qu’il nous est permis de revivre. Avec, à la clé, une reconstitution fidèle, salle par salle, de ce que Howard Carter, Lord Carnarvon et sa fille Evelyn ont pu apercevoir en ces jours magiques de 1922.

L’exposition est conçue pour nous mettre dans la peau des ces trois-là avec, compris dans le prix d’entrée, un audioguide très bien fait, à la première personne (c’est Carter qui parle), commentant les différentes étapes de la mise au jour de la tombe. Brillante idée, soit dit en passant, que de proposer ainsi au regard les objets – plus d’un millier en tout rassemblé à Paris – dans leur jus de l’époque. Le trône de Toutankhamon, ses chars, les différentes statues de dieux, son sarcophage et son masque funéraire? On connaît, tout cela, pour l’avoir déjà vu dans des vitrines de musées ou sur écrans… Mais avait-on idée du bordel insensé dans lequel ces trésors, la plupart en or, ont été trouvés ? Moi pas.

TENACE, LE PETIT HOWARD, TRES TENACE

Les Egyptiens étaient donc bordéliques, première révélation de l’exposition ! Et Carter, plutôt du genre tenace. Après quelques considérations sur l’Egypte des pharaons, sa vie, son oeuvre, on entre vite dans le dur, avec une intéressante notice sur Carter et les fouilles dans la Vallée des Rois. 1905. Des objets au nom de Toutankhamon sont découverts. On pense à une tombe pillée, estime qu’il n’y a plus rien à chercher ici. C’est l’avis, du moins, d’un certain Theodore Davis, Américain de son état, et gratouilleur de sable de sa passion (c’est lui qui dispose des droits de fouilles sur la zone). Howard Carter, qui a travaillé un temps dans son équipe, pense le contraire. Il s’obstine et n’est pas franchement d’un caractère à renoncer. Idéaliste et un brin soupe au lait, il se montre ainsi capable de démissionner de son poste au service des Antiquités en Basse-Egypte, sur un coup de tête, après un différend avec des touristes français un peu cons (qui a dit pléonasme?). Pour la faire courte, ces derniers, après avoir payé le droit d’entrée pour visiter un temple, se mettent à râler (des Français qui râlent? Tiens, tiens…) à cause de l’obscurité dans laquelle ils sont plongés et font demi-tour. Carter voit rouge, refuse de rembourser et, plus tard, de s’excuser après que les Français se sont plaints auprès de ses supérieurs. Le petit Howard nous fait alors ce que l’on nommerait aujourd’hui une Christophe Hondelatte: « si c’est ça je m’en vais. » Le tout pour aussitôt le regretter car le voilà désormais réduit à jouer au pauvre guide touristique sans le sou.
C’est là qu’entre en scène Lord Carnarvon. Vieil anglais un peu cabossé à la suite d’un accident de voiture, Carnarvon vient, sur les conseils de son médecin, se requinquer au soleil de l’Egypte. Las, il faut bien l’avouer, on s’emmerde sévère, sur les bords du Nil, si on n’aime pas les crocodiles. Heureusement, le destin se charge de faire se rencontrer les deux hommes. Dès 1909, ils se mettent à travailler main dans la main, avec pelles et râteaux, pour faire de jolis pâtés de sable dans les environs de Thèbes. Carnarvon joue à merveille son rôle de pompe à fric, et Carter celui d’explorateur insatiable. 

4 NOVEMBRE 1922, LE GRAND JOUR

Treize ans plus tard, le 4 novembre 1922 pour être précis, tous ces efforts se voient récompensés par la découverte de la première des seize marches conduisant vers le tombeau du grand Toutankhamon. Au bout de cet escalier, une porte murée. Intacte. Quelques coups de pioches, l’excitation qui monte, un passage qui se créé et devant, maintenant, un long corridor qui descend doucement vers on ne sait où. Carter s’enfonce, fébrile. Bute sur une seconde porte murée. Remonte, au comble de la joie. Pensez-donc: le signe, assurément, que jamais ce qui se trouve derrière n’a été pillé. Mais reste une question, essentielle, brûlante: derrière, justement, qu’y a-t-il?
Carter a la patience d’attendre Carnarvon, qu’il prévient et fait venir d’Angleterre, où il était retourné. Le vieil homme ramène sa fille Evelyn avec lui. Le trio mythique est prêt à entrer dans la légende. L’expo peut réellement commencer. Les entrées dans les salles suivantes sont filtrées. Pour la bonne cause: de courtes vidéos de présentation précèdent les reconstitutions des différentes salles de la tombe. Pas plus d’une petite vingtaine de personnes. Ambiance sombre à souhait. Comme si on y était, ou presque. La Vallée des Rois, l’entrée du tombeau, le récit d’Howard Carter dans les oreilles…
Un premier film. Carter devant la seconde porte murée. La pioche qui s’active. Le trou béant, qu’il peine à dégager. La bougie qu’il enfonce alors, pour essayer de distinguer quelque chose à travers. « Que voyez-vous? », s’enquiert, fébrile, Carnarvon derrière lui. Un court silence. « Des choses merveilleuses », répond Carter. Fin de la vidéo. Jeu de lumière dans le parc des expos: on nous invite à nous déplacer de quelques pas, pour nous poster devant la reconstitution de l’Antichambre, telle que les trois explorateurs l’ont découverte, il y a 90 ans de cela. Séquence émotion car, même s’il n’y a bien sûr pas ce petit frisson en plus que seuls procurent les originaux, il convient de saluer le travail de mise en scène et de lumière réalisé : du grand art, vraiment.

UN CERCUEIL DE 110 KILOS D’OR PUR 

Sept cents objets entreposés en vrac, statues, trônes et chars en pièces détachés. De l’or partout. Une merveille. De quoi jalouser Carter qui, lui, a connu tout cela « pour de vrai ». Au fond, une autre porte. Elle mène à la chambre funéraire nous apprend l’audioguide. Quelques pas de plus et voilà cette nouvelle salle reconstituée. Le si célèbre sarcophage de Toutankhamon devant nous. Carter et son équipe ont dû attendre 84 longues journées avant d’y accéder, à tout déblayer, tout consolider. Pire, une fois atteint, il leur a fallu encore s’armer de patience. Car pour être protégé, il était sacrément protégé, ce foutu sarcophage: emboîté dans quatre chapelles, comme dans autant de poupées russes. Et encore, ces quatre chapelles délicatement enlevées de la tombe, c’est la bagatelle de trois cercueils qu’il faut maintenant se coltiner, dont un en or pur – 110 kilos d’or pur ! Ce n’est ainsi qu’en octobre 1925, quasi trois ans après la découverte de la tombe, que Carter peut enfin admirer le masque mortuaire de Toutankhamon, tout en or, puis la momie du Pharaon.
Cet ensemble merveilleux, chapelles puis cercueils emboîtés, est présenté successivement en fin d’exposition, ainsi que bon nombre des plus de 3000 pièces découvertes au total dans la tombe, depuis des dizaines de statues votives jusqu’au trône de Toutankhamon, en passant par ses chars, ses armes, des jouets, des bijoux ou des amulettes. Une dernière salle, enfin, s’interroge opportunément sur les causes de la mort du Pharaon, et les dernières hypothèses en date. L’assassinat, un temps évoqué, paraît aujourd’hui écarté: la fracture du crâne décelée pourrait être post-mortem. La fracture du genou, et sa possible infection ensuite, semble davantage tenir la corde. Ce n’est de toute manière assurément pas le paludisme, dont le jeune Pharaon était atteint, qui l’a tué, ni même cette maladie osseuse, lui déformant le pied gauche… Mais une chose est sûre: Toutankhamon, mort à 20 ans après une petite dizaine d’années de règne, était sacrément mal en point pour son âge. Et surtout, roi finalement insignifiant, jamais le petit Pharaon n’aurait dû traverser les millénaires, sans la découverte de sa tombe par Howard Carter et son équipe.