20121016

Les frasques de la Belle Époque

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dans In Exhibit

La Belle Epoque… Evidemment, c’est après la Grande Guerre qu’on l’a qualifiée ainsi. Ce qui veut bien dire ce que cela veut dire : tout est détruit, après quatre années de massacres et, par comparaison, tout ce qui s’est déroulé avant apparaît comme magique, nimbé de joie.


La nostalgie des délices d’un temps perdu, en somme.
Perdu et en partie fantasmé, aussi. Car, enfin, n’allez pas parler de Belle Epoque aux ouvriers fauchés par les balles sur le pavé de Fourmies, le 1er mai 1891, ni à ceux de Carmaux, en grève en 1892 et de nouveau encore en 1895. Pas plus aux vignerons du Languedoc, ruinés par le phylloxéra…

150 DES ILLUSTRATIONS DES PLUS MARQUANTES DU PETIT JOURNAL

Il n’empêche. La Belle Epoque mérite malgré tout son nom. Ne serait-ce que par ces quelques années, coincées entre la fin du XIXème siècle et le début du XXème, volées à la guerre. Une brève mais intense période de progrès économique, beaucoup, et social, un peu.
Un premier âge d’or du journalisme, aussi, avec des journaux millionnaires. Parmi eux, peut-être le plus emblématique était-il Le Petit Journal. Créé en 1863 par Moïse Millaud, il symbolise parfaitement son époque. Une fulgurance. Quarante ans de succès, puis quarante autres de soubresauts et de souffrances, à ne pas vouloir mourir, alors même que, pourtant… Acharnement thérapeutique, et fin pathétique, dans les affres d’un pétainisme cacochyme.
Oublions cette déchéance peu glorieuse pour se concentrer sur ses glorieuses années. C’est ce que se propose de faire Bruno Fuligni avec son livre « Les frasques de la Belle Epoque: les plus belles unes du Petit Journal », aux éditions Albin Michel. L’homme a patiemment sélectionné les plus belles unes du Supplément Illustré, hebdomadaire venant compléter le quotidien : 150 des illustrations couleurs les plus marquantes, reproduites dans leur format original, accompagnées des textes de Bruno Fuligni pour en raconter l’histoire.
Un formidable témoignage de la grande diversité de ces années. « Une certaine idée de la culture française, subtil mélange révolutionnaire et conservateur, où la frénésie de la connaissance s’allie à l’appétence pour le fait divers », souligne Didier Moinel Delalande, le directeur général de l’hôtel Le Mathurin, à Paris.

UNE JEUNESSE DÉVOYÉE, PARRESSEUSE ET TURBULENTE, DÉJÀ…

Ce que vient faire le patron de cet hôtel dans cette histoire? Très simple. Il accueille dans ses salons plus de 40 numéros et dessins originaux du Petit Journal, depuis la une sur le suicide du général Boulanger, sur la tombe de sa maîtresse, en Belgique, en 1891, en passant par les multiples attentats anarchistes de l’époque ou, bien sûr, ce qui était vendeur hier et l’est toujours aujourd’hui, de nombreux faits divers bien sanguinolents et croustillants.
Ce n’est malheureusement pas ici, dans cet hôtel, que l’on apprendra grand-chose – l’exposition temporaire manque cruellement de panneaux explicatifs pour remettre dans le contexte de l’époque – mais c’est toutefois plutôt très agréable de déambuler parmi ces unes qui nous plongent dans une époque révolue. Celle de la grande presse de la fin du XIXème siècle, royaume des illustrateurs, pas encore chassés par l’avènement de la photographie. Un petit côté suranné, certes, mais aussi terriblement d’actualité, tant on se rend compte à quel point certains thèmes, faisant aujourd’hui l’ouverture des journaux télévisés, occupaient déjà tous les esprits, il y a un siècle. A l’époque aussi, on se souciait de cette jeunesse dévoyée, paresseuse et turbulente… De nombreuses unes ont ainsi trait à ce mouvement des Apaches, « la plaie du Paris des années 1900″. De quoi prêter à sourire. Et, surtout, donner envie de se plonger dans la lecture du livre. Disponible dans toutes les bonnes librairies, je crois que c’est comme cela que l’on dit.