20120722

Vacances mortifères : les cités balnéaires

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Durant la période estivale, l’être humain entame un curieux rituel. Semblable à la migration de ses congénères à plume, il s’exile sur les littoraux de notre continent pour y faire trempette. Comment, pourquoi, c’est la non-sortie d’aujourd’hui.


Phénomène curieux, cette migration touche toutes les catégories sociales, excepté celle des marginaux qui travaille tout l’été à Paris. Oui, c’est une catégorie à part, qui maudit l’avalanche de photos ensoleillés en bord de mer publiées inlassablement par ses amis sans cœur sur les réseaux sociaux. Hobby bien curieux, au regard des témoignages de vacanciers revenus traumatisés par cette expérience. Tout de suite, inventaire des mauvaises raisons d’aller à la plage en été :

1/ Le trajet

Pour commencer, une raison pratique non négligeable, le déplacement jusqu’à votre lieu de vacance. Les locations étant toutes calées sur le même modèle, du samedi au samedi suivant, les autoroutes sont tout bonnement bondées et il vous faudra des heures de bouchon avant d’arriver à destination. Pourquoi se faire tant de mal ? C’est pousser au suicide le conducteur, qui, lassé de faire du 10 km/heure, va développer un champ lexical tout particulier, oscillant entre quelques « putin », autres « connard !!! » et « va chier avec ta Clio la vieille ! » Le conducteur n’est clairement pas détendu et revit finalement la situation qu’il rencontre tous les matins pour aller travailler, les bouchons sur le périph. Sauf que là, il fait 40° degrés dans la voiture et que toute l’équipe sut à grosse gouttes. Outre l’odeur et la tension ambiante, vous avez soif. Seulement voilà, toutes les bouteilles sont vides et la prochaine aire d’autoroute se trouve à 5km de votre position, destination que vous atteindrez, si tout va bien, dans quelques heures… La tension monte d’un cran quand Jean-Kevin, persuadé que Lady Gaga est une chanteuse hors-pair, s’improvise DJ automobile. A ce moment-là, il est probable que le conducteur, sur les nerfs et entre deux « bouge ton cul salope » arrache le CD du lecteur audio et le jette par la fenêtre. Jean-Kevin hurle de désespoir, s’indigne d’être un mélomane marginal et incompris. Bref, les vacances entre potes commencent plutôt bien. 

2/ Le logement

Fauchés, vous et vos potes ont tout de même loué un 20m² pour 600€ la semaine. Une affaire ! Outre les prix exorbitants pour des bicoques à l’hygiène douteuse, j’ai le devoir de vous rappeler que c’est l’équivalent d’un loyer parisien pour un mois. Et oui. Vous êtes les heureux locataires d’un studio à 15 km de la plage et dont la peinture s’effrite et les carreaux se décollent. Le propriétaire a oublié de vous prévenir, mais le ménage n’est pas obligatoire, ou tout du moins pas vraiment, puisque les précédents locataires ont laissé des traces de leur passage. Ainsi, vous pouvez constater que la veille de leur départ, le lait sur le feu a débordé, et qu’ils n’étaient pas très tatillon sur le ménage, rapport à la crasse dans la douche. Suivent les débats houleux pour savoir qui prend la grande chambre et qui dort au balcon sur les rabanes pleines de sables. Vous n’avez pas la chance de vous payer une villa avec piscine-jacuzzi-sauna-tennis-golf-palmeraie-accès direct à la plage-pizzaiolo-cinéma-théâtre-Nafissatou Diallo intégrés. Et vous avez déjà les boules. 

3/ La plage

Vous n’êtes pas riche. Et la plage, quand a pas les tunes, se résout à une vaste étendue fréquentée par des êtres au comportement limite. Autrement dit, ça fait beaucoup de beaufs, et en plus, vous êtes agoraphobe. Arrivé à destination, vous chaussez vos sandales en plastique, non pas parce que le sable est bouillant, mais parce que tant d’ordures non identifiées trainent. Entre les mégots, bouts de verre, seringues… il vaut mieux sortir couvert. Jessica, qui vous accompagne, se plaint parce qu’elle ne veut pas salir ses brand-new espadrilles Victoria. Oui, elle a payé une blinde ces choses rayées en paille. Bonne pate, vous portez Jessica, après tout, vous ne voudriez pas qu’elle attrape le tétanos. S’en suit la longue quête de l’emplacement idéal. Vous réduisez vite vos exigences à peau de chagrin, vu l’étendue des dégâts. Il est 15H et les vacanciers sont là depuis 10H du matin. Au bout de 30 minutes de marche sous un soleil de plomb (vous avez toujours Jessica dans le dos) vous optez pour un endroit épargné par les algues et les résidus de piques niques sauvages. Bon plan. Sauf que vos très proches voisins ont trois ignobles enfants qui trouvent que se jeter du sable dans la gueule, c’est trop LOLILOL. Pourquoi pas… Vous qui espériez arriver à bout de la liste d’ouvrages à lire que vous a conseillé Closer, vous n’êtes pas au bout de vos peines. Après avoir commencé un bon vieux Musso, vous vous dîtes que finalement, on peut se priver de jouer à l’intellectuel à la plage. De toute façon, la belle blonde à qui vous faites de l’œil depuis tout à l’heure n’a pas l’air de s’y connaitre en littérature… Apparemment insensible à votre charme, vous vous rabattez sur vos autres voisines. Vous auriez pu changer de crèmerie, mais en fait, non. 

Se baigner n’est pas forcément une bonne idée puisque nager entre les sacs plastiques ne vous inspire pas. Se détendre ? Pourquoi pas, mais vu l’état du sable, vous n’osez pas poser y allonger votre corps de dieu grec. Vous pouvez faire comme moi, et vous consacrez à cette activité fort intéressante qui consiste à prendre des photos en douce de gens dégoutants… Valable pour tout type de vacances, le mauvais gout n’ayant hélas aucune frontière. 
Les mamies topless vous dégoute, comme ces gens qui sont aussi poilus que King-Kong. Vous n’en pouvez plus. Et vous rentrez. Avec des dessins sur le corps très élégants… Jessica adore faire des blagues. 

4/ Sortir

Après tout, vous êtes venu pour vous amuser. Alors avec vos amis, vous cherchez un endroit sympa pour shaker votre booty. Pour cela vous pouvez compter sur Albert, 6 ans. 

[ Même Youtube le dit, « cette vidéo peut contenir des séquences que la communauté des utilisateurs de YouTube considère comme potentiellement offensantes pour certains internautes » et vous informe qu’elle a été soumise à une limite d’âge. Il ne faudrait pas qu’un pédophile s’égare sur Youtube, ba non… ]
Bref, trouver un endroit potable et décent pour danser ou boire un coup en cité balnéaire relève de l’exploit, comme de rencontrer des gens habillés convenablement. En journée, vous avez droit à cette espèce d’être étranges qui ont eu la flemme de se changer et donc mettent leurs habits par-dessus leur maillot de bain encore mouillé. Ca donne un effet des plus raffinés… C’est comme à un bal des pompiers en fait, certains en font d’un prétexte pour faire n’importe quoi. Et vous avez droit à des combos étranges et des demoiselles déguisées en filles de joie. C’est à toi, la chagasse vénéneuse que je m’adresse. Ok, il fait chaud, mais es-tu sure de voiloir ressembler à ça ?

Avis à toi aussi, le mâle exhibitionniste, qui se balade sans tee-shirt. Mais pourquoi ? Pourquoi nous imposer ça à nous, pauvres vacanciers lambdas venus passer quelques jours loin du stress citadin. Non, tu n’es pas roulé comme Ryan Gosling, et les filles ne vont s’écrier « Seriously ? It’s like you’re photoshoped ! » comme Emma Stone dans Crazy, Stupid Love. Même topo pour ceux qui ne portent plus que des tongs. Pas la peine d’exhiber vos doigts de pied. Merci. 

Chez travailleurs estivaux, qui comme moi, souffrez du mauvais temps parisien, dites-vous qu’au moins, ce qui est cité précédemment vous est épargné. Et vengez-vous de ces amis qui postent sans cesse leurs photos de vacances en leur faisant suivre cet article. Merci.