20120622


Sandrine, ancienne actrice porno


Un soir, après quelques coupes de champagne (toute bonne histoire commence ainsi), j’ai rencontré Sandrine. C’était dans une galerie d’art érotique, devant une toile au goût douteux, une copie gouacheuse et gauchère d’une mauvaise image porno.

Sandrine


Sandrine est une ancienne actrice X, premier rôle, entre autres, du Fabuleux Vagin d'Amélie Bourrin. Aujourd'hui rhabillée – quoique toujours modèle de charme -, elle a un projet: se lancer dans la création de mode.

Parle nous un peu de ta carrière..

J'ai tourné dans une dizaine de productions, en France et en Espagne, pendant 2 ans. En Espagne c'était top niveau cadre: séances en extérieur, tu peux tourner tranquille sur des petits coins de plage, et les acteurs espagnols sont très sympathiques. Et c'était de très bons acteurs.

T'as vraiment accroché avec certains acteurs?

La plupart du temps oui, la spécificité du porno étant qu'il entraine un rapport très physique, c'est mieux d'avoir des affinités – même si quand t'es pro tu dois faire abstraction. Déjà j'ai la chance d'être une femme et donc de ne pas à avoir d'érection. Ça arrive que des mecs connaissent des fiascos? Quelques fois oui. Un acteur est qualifié de pro lorsqu'il peut assurer dans toutes les circonstances, aussi bien avec une vieille, une grosse, en ayant plein de rapports dans la journée. Une fois, sur un tournage ils avaient engagé un étudiant en droit, il a eu des problèmes érectiles (rires). Mais bon, avec le montage on peut couper les bites molles.

Comment une femme atterrit dans le X?

Ça peut être par fantasme, quoique les femmes soient moins visuelles, parait-il. Pour ma part, j'ai commencé en tant que modèle de coiffure, puis modèle mode, puis charme artistique, et j'ai été sollicitée pour du X. C’est une trajectoire classique, mais j'étais surtout fascinée par la photo et je n’avais pas vraiment pensé au porno, je me suis dit pourquoi pas après avoir reçu des propositions. Par curiosité, peut-être par vice aussi (rires).

Comment est-ce que tu qualifierais un porno de qualité?

C'est un porno qui met en valeur les actrices. Si je devais faire un film, j'accentuerais le suggestif, le subjectif, plutôt que la performance hard. Les hommes ont tendance à ne porter attention qu'à la performance et qu'au rituel.

T’as des anecdotes, des souvenirs marquants ?

Plein ! Notamment avec ce fameux étudiant, qui m’a beaucoup fait rire. On s’est retrouvés sur le plateau à la scène de fellation, et y’avait donc toute une équipe technique, caméras, réalisateur, photographe, et t’avais l’autre qui s’est mis à débiter tout un tas d’expressions bizarres, genre « pompe moi le poireau, fais moi une pipe tourbillon » dans un registre très légumes. Les équipes étaient mortes de rire devant la petite excitation du petit étudiant, j’ai galéré pour garder mon sérieux, c’était très drôle. Il devait avoir un fétiche sur les légumes, avec ses « pompe moi le poireau ». Je n’ai jamais trop su ce qu’était une pipe tourbillon…

D’autres anecdotes, hors plateau ?

J’ai fait des web cams des fois. Faut avoir une patience hors pair. T’as que des pervers qui te demandent des trucs pas possibles, est-ce que tu peux t’assoir sur un truc dans le cul, est-ce que tu peux te raser la chatte devant la cam.. On me le demandait souvent, le problème étant que ma chatte est toujours rasée. On m’a demandé de me faire une manucure noire sur les pieds… Il m’est arrivé aussi de bosser pour des clients privés très spéciaux. Notamment un type hyper particulier, qui me demandait de faire pipi/ caca dans une couche, pour qu’il puisse la mettre et dormir avec. Il voulait aussi que je l’attache au bois de Boulogne pour qu’il puisse se faire baiser par Pierre, Paul, Jacques. Un CSP++ le mec, un cas classique de maso très riche et plein de succès. Il voulait aussi que je lui attache les couilles avec une laisse et que je le traine, il était très branché humiliation cérébrale, il était vraiment grave. Il a voulu une fois que je l’habille en femme, avec telle perruque, fallait que je lui donne des ordres, et pareil pour les plugs, je devais lui ordonner d’aller faire telle ou telle course avec un plug ans le cul. N’ayant pas personnellement de fantasmes extrêmes, c’était cocasse.

A l’inverse t’as des mauvais souvenirs ?

Peu, très peu, j’en ai avec un acteur très côté du X français lors de mes débuts, il était très désagréable, une autre fois aussi j’ai dû tourner avec un vieux moustachu extrêmement laid, on m’avait pas prévenue.. D’ailleurs avec le temps le domaine devient de plus en plus glauque car y’a plus de moyens donc plus de décors, de vrais acteurs, les lieux sont prêtés, les filles sont peu payées, et les mecs sont les potes du réalisateur. Y’a plus que Johnny B Root et Dorcel, HPG chez qui c’est encore sérieux...

Comment est-ce qu’on gère son statut d’actrice X socialement ?

C’est très difficile par rapport à l’entourage, car jugé comme dégradant. Et c’est difficile de gagner sa vie, à mon époque c’était encore 300 euros la scène, maintenant c’est des scènes hard à 150 euros pour la fille, et les mecs sont pas payés. Les mecs sont heureux, ils viennent juste là pour tirer un coup, et ça fait du porno tout moche.

Pourquoi le X blesse encore dans notre société ?

Beaucoup de gens ne sont pas si fermés, mais n’assument pas et condamnent le porno par honte. On ne sait pas ce que l’autre va en penser, donc on s’en cache, en ayant peur de ce que l’autre va penser. Y’a aussi le côté frustration et le sentiment de pas être à la hauteur qui conditionne ce rejet. C’est encore pire dans les petites villes de province, plus c’est petit pire c’est. Les grandes [villes] c’est mieux. Moi j’ai réussi à gérer, ma famille, mes amis sont au courant, mais par facilité les gens associent cette pratique à une incapacité totale par ailleurs ; on dit « une actrice X elle est là parce qu’elle sait faire que ça ». C’est stupide. Et c’est très difficile aussi de rencontrer un homme qui accepte cette activité et qui ne se sente pas mis en difficulté, car peu arrivent à faire la part des choses entre performance porno et vie sexuelle intime, qui n’ont rien à voir. Ils se sentent inférieurs, et s’imaginent qu’il faut être plus hard que le hardeur. Alors que la seule qualité que j’attends d’un homme c’est qu’il soit sûr de lui. A force j’ai tellement été punie pour ma sincérité que j’ai pensé à le cacher à mes rencontres. Je n’ai jamais réussi à avoir une vie sentimentale équilibrée en parallèle du X. Sans parler des potes de ces mecs qui leur fourraient la tête d’idées débiles. Avant j’habitais dans un quartier difficile, j’arrivais plus à sortir de chez moi sans avoir un tas de mecs qui demandaient à tourner avec moi, je ne pouvais pas sortir sans avoir des angoisses sévères.

Des conseils à quelqu’un qui se lance ?

Avant tout, réfléchir aux conséquences sociales. Ca a des répercussions telles qu’il faut une très grande force d’esprit, t’es forcément grillé par ton entourage tôt ou tard, et le X est toujours marginalisé et méprisé. Si tu es prêt à accepter ça, fais quelques mois en France et vole aux States.




3 réflexions au sujet de « Sandrine, ancienne actrice porno »

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