20120610

Sur la route

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Les voyages formeraient la jeunesse…


On pourra bien sûr objecter d’une certaine lenteur. Sur la route de Walter Salles, il ne se passe pas grand-chose. L’alcool, la drogue, le sexe, la frénésie d’une vie brûlée par les deux bouts sont beaucoup plus suggérés que clairement montrés. Pourtant, si le rythme est un peu faiblard, et si peu de scènes se distinguent par la force de leur mise en scène, il souffle dans ce film comme un air de liberté, malgré tout. Quelque chose de puissant et de fort. Une jeunesse qui s’en va, inexorablement. Une insouciance balayée, rattrapée par les réalités du quotidien. En somme, une course contre le temps qui passe. Une course perdue d’avance, qu’aucun voyage au travers des Etats-Unis ou ailleurs ne viendra bouleverser.

Walter Salles, en réalité, ne se focalise pas sur le « road movie » en lui-même: les errances de Sal, Dean Moriarty et Marylou forment le cadre de son film, mais pas forcément le sujet. Le sujet, c’est de savoir comment – ou non – rentrer dans le rang? Les trois héros repoussent cette échéance autant qu’ils le peuvent. Sal en étant conscient, d’emblée, qu’elle le rattrapera, tout comme Marylou. Dean, seul réel jusqu’au-boutiste de la bande, en la refusant absolument. Le charisme de Moriarty, un temps, emportera l’adhésion de ses camarades, qui le suivront dans ses folies. Mais un temps, seulement. « Comme le dit Truman, il faut baisser le coût de la vie », assène ainsi Moriarty très régulièrement, quand il s’agit de légitimer ses écarts à la légalité: un siphonnage d’essence par-ci, un vol de nourriture par-là… La débrouille érigée en mode de vie. Des bases pas follement solides pour construire quoi que ce soit. Marylou, la première, se prend parfois à rêver d’une vie « normale »: mariée et mère de famille, installée dans une petite maison bourgeoise. Une pensée sitôt formulée, sitôt oubliée, mais qui reste, toutefois, quelque part, ancrée à l’esprit. Pour mieux rejaillir, plus tard, plus fort…
Sal, lui, suit le mouvement avec le regard, déjà extérieur, du mémorialiste. Il est celui qui devra coucher sur le papier, pour la postérité, ces glorieuses heures de débandade, sur le thème du « nous avons été jeunes et fous, nous aussi… » Il sait que l’aventure aura une fin. Qu’elle sera douloureuse. « Je sais qu’il n’y a pas de trésor au bout du chemin. Juste de la merde et de la pisse. Mais le savoir me rend libre. » Cette phrase, c’est Carlo qui la prononce, l’un de ceux qui, à intervalle régulier, vient se greffer au petit groupe. 

Elle aurait aussi pu être dite par Sal, spectateur de la déchéance volontaire de son bon ami Moriarty qui, lui, toute sa vie, aura recherché ce foutu trésor.