20121003

On va où Papa x Jean-Louis Fournier

digest

« J’ai eu deux fin du monde »
Voilà comment Jean-Louis Fournier décrit l’arrivée de ces deux fils lourdement handicapés dans sa vie.


La promotion du livre n’a surtout pas fait mystère du coté estampillé « VRAI VECU J’AI SOUFFERT DANS MA CHAIR » de ce livre. Et même s’il semble que cela reste une fiction « inspiré de faits réel », la maison d’édition a clairement survendu la véracité de cette prétendue autobiographie.

Mais au-delà de la polémique, au-delà du pathos, du serrement au cœur qui nous étreint lorsque nous lisons une « histoire triste », l’histoire d’un homme face à ses deux enfants handicapés, que reste-t-il de cette histoire?

Et bien, pas grand-chose…

Déjà la livre est extrêmement court, la mise en page se sent obligée de nous surligner grossièrement le style minimaliste de l’auteur (note pour l’éditeur : NON, il n’est pas nécessaires d’imprimer seulement 3 lignes par page pour nous comprenions BIEN que l’auteur est sobre et digne).

Ensuite, le livre est vide : vide d’émotion (ce qui est une gageure vu le sujet), vide de construction stylistique, vide d’écriture narrative, vide de souffle.

En effet, l’auteur a voulu nous décrire en creux l’insupportable et le supportable d’un quotidien de parents lâchés dans un monde normatif avec deux enfants tout ce qu’il y a d’anormal ou « pas comme les autres », mais il finit par nous faire un récit non pas en creux, mais juste creux.

Reconnaissons lui une ironie douce-amère sur ses enfants, en réussissant même à teinté d’humour noir ses notes de bas de pages « en 1991, date de la disparition de la vignette [automobile], on n’a plus eu d’intérêt à avoir des enfants handicapés ».

Cependant, le style et le détachement ne peut excuser l’extrême vacuité de l’absence totale d’histoire. Jean-Louis Fournier ne fait que broder pendant 150 pages sur le désarroi des parents, sur la difficulté, la frustration puis la page suivante, il explique de nouveau que ses enfants sont handicapés et ne sont pas comme les autres et qu’il est triste… et enfin il conclut en racontant « je ne n’ai pas eu de chance. J’ai joué à la loterie génétique, j’ai génétique ».

Le message est clair mais après ?

Certes, un roman n’a pas besoin ni de rebondissements ni de suspens pour captiver, mais il faut dans ce cas un vrai talent de conteur pour être capable de raconter la délicatesse et la nuance du quotidien.
Ce n’est malheureusement absolument pas dans les capacités de l’auteur et l’on reste donc perplexe devant ce récit. A ne vouloir rien raconter que le quotidien, il ne raconte rien, à vouloir ne pas faire dans l’émotivité, on ne ressent rien et l’on pourrait ouvrir le livre à n’importe quelle page, que l’on y lirait la même chose que 20 pages avant ou après.

La souffrance d’un vécu et la force d’une histoire personnelle ne suffissent pas à en faire un livre (et encore moins un bon livre) et ne justifie pas à elles seules l’indulgence du lecteur.

Il faudra expliquer au jury du Prix Fémina que les femmes aiment aussi les écrivains qui savent écrire et qui accessoirement tentent de conter une histoire.
Le Prix Fémina 2010 ayant déjà subi mes foudres, on attend donc impatiemment de savoir ce que le cru 2012 (décerné en novembre) va pouvoir nous dégoter en terme de nullité stylistique et de preuve que les critiques littéraires n’ont de critique que le nom.