20121019

Dans la maison de François Ozon, il ne se passe rien…

danslamaison

« Il se passe toujours quelque chose dans une maison, et il y a toujours moyen d’entrer. » Cette phrase, c’est Claude, le héros narcissique et manipulateur de « Dans la maison » qui la prononce. Sauf que ce qui est valable pour une habitation l’est visiblement beaucoup moins pour un film…


Car « Dans la maison » de François Ozon, il ne se passe pas grand-chose. Ou alors disons que ça tourne vite en rond, et que ça s’essouffle encore plus rapidement.

A tel point qu’il est difficile d’en faire une critique, tant on peine à savoir où diable Ozon voulait nous conduire… Ce n’est pas tant que c’est mauvais… C’est surtout que ça n’a pas de sens. Le postulat de départ était pourtant intéressant, dans la droite ligne de ce que fait Ozon depuis au moins Huit Femmes. A savoir, développer un huis-clos avec, petite cerise sur le gâteau cette fois, un regard extérieur amené par Monsieur Germain (Fabrice Luchini), professeur de français de son état, et son épouse (Kristin Scott Thomas), galeriste. Un petit côté voyeur, « par le petit trou de la serrure », qui aurait pu donner un peu de sel au récit. Mais qui « aurait pu » seulement, ce qui veut bien dire ce que ça veut dire: c’est raté.

LE FAUX GENTIL ET LE VRAI COUILLON

Monsieur Germain est professeur de français. Dans sa classe de seconde, que des mauvais. Tous sauf Claude (Ernst Umhauer), dont le texte sur « qu’as-tu fait de ton week-end? » l’intrigue. Et pour cause: son week-end, Claude l’a passé à s’immiscer dans la maison de son camarade de classe Rapha, pour tout y observer, et tout y décrire, ensuite, dans sa rédaction. Ses rédactions, plutôt, tant M. Germain se prend au jeu, et encourage le petit farfouilleur à continuer encore et encore.

Ce qu’il a dans la tête, Claude? On n’en sait trop rien. Quelque chose qui oscille entre le mépris, pour ce qu’il qualifie de « famille de la classe moyenne », et la fascination pour une vie « normale » (un père, une mère, un fils, se parlant et s’aimant, quand lui vit seul avec son père handicapé). Un spectre bien large, vous en conviendrez. Trop large… D’autant qu’il ne faut pas exclure, non plus, que le gamin soit légèrement du genre pervers, si vous voyez ce que je veux dire. A vouloir faire exploser une famille juste pour le plaisir de voir les morceaux s’écraser au sol.

Et Monsieur Germain, qu’a-t-il dans le ventre, lui? Même chose… C’est difficile à dire. Un peu voyeur, on l’a dit, à encourager Claude dans ses travers. Un peu couillon, aussi, à ne pas voir qu’il se fait manipuler, lui aussi. Et là, je passe les détails pour ne pas spoiler le film, mais c’est un peu fort de café, tout de même. Que le gars, M. Germain/Luchini, se laisse tourner en bourrique par un petit merdeux de 16 ans, non, on n’y croit pas…

UN FILM DÉSESPÉRANT DE NEUTRALITÉ

Le film, en réalité, manque de parti pris pour être crédible. Il fallait choisir. Choisir une fin, une ligne directrice. Au lieu de cela, il hésite, va d’un côté de l’autre, n’ose pas franchir le pas. C’est neutre, finalement. Désespérant de neutralité, et ne bascule que médiocrement à la fin, sans que l’on puisse y adhérer une seule seconde. Le gentil Claude, à défaut de se montrer méchant, devient gnan-gnan. Le naïf Germain, à défaut de se montrer pygmalion charismatique, devient con-con.

Pour bien faire, « Dans la maison » aurait dû : 1/ basculer dans thriller, Claude butte tout le monde, M. Germain est de fait son complice. 2/ s’embarquer dans la comédie sentimentale à la française, Claude tombe amoureux fou de la mère, du fils, de qui il veut, mais il tombe amoureux et cherche à tout prix à s’insérer dans cette famille qu’il a pris pour cible. Il s’embourbe dans une bien mièvre troisième voie qui, gentiment proprette et sans surprise, ne laisse guère de souvenirs, une fois sortie de la séance.

A part un détail, quand même. Kristin Scott Thomas joue une galeriste en art contemporain. Et là, c’est bigrement intéressant. Pas tant son jeu, non, la pauvre est insignifiante dans ce film, mais une scène, dans sa galerie, mérite qu’on y revienne: elle présente une série « Sexe & Dictature » ma foi bien sympathique avec les tronches de Mao, Staline et Hitler greffées sur des poupées gonflables, avec gros nichons qu’on imagine. Je vous demande de réfléchir au sens profond de cette composition: une jolie manière de dénoncer la dictature du sexe. C’est malheureusement à peu près le seul vrai bon moment du film…