20121012

The We and the I : de vous à moi un film moyen

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Il faut accorder à Michel Gondry un mérite, au moins… Celui de faire un cinéma ambitieux. J’étais donc curieux de voir comment il allait se dépatouiller d’un tel scénario, avec The We and the I.


Rappelons le scénario tel que défini par Allociné :

« C’est la fin de l’année. Les élèves d’un lycée du Bronx grimpent dans le même bus pour un dernier trajet ensemble avant l’été. Le groupe d’adolescents bruyants et exubérants, avec ses bizuteurs, ses victimes, ses amoureux, évolue et se transforme au fur et à mesure que le bus se vide. Les relations deviennent alors plus intimes et nous révèlent les facettes cachées de leur personnalité... »
 

Et la réponse est… « ben… j’sais pô trop en fait« … D’un côté, il y a ce sentiment étrange – étrange car trop rare – de voir un spectacle nouveau, original. En soi, cela devrait aider à se montrer indulgent. Mais, de l’autre, il y a ces longueurs et ces lourdeurs, ces inconstances qui poussent à regarder sa montre. Pas bon signe ça, rhôô non alors, pas bon signe du tout…
Seulement il y a la fin, aussi, ce dernier quart d’heure où le film gagne en profondeur. Ce petit moment assez magique où l’on bascule de la superficialité propre aux jacassements de plusieurs groupes d’ados réunis en huis-clos, à quelque chose de plus intime, plus chargé de sens et d’émotion, resserré autour de trois personnages seulement.

Une rupture sans transition. Donc d’autant plus forte. Du genre que l’on se prend en pleine tronche. Surtout quand, c’est le cas ici, on vient de se taper plus d’une heure de film avant, dans un désordre certes calculé mais néanmoins perturbant.

UN EXCELLENT DERNIER 1/4H PEUT-IL SAUVER UN FILM ?

On le sait, quand on va voir du Gondry, il ne faut pas s’attendre à un récit linéaire, nous menant gentiment d’un point A à un point B. On sait que les voies de déviation vont être nombreuses, et on sait – enfin on espère – que, malgré tout, on retombera sur ses pieds, en se disant que p*** de b*** de m***, il y a du génie dans Gondry. C’est juste dommage de devoir attendre le dernier quart d’heure pour le voir éclater…

Au début, de la cacophonie. Tout un groupe d’ados sortant du lycée monte dans le Bus 66 en direction du Bronx (marrant mais personne, à ma connaissance, n’a relevé le parallèle entre le numéro du bus, BX 66, et la Route 66. On a pourtant là un symbole très fort du road movie à l’américaine. Mais bon, là n’est pas le sujet, passons).
Je disais quoi? Je ne sais plus. Si. Des ados montent dans le bus. Y en a partout, ça pullule, c’est terrible. A tel point qu’il est impossible de retenir les prénoms. C’est d’ailleurs là une idée assez savoureuse mise en scène par Michel Gondry: un film choral dont on ne sait absolument pas qui va prendre de l’importance, et qui, au final, ne fera qu’une apparition anecdotique. On s’y paume un peu, au début, et c’est quand même un poil déconcertant, faut quand même avouer.
Pour faire simple, on a trois grands groupes. Les caïds, au fond du bus : ça rigole fort, ça chahute et ça chambre sans grande finesse ses petits camarades. Les filles, devant, avec une Laidy Chen occupée avec ses copines à organiser sa prochaine fête d’anniversaire. Les musicos, au milieu : ça porte le cheveu long, ramené en arrière avec un catogan et ça ne se balade jamais sans sa guitare. Enfin, Teresa forme à elle seule un quatrième groupe : une sorte d’épaississant E407 qui va aider à créer l’amalgame en passant d’un groupe à l’autre. Car bien sûr, dans un subtil jeu très adolescent du « je t’ignore/je te reluque« , tout ce beau monde communique gentiment : vas-y que je te balance une vanne, que je t’envoie un texto ou que je te colporte un ragot…

UNE AMBITION MAL MAITRISEE

La caméra passe de l’un à l’autre sans choisir ni de camp, ni de personnage sur lequel s’attarder. On ne sait où tout cela nous mène, ni ce que veut nous raconter Gondry. On regarde donc sa montre. Tout juste si l’on tient en essayant de deviner qui, au prochain arrêt, va bien pouvoir descendre, et donc disparaître du film. On se trompe généralement une fois sur deux, et ça ravive un peu l’attention. Mais c’est un chouya court pour susciter l’intérêt.
On ne se réveille franchement qu’à la toute fin, quand il ne reste plus que trois personnes dans le bus: Michael, du clan des caïds, Teresa, « l’amalgameuse », et un certain Alex qui, écouteurs sur les oreilles et livre entre les mains, n’a ni décroché un mot, ni tourné la tête de tout le trajet.
C’est cet Alex, évidemment, qui va servir de détonateur au film. Avec, en filigrane, cette manière qu’ont les ados de ne pas se comporter de la même manière suivant qu’ils se trouvent en groupe ou seuls. On passe du « we » au « I », du « nous au « je » et le titre du film s’éclaire. Sauf que cela ne fait finalement qu’esquisser le problème et, en réalité, le film se termine quand il devrait quasiment commencer.

Pour être clair, cette fin sauve le film. Mais elle ne fait pas oublier la première heure, laborieuse. Le tout me laisse sur ma faim : The We and the I est un film certes ambitieux, mais qui s’avère au final anecdotique. Loin, très loin d’être le meilleur Gondry.