20121002

Les arts de l’Islam, comme un lézard dans l’organisation

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dans In Exhibit

Le concepteur doit être dyslexique. Je ne vois pas d’autre solution. Comment expliquer, sinon, que les vitrines du tout nouveau département des Arts de l’Islam, au Louvre, pourtant dûment numérotées, ne se suivent pas toujours?


Comment expliquer, sinon, que l’une se lise de gauche à droite, et l’autre de droite à gauche? Et comment expliquer, plus grave encore, qu’à l’intérieur de ces vitrines, les numéros attribués aux objets exposés ne se suivent pas non plus? Ici, le 24 côtoie le 33, là le 6 et le 7 encadrent joliment le 5… Sans parler des fiches explicatives, dont on sent qu’il a été fait peu d’effort pour essayer de les placer à proximité immédiate des objets correspondants.

DE FORTES INFLUENCES CHINOISES

A la clé, un foutoir qui agace. Et qui, surtout, vient nuire à la qualité du fonds rassemblé. Une vision, sur plus de dix siècles, de la diversité exceptionnelle des arts de l’Islam, quand même, depuis la péninsule arabique jusqu’à l’Espagne, à l’Ouest, et les contreforts de l’Himalaya, à l’Est. Et quelques chefs-d’œuvre exposés, qui méritent le coup d’oeil.
Prière, alors, d’abandonner toute idée de savoir exhaustif. On flâne juste dans les allées, et s’arrête sur ce qu’on trouve beau, ce qui intrigue. Pas si désagréable, au fond, même si les us et coutumes font que l’on a plutôt l’habitude de tout ingurgiter, de A à Z, pour tout regarder, tout comprendre.
Première impression? Il faut aimer les céramiques, les coupes et les gobelets. Il y en a partout, de toutes les époques, et cela peut vite paraître rébarbatif. C’est malgré tout très enrichissant, car l’on se rend compte des multiples influences, notamment asiatiques. En même temps, pour ce genre de choses, les Chinois, pendant longtemps, c’étaient les meilleurs, faut aussi l’avouer…

UNE DIVERSITE FLORISSANTE

Deuxième impression? On a surtout devant nous de l’art « utile »: des coupes, donc, mais aussi des vases, des aiguières, quelques bijoux. Peu de meubles, et c’est un grand regret car, que je sache, les pays arabes n’étaient pas manchots en ébénisterie. Il y a quand même ce coffre en bois, assez sublime. Il vient du Maroc, fabriqué au XIVème siècle. Trois des côtés sont richement façonnés. Pas le quatrième, celui qui était collé au mur. On sourit de cette non-finition, s’imprègne de l’image de ce coffre, et puis passe à autre chose.
Parmi les très nombreuses coupes en céramique, quelques beautés, qui ne dépareilleraient pas dans mon salon. A un petit détail près: celles-ci viennent d’Irak, et datent du VIII ou IXème siècle… Plus loin, une coupe en ivoire, du Xème siècle, offerte au plus jeune fils du premier calife Omeyyade d’Espagne. Ici, une statue de faucon, qui servait de brûle-parfums: Asie Centrale, XIème siècle. En bas, une bouche de fontaine en bronze (qui sert de présentation aux publicités qu’on voit un peu partout en ce moment): Espagne, XIIème-XIIIème siècle. Divers, on vous dit…

[PHOTOS]

UNE MERVEILLE DE GLOBE

Quelques mètres derrière, une statue d’une homme trayant une bufflesse, assez hallucinante: Syrie, XIIème. Et là, enfin, mon préféré… Ce globe céleste – Iran, 1144 – l’un des trois plus vieux au monde. Une merveille de bronze, incrusté d’argent. On y voit les 48 constellations observées en son temps par Ptolémée d’Alexandrie, au IIème siècle. Et même mieux encore: 1025 étoiles sont répertoriées, signalées par de petits points d’argent dont la taille varie en fonction de l’intensité lumineuse observée depuis la Terre. Une merveille qui, à elle seule, fait de ce département des Arts de l’Islam un passage obligé.