20121211

Brisons un « Tabou »: tout le monde a aimé… Pas nous.

tabou-affiche

Un film quasi muet en noir et blanc, ça ne vous rappelle pas quelque chose?
Tabou, film portugais encensé par la critique, use et abuse d’un esthétisme vintage pour cacher le vide de son scénario et, plus grave encore, de sa mise en scène.
Dommage.


Avant d’aller voir Tabou, prévoir une bonne cure de sommeil. Ah oui?! Parce que ça remue tellement qu’on a du mal à s’en remettre? Euh… non, non, juste parce qu’on risque méchamment de s’endormir pour peu qu’on soit fatigué.
J’ai honte à l’avouer mais, visiblement seul parmi un concert de louanges, je me suis ennuyé avec Tabou. Bon, qu’on soit bien d’accord: c’est joli, avec une lumière intéressante, et ça vient casser les codes habituels – un film en noir et blanc, quasi muet, avec voix off se voulant envoûtante. Mais j’ai bien peur que, justement, cet esthétisme ne soit là que pour cacher le néant du scénario.

MELANCOLIE AMOUREUSE DANS L’AFRIQUE COLONIALE DES 60’S

On apprend ainsi qu’Aurora, vieille dame indigne, un brin acariâtre, a été jeune, autrefois. Et plutôt très jolie, accessoirement. Qu’elle a aimé, follement, et que cet amour fut maudit. La gourgandine, bien mariée, s’était entichée d’un amant. Et voilà qu’ au soir de sa vie, agonisante, elle couche un nom et une adresse sur un papier. Gian Luca Ventura, Marques de Pombal, Lisbonne.
Ses deux amies, sa femme de ménage cap-verdienne, Santa, et sa voisine de palier, Pilar, crevant de solitude et de mélancolie, s’échinent à le retrouver. Ce qu’elles font. D’où la voix off – c’est lui qui raconte sa jeunesse. Et pas de panique: je ne spoile pas. On plonge dans l’Afrique coloniale des années 1960, dans un pays non cité, mais que mon immense culture m’incite à identifier comme étant soit le Mozambique, soit l’Angola (une colonie portugaise, quoi…).

MUTISME ET NOIR ET BLANC NE SUFFISENT PAS A FAIRE UN GRAND FILM

Une histoire d’amour impossible? Quoi de plus banal. Le réalisateur, Miguel Gomes, a cru pouvoir s’en tirer avec cette double pirouette du noir et blanc et du muet. Un peu facile. C’est certes inattendu – on peut passer trente bonnes secondes sans aucun son (d’où l’endormissement inopiné pour peu que, enfoncé dans de moelleux fauteuils, on cède à Morphée) – mais ça ne fait pas du cinéma d’anthologie pour autant. Tabou est lent quand The Artist, pourtant dans la même veine – tout est relatif mais quand on évoque un film muet on pense à celui-là, évidemment – est enlevé.
J’allais rajouter que The Artist est original quand Tabou ne l’est pas. Mais je retire aussi vite que je l’écris. Le scénario du film d’Hazanavicius, après tout… Alors peut-être que, sans s’en rendre compte, on met ici le doigt sur le noeud du problème. Tabou ne souffre-t-il pas de la comparaison? Ne pâtit-il pas d’arriver après?

MISE EN SCENE SANS ASPERITE

Moment crucial. Depuis que je suis sorti, déçu, de ma salle de cinéma, je tourne et retourne la question. Pourquoi tout le monde a trouvé Tabou génial, et pas moi? Les acteurs sont bons, là n’est pas le problème. Ils sont même plutôt du genre séduisants tout les deux, avec le charme du passé – émoustillante petite robe sexy pour madame (Ana Moreira), et jolies moustaches à la Clark Gable pour monsieur (Carloto Cotta).
Où cela pèche-t-il, alors?
A mon avis, dans la mise en scène. Elle est sans aspérité – qu’on mette les mêmes images en numérique et en couleurs, et la pauvreté de l’ensemble sautera aux yeux. Pas de grandes trouvailles dans la manière de filmer. Rien que du très classique, au contraire. Alors oui, c’est beau, calme, voire apaisant, mais loin, vraiment loin d’être inoubliable.