20121129

Comme des frères: pari réussi pour le road movie

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Sans doute un moment d’inadvertance. Abel Hosegourd a aimé Comme des Frères. Et Abel parle de lui à la troisième personne en plus..


Ça démarre mollement, mais ça s’arrange ensuite. C’est mieux que le contraire. Au moins, la dernière impression est bonne, c’est déjà ça de gagné. Et puis Comme des frères a réussi à me toucher avec même, oui, oui, c’est incroyable je sais, les yeux humides à plusieurs reprises. Que demander de plus, après tout, que d’être ému, même un peu, même fugacement?
Bien sûr, il y a des imperfections et quelques longueurs… Le scénario reprend des thèmes moult fois abordés qui, de prime abord, ne donnent guère envie.

Une fille meurt. Charlie (Mélanie Thierry), 30 ans à peine. Elle laisse une carte postale, à l’intention de ses trois meilleurs amis. Sa dernière volonté. Qu’ils fassent, tous les trois, ce foutu voyage en Corse qu’ils avaient prévu à quatre, mais que la maladie a rendu impossible. Et ils le font ces cons ! Tout de suite, sans réfléchir, à la sortie de l’enterrement ! D’où un road movie franchouillard sur les routes du Sud. Et d’où, forcément, grosse crainte initiale devant si peu d’originalité…

ÇA TOUCHE AU COEUR A LA MANIERE D’UN UPPERCUT 

Une crainte qui prend corps durant le premier quart d’heure. On se ratatine dans son fauteuil, et s’apprête à souffrir encore une heure et demie – parce qu’on ne sort pas, non, on ne quitte pas une salle de cinéma avant la fin d’une séance. Question de principe. On ne sait jamais, la lumière peut venir tardivement, mais venir quand même.
Ici, finalement, on s’en sort plutôt pas mal. Elle arrive assez vite, l’étincelle. Une réplique, un regard, une attitude réveille l’intérêt. Ça ne dure peut-être qu’un instant, mais c’est beau, sensible. Ça touche au coeur à la manière d’un uppercut (qui, lui, je sais, est censé arriver au menton…). Et du coeur aux yeux, il n’y a, en passant par le cerveau, que quelques connexions nerveuses à activer pour voir perler une larmichette ou deux.
C’est qu’ils sont bons, diablement bons, ces trois acteurs. Complices. Il y a là Pierre Niney, jouant Maxime, la petite vingtaine, émouvant de naïveté infantile. La vie lui paraît si simple, autoroute lumineuse menant au succès, forcément au succès… Nicolas Duvauchelle, Elie, dix ans de plus, les nerfs déjà un peu plus à vif. Et François-Xavier Demaison qui, enfin, abandonne ses mimiques insupportables de comique pour endosser le rôle de Boris: tout juste 40 ans, et désarmant de détresse et de solitude.

ÇA SERRE LES DENTS ET CA PICOLE, CA SE RENFERME SUR SOI ET CA S’ISOLE 

Trois variations autour des âges de la vie, et c’est là que le film prend son envol, pour se faire bien plus qu’un simple road-movie. En vérité, une réflexion sur le sens de la vie, si jamais sens il y a. Maxime, Elie, Boris… Ces trois-là pourraient être le même homme, à trois stades de son destin. Le jeune fougueux, qui n’a peur de rien, le trentenaire qui tangue sous les premiers coups du sort, et le quadra tenté de lâcher prise.
J’ai été tour à tour les deux premiers, et entend bien lutter pour ne pas être aussi le troisième (j’exagère un peu quand même). Voilà qui forcément me « parle », comme on dit (et comme on ne devrait pas dire, tellement l’expression est malheureuse, mais vous me pardonnerez pour cette fois, j’espère). D’où ma question, LA question que je te pose à toi, toi qui lis ceci. Car oui, il est grand temps que ce « critique émoi » se fasse participatif! Comme des frères n’est-il pas un film pour les hommes?
Une femme sera-t-elle émue comme je l’ai été?

J’en doute un peu. Si ces passages compliqués sont somme toute assez unanimement partagés, la manière de les vivre diffère assez largement, non? Et ces réactions qu’ont Maxime, Elie et Boris, mélanges d’introspections, de fragilité reniée et de fiertés mal placées, bon dieu qu’elles mes semblent masculines: ça serre les dents et ça picole, ça se renferme sur soi et ça s’isole. Mais peut-être me trompé-je, allez savoir. Mais pas, je crois, en disant que Comme des frères, en dépit de ses faiblesses, mérite le détour.