20120911

Une actrice porno qui chante (vraiment) comme un boomerang Clara Morgane, l’art mineur de Gainsbarre

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Après le Coup de soleil de Lorie, Clara Morgane joue du boomerang (et tente pour la vingt-sixième fois sa percée musicale).


Vilipender les stars du porno reclassées, c’est trop facile et souvent peu constructif. Dénigrer les artistes marketing, c’est trop courant. Diffamer les chanteuses qui montrent leur seins dans leur clip, c’est hypocrite. Le moment est bon, surtout lorsque la chair a le mérite d’être jolie. Alors si vous voulez entendre du mal de la nouvelle chanson de Clara Morgane, lisez un critique musical, pas ce qui suit.

Mais je n’en dirais pas pour autant du bien.

La demoiselle aux deux prénoms a jugé bon – avec son équipe marketing – de se remettre à la chanson. Elle a choisi pour cela un titre aussi connu que son intimité et aussi reconnu que sa non-virginité: l’amour comme un boomerang, de notre regretté Gainsbourg.

Nous passerons furtivement sur le clip enregistré pour la peine, où dans un décor de villa, feignant un shooting, la belle se retrouve sur tous les plans, montée en rythme.
A moitié, voire au trois quart nue, Clara se fait brushinguer à toute zingue, flasher sans retenue – à raidir un radar automatique, maquiller en noir et blanc, le tout en calinant un tigre. Parce que les clichés ont du bon.

Mais alors que Gainsbourg interprétait le boomerang de sa voix feutré, que Dahot l’Etienne l’avait déjà reprise de ses cordes adoucis, la belle Clara a le mérite d’en faire sa propre interprétation et la remet au goût du jour: version dance-édulcorée-du-genre-qu’on-peut-passer-en-soirée.

Si les rythmes explosants sont classiques, les sonorités synthétisées déjà entendues, la demoiselle innove et la chante avec du peps. Au moins, elle donne du coeur à l’ouvrage et prend son pieds. (Ou alors simule bien…).
Et si on ne vibre pas, faut pas déconner, le tout se laisse écouter. Et oui, justement, ça se laisse écouter. D’une demi-oreille, peut-être. De loin, sans doute. Mais ca se laisse écouter. Et c’est bien là le problème.

De nos jours, on peut reprendre un classique d’un artiste qui tranchait par son originalité et en faire un tube qui se laisse écouter. C’est pas une honte ?

On ne se pose pas de question, on écoute. On ne voyage pas, on ne tend pas l’oreille. On écoute. On ne ressent plus rien. Le son rentre et le cerveau bave. C’est pas qu’on peut pas aimé, c’est pas qu’on aime pas, c’est pas qu’on s’en fout. C’est que ça ne crée plus rien. On coupe le son, et la vie continue. On le remet, et on ne l’entend plus.
Comme le bruit du métro pour un citadin. Il ne prend plus la tête et devient sec, jusqu’au jour où on vit avec.
On arrive au summum de l’art mineur musical. Gainsbourg avait raison.

Le lendemain de noël 1986, notre héros a vomi sa bûche glacé au visage de Guy Béart. Certifiant que la chanson ne valait rien, et le traitant de connard.
Ajoutant de sa voix fiévreuse, dans un relan de tabac, qu’elle ne méritait que de croupir parmi les arts mineurs.
Comme elle est accessible sans initiation, immédiatement et sans besoin de raison, elle n’égalerait jamais les autres formes d’expressions. Et de ses yeux malades et noirs, mais qu’on lui envie tous, le voilà qu’il énumère ce qui le fait le bander: l’architecture, la peinture, « et surtout la poésie« , ajout-t-il d’un soupir.

Et Guy Béart de se taire, et sûrement Brel d’applaudir.

La petite chanson pour faire du fric. « Pour appauvrir ces salauds de pauvres« , comm’y- dit. Gainsbarre l’a fait, Morgane le refait.
L’erreur revient comme un boomerang, sans se souvenir des jours passés.
Mais les quelques éclairs de génie, que l’homme avoue en quelques larmes, ces quelques musiques incroyables qu’on chante encore tout bas, ne sont plus là. Pire, on les déforme.
A croire qu’on a définitivement tué la musique, au profit de la chanson.