20121116

Raphaël, les dernières années

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dans In Exhibit

Raphaël travaillait en équipe. Jusqu’à 50 personnes dans son atelier, au plus fort de sa gloire. Parmi eux, un certain Giulio Romano, qui se révèle comme la star de l’expo consacrée à Raphaël au Louvre.


Raphaël? Une petite entreprise à lui tout seul. Rien de bien forcément nouveau sous le soleil de Rome, mais c’est tout le mérite du musée de Louvre que de rendre un juste hommage aux deux principaux collaborateurs du grand Raffaello Sanzio. J’ai nommé Francesco Penni et Giulio Romano, dont certaines des œuvres sont exposées avec celles de leur maître et ami.
Francesco qui et Giulio comment ? Oui, je sais, c’est triste, on ne les connaît pas et cela va nous obliger à rajouter deux Tortues ninja de plus. Les idéaux d’une jeunesse entière qui foutent le camp… Ils le mériteraient, cela dit, les deux bougres. Car combien de fois, en m’approchant d’un joli tableau, ai-je eu la surprise de constater qu’il était de Penni ou de Romano ?

GIULIO ROMANO? LA STAR DE L’EXPO

Plutôt de Romano, d’ailleurs. Pas tant que Penni n’en valait pas un, de penny (vous avez le droit de rire et d’applaudir), mais le pauvre garçon n’a pas vécu suffisamment longtemps pour imprimer sa marque: il y a bien la vierge au diadème bleu, quand même, assez sublime, mais on ne sait pas trop si on doit la lui attribuer à lui, ou à Raphaël.
Romano, en revanche, c’est plus simple. Le saligaud avait du talent à revendre. Le portrait de la Madonna Wellington ? C’est lui. Celui d’Isabel de Requesens, vice-reine de Naples ? Encore lui. Ce jeune homme, vraisemblablement Alexandre de Médicis ? Toujours lui. Terrible, pour Raphaël, de sans cesse être happé par une toile et de se rendre compte, ensuite, qu’elle est de Romano.
La star de l’exposition, ne serait-ce pas Giulio Romano, alors? Ce n’est pas si simple. C’est un ensemble, une équipe qui est ici mise en lumière et c’est très bien ainsi. Il faut imaginer Rome, au tout début du XVIème siècle. VInci, Michel-Ange et Raphaël réunis dans la même ville. Plus ou moins en concurrence. Et comme les mécènes et les clients potentiels ne sont pas si nombreux, pas d’autres choix que de savoir s’entourer pour les satisfaire vite et bien.
Ils étaient, au plus fort de sa gloire, une cinquantaine à travailler avec Raphaël. Le maître imagine la composition initiale, ses élèves prennent le relais pour concevoir les modello et les cartons (c’est-à-dire, pour faire simple, les esquisses et le travail préparatoire) – parfois œuvrent-ils même jusqu’à l’exécution finale – et Raphael, jamais bien loin, veille pour assurer la qualité et l’homogénéité de l’ensemble. D’où, parfois, quelques difficultés pour savoir à qui réellement attribuer le tableau.

LA SAINTE-FAMILLE A TOUTES LES SAUCES

L’art de l’époque est avant tout religieux, et Raphaël, comme les autres, occupe gaillardement cette niche de marché. L’exposition, aussi. Même qu’on entre avec ça. Des retables, en veux-tu, en voilà. La Sainte-Famille à toutes les sauces. La Vierge au centre, la Vierge à gauche, à droite, la Vierge accompagnée ou non de Joseph, jeune ou vieux, chauve ou chevelu. Marrant, de voir toutes ces variations, parfois subtiles.
Marrant mais, car il y a un mais, pas toujours à l’avantage de Raphaël… Difficile, en effet, de se sortir de la tête la Sainte-Anne de Vinci…. Pareil quand Raphaël s’attelle à la représentation de Jean-Baptiste, en pied : celui de Vinci, plus ramassé (et exposé juste à côté, accessoirement), emporte davantage d’adhésion. Ceci n’étant évidemment qu’un modeste avis personnel, il va de soi…
Et puis ça n’enlève rien au talent de Raphaël, de toute manière. Lequel fut reconnu très vite, notamment par les papes Jules II et Léon X, qui le prirent à leur service et ne le lâchèrent plus. C’est la deuxième partie de l’expo. Celle consacrée à son travail au Vatican, à s’occuper des appartements privés du pape. Avec un problème majeur, ici : les murs et les plafonds peints par l’artiste sont restés au Vatican (si, si). On n’a droit qu’aux gravures et aux dessins préparatoires. Voire pire : juste aux photos.
Frustrant ? C’est peu de le dire… D’autant qu’il y a là-bas quelques chefs-d’œuvre bien sympathiques. La bataille du pont Milvius, par exemple. Une fresque gigantesque, peinte dans la chambre dite de Constantin. Judicieusement dénommée ainsi, d’ailleurs, la chambre, puisque ladite bataille a été gagnée par Constantin, le premier empereur romain à s’être converti au christianisme.
La troisième partie de l’exposition est à mon sens la plus intéressante. Toute une série de portraits des grands de l’époque. Quelques-uns d’une modernité assez fabuleuse. Notamment celui de Bindo Altoviti, qui sert à l’affiche de l’exposition.

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