20121024

La dernière conquête du major Pettigrew x Helen Simonson

digest

J’ai un amour immodéré pour la simplicité de ces livres où tout est dit dans le titre mais où se cache une incroyable complexité.


Comme indiqué, il s’agit bien de la vie du Major Pettigrew, absolu archétype du gentleman conservateur ayant servi pour son pays. Il survit à son veuvage par un sens de l’humour so délicieusement british et une ironie désuète sur lui, son fils et sa copine américaine, sur les jeunes « qui sont en crise toutes les semaines ». Il combat vaillamment les dames du club de golf qui veulent régenter la vie sociale et culturel de la ville, la cupidité de sa famille, l’épreuve du traditionnel bal annuel de la ville ou les promoteurs inquiétants qui rodent sur sa campagne chérie.

Pourtant toutes ces contrariétés ne sont rien en comparaison du cataclysme que va vivre notre Major Pettigrew en s’attaquant bien malgré lui à « sa dernière conquête » : Madame Ali, veuve d’origine pakistanaise qui tient la boutique d’alimentation générale de notre charmante bourgade anglaise Edgecombe Saint Mary.
C’est la rencontre, un peu improbable, mais un peu prévisible aussi de ces deux êtres unis par l’amour de la littérature mais surtout par leur extrême humanité.
L’amitié singulière de Madame Ali et du Major va crée bien des remous dans cette petite bourgade et mettre à mal l’idéal policé et multiculturel de ses habitants fort peu bien attentionnés.
Car sous l’apparence humoristique, le livre révèle alors « ce monde rempli de petites ignorances » et la cruauté des certitudes des entourages faussement bienveillants. Nos deux héros du quotidiens vont devoir se dresser contre les ignorances par la politesse, refuser le racisme en faisant barrage par l’amabilité.
La magie de ce roman réside avant toutes choses dans l’ambiance, dans la force de ses personnages, dans la magies des descriptions de la campagne anglaise qui réunissent le tour de force à vous faire regretter de ne pas y vivre ; suivre les personnalités qui peuplent ce livre, c‘est avoir envie de chausser des bottes, regarder la pluie tomber depuis le bow-window et déguster une tasse de thé bien fumant.

Pour autant, la simplicité de l’histoire n’est qu’une excuse pour justement mettre en valeur les situations cocasses, les réactions désopilantes et les incompréhensions culturelles car le Major et Madame Ali partagent leur grand respect des règles qui fondent leur univers respectifs. Et le roman joue très intelligemment sur le double tranchant de ces règles qui d’une coté sont la colonne vertébrale d’une société mais qui de l’autre risquent de devenir un enfermement par leurs trop grande rigidité.
Finalement, ces personnages si traditionalistes font l’apologie d’une certaine rébellion contre l’ordre établi.
C’est un bonheur sans pareil de lire la prose de Helen Simonson et un délice à chaque page de suivre la passion de ces deux sexagénaires. Madame Ali et le Major nous prouvent que la ténacité et la force sont les bases de l’amour et que la passion n’a ni besoin de l’intransigeance de la jeunesse ni de la violence des extrêmes.

Ce livre embaume le Earl Grey et la délicatesse des sentiments et si le major regrette que « la vie s’interpose souvent entre nous et la lecture », nous, nous ne pouvons que nous réjouir de l’écriture délicate et poétique de l’auteur qui fait vivre par la lecture, le cœur palpitant de Jasmina, Madame Ali et Endrew, Major Pettigrew.