20121016

Haro sur les bobos

IMG_4869

Si je vous dis lutte des classes, vous pensez tout de suite « 6ème B contre 6ème C « , tournoi de foot inter-scolaire, et chahut en cours de Madame Lopez, professeur d’espagnol… Et vous n’auriez pas tort. Mais savez-vous qu’il existe une autre lutte des classes, plus sournoise, plus diffuse, qui fait se lever des groupes les uns contre les autres.


Je ne vous parlerais pas de prolétariat, main d’oeuvre n’ayant que sa force de travail pour subvenir à ses besoins, ni du patronat, main d’or n’ayant que la force de travail de ses employés pour subvenir à ses besoins, non, ce clivage est trop old-school. La lutte des classes se doit maintenant d’être futile, joyeuse, creuse, sans remise en cause, bref, elle doit pouvoir faire le sujet d’un édito de magazine entre deux pages de pubs, les conseils beauté et le drame des femmes afghanes.

Mais alors « Kiffêre ?» se demande la pauvre Tina, rédactrice en chef de Marie-Claire… Il suffit de trouver une classe sociale suffisament aisée pour que l’on puisse se moquer sans paraître méprisant, suffisamment ouverte pour ne pas propager la haine, suffisamment vague pour ne froisser personne, et suffisamment neutre pour rester politiquement correct.

« Haro sur les bobos » s’exclame l’intelligentsia parisienne se prenant pour Robespierre face aux nantis, alors qu’elle n’est que Narcisse se moquant de la raie à l’envers du bellâtre reflétée par les eaux vaniteuses.

MAIS QUI EST CE BOBO ET QUEL CRIME A-T-IL DONC COMMIS POUR FAIRE L’OBJET DE TANT D’ATTENTIONS ET SUBISSES LES MÊMES DIATRIBES ÉCULÉES D’UN ROCKER EMPAILLÉ DONT LES DERNIÈRES PRESTATIONS DONNENT SOUDAIN ENVIE DE SE METTRE AU DIABOLO GRENADINE?

Le bobo est un bourgeois-bohème comme le caf-conc est un café-concert et le pastis un passez-avant-midi-on-servira-l’anis.

Bourgeois donc, par ce qu’ayant les moyens. Les moyens de quoi? De vivre sa vie de bohème. Le bobo est le fruit illégitime de l’accouplement d’une soixante huitarde à foulard peace and love et d’un cadre dynamique des années 80 rencontré lors d’un trekking ethnique au Maroc. « Joan Baez sur le Tapie » pourrait être le titre de la vidéo volée de leurs ébats fuguaces.

Le bobo a de l’argent et des valeurs, il connaît donc la valeur de l’argent. Pédagogue comme un maître d’école primaire, écolo dans l’âme mais plutôt secondaire, et anticapitaliste du tertiaire.

Le bobo est tellement bon, ouvert aux autres, d’une gentillesse dans les idéaux et les prises de position que le pays de Candi semble par comparaison une sordide dictature peuplé d’êtres abjectes.

Oui, le monde selon bobo se doit d’être multiéthnique, créatif, démocratique, curieux et souriant, remplis de bisounours dansant sur du Fersen.

Bref, un paradis. Alors pourquoi ne sommes nous pas tous bobos?

Mon hypothèse bien fragile et qui ne supportera pas la critique d’un sociologue averti mais ne boudons pas notre plaisir, donc mon hypothèse est que pour être assez plein de bons sentiments, paraître aussi serein sans verser dans le cynisme, se sentir engagé sans pour autant vouloir renverser le système, il faut un accès aux biens matérielles et à la culture mais aussi une conscience sociale que le commerce équitable et l’altermondialisme permet d’acquérir sans trop d’effort.

Le bourgeois bohème est un hybride comme sa voiture, qui a fait le choix délicat d’assumer sa richesse dans un monde profondément inégalitaire en pensant par des valeurs humanistes lui donner un vernis de social.

QUELQUES RÉFLEXIONS EN VRAC, COMME LES ÉPICES DES NOUVEAUX MARCHÉS DE L’EST PARISIEN.

– Quelle est la différence entre un bourgeois et un bourgeois-bohème? L’un est de droite, l’autre est de gauche. Heu, non, c’est un peu plus complexe que ça… Non, en fait, c’est juste ça…

– Si on reconnaît le bobo à ses foulards, ses tissus bariolées et ses bijoux faits maison, est-ce un hasard incroyable ou juste qu’à l’instar des rappeurs enjoggingés, des riches enfourrés, et des gothiques en noir, les bobos eux-même eux aussi ont besoin de porter un uniforme pour se différencier.

– Est-il possible de faire une chronique sur les bobos sans parler de France Inter, de telerama, de Zadig & Voltaire et de bicyclette avec porte bagage pour enfant ? Peut-être mais moi je viens d’échouer.