20120621

Spécial Fête du bruit // Une date dramatique : le 21 juin

prt_220x220_1340291743

L’heure est grave et ce papier d’utilité publique. En ce jour du 21 juin, j’encourage vivement la communauté à rester cloitrée chez elle et à ne sortir sous aucun prétexte. De toute façon, pour fêter le début de l’été, il pleut. Vous n’avez donc aucune raison de flâner dehors et il en va de votre bien-être.


Avant que vous ne continuiez votre lecture, je tiens à vous avertir : ceci est un papier haineux et volontairement de (très) mauvaise foi. 

En effet, le 21 juin est un jour tristement célèbre pour nos oreilles. La responsable, la mal-nommée, Fête de la Musique. Grâce à Jack Lang, et ce depuis 31 ans, nous aurons donc le plaisir de saigner des oreilles grâce aux groupes amateurs qui, prétextant que c’est un jour dédié à la musique, envahiront les rues des villes en dégainant leur attirail auditivement nocif. 
Non, décidément, le 21 juin ne rend pas hommage à la musique. Il la tyrannise, et par la même occasion, nous fait haïr ces pseudos-chanteurs qui s’égosillent sans aucune pudeur dans les rues de Paname. Il y a des vrais artistes aussi, qui, pour faire original, se produisent ce jour-là. Mais à moins de camper devant la scène toute la journée, vous serez si loin que vous ne distinguerez strictement rien, si ce n’est la chevelure fournie et particulièrement envahissante de votre voisin de devant. Vous pouvez éventuellement en profiter pour établir son diagnostic capillaire mais vous vous rappelez qu’au départ, vous étiez sortis de votre cocon pour prendre part à cette liesse populaire. 

Finalement, vous réalisez que les fêtes populaires ne sont définitivement pas votre truc, et vous décidez, les bras ballants, de rentrer chez vous. Malheureusement, vous êtes désormais bloqué au milieu de cette immense foule et tout mouvement parait bien compromis. Entre la cigarette de la voisine de droite qui menace de vous trouer le bras et le nationalisme un peu envahissant de votre voisin de derrière qui lève son drapeau breton en hurlant, – il y a toujours un drapeau breton dans quelconque rassemblement, c’est pathologique je vous dis – vous vous dites que la meilleure solution est de partir à gauche. 

Sauf que le dit « voisin-de-gauche » transpire. Beaucoup. Il transpire tant que le moindre contact tactile avec cette personne vous semble être une bien terrible punition. Pour couronner le tout, il porte, greffé dans son dos, un énooooorme sac-à-dos. Ainsi, chaque fois que le voisin-de-gauche décide de bouger, son entourage a la chance d’en être prévenu car il se prend forcément une lanière, ou une fermeture éclair, dans la face (si vous êtes petit en plus de ça.) 
Vous prenez votre courage à deux mains, et traversez cette foule tellement enthousiaste qu’elle vous étouffe. Des bouts de verre se collent à vos chaussures, ça pue la saucisse grillée et la bière renversée, il est urgent de vous sortir de là. Cela vous rappelle un certain soir de mai place de la Bastille, le bonheur et l’enthousiasme partagés en moins, tout ça vous dégoûte. Vous vous éloignez, serpentant entre les groupes d’amis, dans l’espoir de trouver un taxi, un bus. En vain, plus rien ne circule puisque c’est la fête. Vous vous engouffrez, en désespoir de cause, dans la bouche de métro la plus proche. Grâce au climat semi-tropical et détestable qui règne sur Paris, vous avez l’impression de descendre aux enfers. La chaleur moite vous submerge et vous êtes au bord du malaise vagal quand vous vous entendez quelques notes d’accordéon émaner des tunnels. 

Malheureusement, les Roumains ne font toujours pas grève et ont cru qu’ils étaient conviés, eux aussi, à honorer la Musique. Au final, c’est bien, vous avez l’impression de voyager : des musiciens roumains dans la chaleur humide du métro de Mexico qui chantent les Gipsy Kings. Ca, ça a de la gueule. Vous rêvassez, vous dites que finalement, vous redécouvrez des grands classiques. Tellement, que vous n’avez pas remarqué que le métro ne desservait pas toutes les stations. Vous êtes loin, très loin de chez vous et vous avez l’étrange impression que ce calvaire ne se terminera jamais.

A la défaite de Jack Lang aux législatives, vous n’avez pas d’explications, mais le karma, si.