20121218

Dali poète et Dali joueur à Beaubourg

EXP-SALVADORDALI

De Dali, on connaît l’extravagance et les outrances. Ses moustaches, son accent et son Amanda Lear.
Vous avez dit réducteur? Foncez au Centre Pompidou pour entrevoir un Dali peintre, poétique et délicat. Joueur, aussi.


J’ai déjà vu des expositions plus didactiques. En même temps, allez essayer de rendre claire et logique la vie de Dali… Le Centre Pompidou s’y essaie – un peu – en cherchant à baliser le parcours avec une petite dizaine de panneaux explicatifs. Autant le dire tout de suite: ils ne servent pas à grand-chose, et mieux vaut, ici, se contenter de déambuler d’un oeuvre à l’autre, au gré de son inspiration.

Ou plutôt, non. Il y a un panneau à lire, un seul, qui permet de comprendre le génie de Dali. Et comme je suis bonne poire, je vous mâche le travail. C’est sur cette histoire de méthode « paranoïaque-critique ». Le coeur de l’oeuvre de Dali, donc. Un brin compliqué, de prime abord.
Je vous la fais simple: Dali est dingue. Génial, mais dingue. En proie à des délires qu’il s’échine à dompter. C’est ça, justement, l’objectif de la méthode « paranoïaque-critique ». Maîtriser ses délires et faire de l’art un jeu. Subtil, parfois déroutant, mais un jeu quand même.

LE DECLIC SUR L’ANGELUS DE MILLET

A la base, un certitude, née dans le cerveau, qu’on qualifiera pudiquement de différent, de Dali. Petit garçon, à l’école, il passait tous les jours devant une reproduction de L’Angélus, de Millet. Et il dira plus tard avoir toujours ressenti comme un malaise à ce moment-là. C’est un beau matin de 1932 que vient la révélation. Il prétend voir subitement l’envers du décor. Loin d’être la représentation banale d’un couple de paysans priant au crépuscule, L’Angélus cache en réalité une image lubrique. La femme est une mante religieuse s’apprêtant à dévorer le paysan, dont le chapeau cache une érection mal contenue. Et l’on passe sur le bébé qui viendrait d’être enterré à côté de la brouette.

En 1963, Dali, qui sait être convaincant, obtiendra du Louvre une expertise officielle pour conforter ses intuitions. Le panneau explicatif qui relate cet épisode jette ensuite un voile pudique sur les résultats… Il n’empêche. C’est de cette expérience que naît chez Dali cet art du double message qu’il s’amuse à distiller dans ses tableaux. Quelque chose entre « la vérité est ailleurs » et « une image peut en cacher une autre »…

QUAND L’ART DEVIENT UN JEU

Débute alors un festival où le jeu consiste à reculer, avancer, se mettre un poil plus à gauche ou plus à droite pour trouver enfin le bon angle de vision qui permettra de repérer les différents degrés de lecture des oeuvres exposées. Jouissif. Jouissif et participatif. Chacun des spectateurs s’amuse devant les toiles. Les valides – ceux qui ont repéré l’image cachée – aidant les non valides.
L’art devient spectacle, cessant d’être un moment d’introspection, où l’on prend un air pénétré en se gratouillant le menton, pour devenir un amusement. Avec, notamment, ces installations avec jeux de miroirs, assez magiques: quand on s’approche tout près des vitres, l’image apparaît en 3D. Bluffant. Et si, par définition, il m’est impossible de vous en montrer ici le résultat, je me rattrape avec quelques-unes de ses « images cachées » (si, si, regardez bien, un poil plus bas, si, si).

Enfin, surtout, alors que l’exposition s’ouvre sur sa voix  – et quelle voix ! – résonnant depuis le plafond, et discourant sur la vie intra-utérine et le concept de paradis perdu, on découvre un Dali plus poétique, peut-être, que celui des sculptures, compositions et autres Vénus à tiroirs ou Montres molles. Un Dali moins caricatural et provocateur que l’image qu’il s’est construite. Ses toiles de jeunesse sont à ce regard très parlantes, comme cet Autoportrait cubiste de 1923 (il a 19 ans) ou, toute petite, ne payant pas de mine, mais pourtant sublime, cette Charrette fantôme de 1928, qui éclate de mélancolie et de nostalgie. Un Dali délicat, en somme. Donc encore plus touchant et émouvant.

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