20121106

God bless America : mort aux cons, vaste programme!

God-Bless-America-affiche

L’un des fantasmes les mieux partagés au monde, sans doute. Se débarrasser de tous les connards qui encombrent nos vies.
Sauf que ça ne se fait pas, paraît-il…


Sauf qu’il y a des règles, des lois, et que ne pas les respecter serait aller vers le chaos. Ce n’est pas faux. On est toujours le con de quelqu’un, après tout. Un cercle vicieux, donc. Tant pis.

A défaut de concrétiser ce doux rêve, il y a l’imaginaire. God bless America, sorti il y a trois semaines déjà (c’est dire s’il faut se dépêcher d’aller le voir), s’empare de ce thème finalement très classique: que se passerait-il si on faisait fi des conventions et que l’on se mettait à flinguer à tout-va les abrutis qui croisent notre chemin? Je dis classique parce que Carl Aderhold s’est déjà emparé du sujet dans un livre (moyen) intitulé Mort aux cons, justement. Et classique, surtout, parce que Dexter, à y bien réfléchir, fonctionne un peu suivant les mêmes principes. Dans le sens où, bien sûr, ces gars qu’il faut éliminer, ce sont ceux qui le méritent, et uniquement eux. Pas de meurtres gratuits, non. Que de la justice, si l’on veut.

SUS À LA TÉLÉRÉALITÉ

C’est dire si j’étais curieux de voir comment Bob Goldthwait, le réalisateur, allait s’en sortir. Le risque étant, évidemment, de sombrer très vite 1/ dans le cliché 2/ dans le film moralisateur à deux balles. Si le second écueil est évité – rien pour essayer de nous rappeler que non, rholala non, ce n’est pas bien de se faire justice soi-même, ouf – le premier, pas vraiment… God bless America n’est pas toujours très subtil.

Les cibles prioritaires de Frank (Joel Murray, petit frère de Bill), Américain moyen, sans boulot et à qui on vient de diagnostiquer une maladie incurable, ce qui l’aide à franchir le pas? Les crétins de la téléréalité. Un peu facile. On reconnaîtra, pour qui a suivi un peu, des références directes à de vraies émissions: ainsi, cette gosse de riche semi-mongolienne qui, dans My super sweet 16, se voit offrir une voiture pour ses 16 ans, mais nous fait un caca nerveux parce que ce n’est pas le bon modèle. Ou, plus pathétique encore, ce pauvre Keith, ridicule devant la planète entière, lors d’une audition à American Idol.

Ces deux-là, on les retrouve quasi tels quels dans le film, sous les prénoms de Chloe et Steven. Ce qui me met un peu mal à l’aise. Car ce que critique le film, finalement, c’est la culture populaire. Ok, sous-culture, on est bien d’accord. Aucun intérêt, certes. Rien d’autre que du « temps de cerveau disponible », parfait. Mais, pour autant des programmes regardés par des millions de personnes. Or, qui sommes-nous pour nous arroger le droit de décider de ce qui est bien et de ce qui est mal?
Hein, qui?

UNE CARICATURE ASSUMÉE

Je lisais récemment l’interview d’Anelka dans le Parisien Magazine. Voilà ce qu’il disait: « Les anti-footeux pensent que lire des kilomètres de bouquins et posséder une culture générale est synonyme d’intelligence. Mais dès qu’ils traversent la Manche, ils n’arrivent pas à aligner trois mots d’anglais. Moi, je parle français, anglais et espagnol. Et j’attaque le chinois. » Paroles de petit con, peut-être, mais derrière la provocation puérile, une certaine vérité, quand même.

En ce sens, le livre de Carl Aderhold, que j’évoquais plus haut, est un poil plus ambitieux (bien que mal écrit) (pardon si l’auteur passe ici): c’est aux vrais cons que le héros du bouquin s’attaque – depuis le con de base, qui laisse aboyer son chien à n’importe quelle heure, jusqu’au con d’un grade plus élevé, son patron ou son DRH par exemple. Dans God bless America, en revanche, on reste au niveau du con de surface… Qui, à mon sens, tient plus du pauvre type à plaindre qu’à buter. C’est un peu dommage.

Mais des sursauts jouissifs en font malgré tout un film pas si mauvais du tout, avec même quelques faux airs de Tonnerre sous les Tropiques. Joli compliment, non? Je ne sais pas. Dans cette façon d’être caricatural, mais de manière pleinement assumée. Certaines scènes d’assassinats de cons sont surjouées, mais c’est voulu, comme pour atténuer le choc de l’hémoglobine: on peut ainsi voir un bébé tué de sang-froid sans se surprendre à détourner la tête de dégoût. Faut dire que dans la définition du chiard insupportable, elle était parfaite, la machine à merde…

UN PETIT CÔTÉ MICHAEL MOORE COMIQUE

Cela donne quelques moments assez jubilatoires. Notamment, aussi, parce que le film attaque frontalement le « mainstream » américain, fracassant joyeusement de solides fragments du politiquement correct. Si la scène du cinéma est ratée, celle sur ce présentateur télé ridicule, qui professe ses bêtises à des millions de téléspectateurs, est parfaitement réussie, de même que celle de ces « fous de dieu » imbéciles, qui sont anti-tout parce qu’ils croient être pro-vie ou défenseur de la sacro-sainte famille, un père, une mère. Un petit côté Michael Moore comique, à y bien réfléchir…

Tourné sans gros moyen – c’est parfois assez criant – God bless America ne sombre pourtant pas dans la série Z. Au contraire, cela le rend sympathique. Et ça, il le doit au duo formé par Frank et Roxy (épatante et délicieuse Tara Lynne Barr, même pas 20 ans, une frimousse exquise et un jeu qui, déjà, frise la perfection: un grand talent à suivre, vraiment!).

Les deux prennent plaisir à jouer ensemble, et leurs dialogues font souvent mouche. Même si, c’est vrai, on pourra toujours arguer, avec raison, que le quadra bourru, revenu de tout, allié à la fillette fraîche et pleine d’enthousiasme juvénile, ce n’est pas follement original. Même Luc Besson l’a utilisé dans Léon, c’est dire… Pour autant, c’est propre, bien fait, et franchement réjouissant. Et puis, les entendre planifier leur fuite en France, « parce que c’est un pays tout ce qu’il y a de plus anti-américain », c’est franchement hilarant. Enfin un film américain qui use et abuse du second degré.

Rien que pour ça, à voir.