20120925

Du vent dans mes mollets (et dans ton scénario ?)

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Pour les amoureux des névroses psychogénéalogiques.


« Si je pouvais ramener ta mère en tuant la mienne, je le ferais. » Il sort parfois de la bouche de Rachel, 9 ans, des mots bien étonnants. Rachel voue une admiration totale à sa camarade de classe, Marina Campbell, qui vient de perdre sa mère. Ladite Marina, il faut l’avouer, a à peu près tout pour elle. Grande, belle, mince et blonde, quand Rachel est moins… euh… moins grande et moins blonde. Mais de là à tout sacrifier, et notamment sa mère, pour faire plaisir à sa copine, voilà qui n’a pas grand sens!

AH LES MERES ! TOUJOURS A FOUTRE LE BORDEL…

On l’aura compris, Rachel a un problème avec sa mère (Agnès Jaoui). Laquelle, aussi, a un problème avec la sienne (Judith Magre)… On s’arrête là, mais on aurait sans doute pu continuer ainsi longtemps. « Du vent dans les mollets » ravira tous les adeptes de la psychogénéalogie, théorie voulant que les troubles subis par les parents se répercutent inconsciemment chez les enfants. Et encore, là je vous la fais courte, car il en est qui sont apparemment capables de remonter jusqu’à Marie-Antoinette si on les laisse faire.
Comme si ce n’était pas suffisant, Carine Tardieu, la réalisatrice, nous rajoute un père (Denis Podalydès) survivant d’Auschwitz. Le seul de sa nombreuse famille. Avec, comme anecdote rabâchée à longueur de soirées, sa traversée de la Pologne, à pieds et en pyjama rayé, pour revenir en France. La mort rôde donc bien gentiment dans la maisonnée. Et elle rôde d’autant plus que, hop, on change de branche dans l’arbre généalogique, la grand-mère (Judith Magre) vit avec la petite famille suite à un AVC qui l’a laissée bien gauche… enfin handicapée du côté gauche, ce qui revient un peu au même. Mamie ne se déplace plus sans son chapelet. Au cas où la Grande Faucheuse ne vienne s’occuper d’elle pour de bon cette fois.

ORGASMES POUR PSYCHOGENEALOGISTES ET
CARRICATURE GROSSIERE

Pesant, vous dites? Oui assez. Et c’est sans parler de la mère, Colette (Agnès Jaoui), trop présente avec sa fille, parce qu’ayant elle-même souffert d’une mère trop absente (petits cris symptomatiques d’orgasmes multiples chez les psychogénéalogistes). Caricature de mère juive tunisienne, la Colette.
Caricature? Fichtre, le mot est lâché. Il résume malheureusement l’ambiance générale. Rachel, étouffée par l’atmosphère familiale – sa mère lui offre une carte pour faire un don aux enfants du Sahel pour son anniversaire – va découvrir, grâce à une amie vive et délurée, Valérie, ce que peut être, et doit être, la vie d’une petite fille de 9 ans. Faite d’insouciance, de bêtises assumées et d’abonnements au Club Barbie. Bien évidemment, cette prise de conscience enfantine rejaillit sur l’ensemble de la famille, qui s’encroûtait bien méchamment dans ses névroses et ses non-dits… Et zou, v’là-ti pas que la bonne humeur et la joie de vivre refont gaillardement leur retour chez les Gladstein (c’est leur nom). A une petite exception près, à la fin, que je ne dévoile pas, mais qui, soyons honnêtes, n’apporte rien au film.

AMBIANCE SEPIA DES 80’s MAIS…

« Du vent dans mes mollets » souffre d’un manque cruel d’originalité. La petite fille s’ouvre au monde en s’émancipant de sa famille et, par contrecoup, ses parents, à leur tour, sortent de leur cocon… Agnès Jaoui a beau être excellente (elle l’est toujours!), elle reste enfermée dans un rôle où on l’a déjà vue mille fois. Quadra désabusée et angoissée, bien installée dans la vie mais malgré tout mal dans sa peau. Redondant… Même sentiment de déjà vu avec Denis Podalydès, dans son jeu de papa lunaire un peu éteint. Excellent lui aussi (pour les mêmes raisons qu’Agnès Jaoui), mais ça ne suffit pas. Ce mariage de la carpe et de… euh… et de la carpe dans un même couple ne surprend plus grand-monde. Les Bacri-Jaoui ont déjà tout exploré dans cette veine. 
Carine Tardieu, donc, n’invente rien. Pas même un univers ou une mise en scène. Elle place son film au tout début des années 1980 (Rachel est née en 1973) sans que rien ne vienne légitimer ce choix. Ou plutôt si, on n’en voit que trop l’explication. La petite maligne s’est dit qu’en jouant sur la fibre nostalgique, elle parviendrait peut-être plus facilement à duper les spectateurs trentenaires (et plus): manchette de journal sur Mitterrand par-ci, vieilles bagnoles au design qu’on qualifiera « d’audacieux » par-là. Et même de petits morceaux de Jean-Pierre Descombes pour les plus pervers!

Tout cela tombe à plat.
Pire encore: une allusion grotesque à La Boum, avec la BO « Reality », qui vient plomber la fin. Seul satisfecit à ce retour aux 80’s : on n’a finalement jamais fait mieux que ces vieilles vidéos en Super 8 (on en voit quelques-unes dans le film), qui n’ont pas besoin des filtres d’Instagram pour arborer leurs sépias d’origine. Mais ça ne suffit pas à faire un bon film.