20121231

Edouard Baer, une fumisterie « à la française »

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Edouard Baer s’est construit, depuis ses années Canal, un personnage de dilettante talentueux. Il en use et en abuse. Au point de s’autocaricaturer dans sa pièce A la française, au théâtre Marigny, où quelques saillies ne peuvent masquer les manques, cruels, de l’écriture.


« Alors c’est ça le truc? J’ai pas d’idée alors je vais me déguiser en grosse dame, histoire d’être sûr de recueillir deux-trois rires faciles?!« 
Et que croyez-vous qu’il fit? Il se déguisa en vieille dame, pardi. Un court extrait faisant figure, me semble-t-il, de résumé assez parfait pour la pièce A la française, jouée et écrite par Edouard Baer, au théâtre Marigny.
Tout à jeter, alors? Pas complètement certes. Edouard Baer est à la baguette, et le garçon a du talent. On le retrouve tel qu’on le connaît. Joyeusement foutraque. Donc avec des répliques bien senties et un jeu excellent mais, car il y a forcément un mais, avec aussi une légère tendance à éclipser ses petits camarades – ils sont neuf, avec lui, sur scène – et, plus grave encore, à venir masquer les trop nombreuses facilités d’écriture de la pièce.

TENDANCE RECYCLAGE

Pour qui a suivi un peu la carrière de Baer, on retrouve ainsi quelques bouts de ses sketchs de la glorieuse époque Canal. Et, à y bien réfléchir, le scénario a quelques similitudes, aussi, avec son film, La Bostella. Baer incarne… Edouard Baer, lequel est chargé, par le ministère des Affaires étrangères, d’organiser un spectacle pour la soirée du G20, qui se tient à Paris. Voilà trois mois qu’on l’a contacté pour cela, avec comme thème, très vague, de donner sa vision de la France. Procrastination oblige, Baer n’en a pas foutu une rame. Et, à 24h du sommet, un représentant du ministère – un bien pauvre Lionel Abelanski, guère servi par l’inconsistance de son texte – vient s’enquérir des avancées du spectacle. La pièce commence alors.

Baer n’a plus le choix. Il doit s’y mettre, et rameute tous ceux qui traînent autour de lui pour organiser à la hâte cette foutue soirée. Mais comment s’y prendre ? Qu’est-ce que la France ? Que raconter ? Comment la représenter ? C’est tout l’enjeu du brainstorming qui s’installe (tempête de cerveau, en bon français), deux heures durant.

ENTRE LES RIRES, LE TEMPS EST LONG

Caricature assumée de lui-même, Edouard Baer est comme un poisson dans l’eau dans ce foutoir. Il surnage grâce aux envolées lyriques qui firent sa réputation, et qui sauvent l’ensemble. Qui déclenchent même, assez régulièrement, quelques rires francs.
Mais tout est dans le « assez régulièrement »… Car l’ennui, c’est qu’entre ces rires, le temps est long, long, long. Les dialogues venant conclure les différentes scènes sont parfois d’une pauvreté affligeante, et le tableau final est carrément mauvais. Ballot puisque c’est la dernière impression laissée…
Certaines scènes sont assez inexplicablement chantées. Ce qui n’apporte strictement rien, et a même plutôt tendance à venir casser le rythme. D’autant que, à part un joli brin de voix de Léa Drucker sur une chanson de Piaf, les textes chantés sont franchement plats. Si quelqu’un a compris l’intérêt de ces insertions de type « comédie musicale » dans la pièce, qu’il prenne contacte avec la rédaction.

FAUTE AVOUEE EST A MOITIE PARDONNEE

Restent, malgré tout, les rires que j’évoquais. Ils masquent certes assez mal le vide autour, mais ont toutefois le mérite d’être là. On retient de « A la française » un foutoir franchouillard plutôt sympathique. Et, pour qui voudra aller plus loin dans l’analyse psychologique, une charmante mise en abyme d’un Edouard Baer se moquant gentiment des travers qu’on lui prête: « un gars talentueux, mais un poil paresseux et brouillon » (c’est la critique du Figaro qui, très justement, utilise ces deux termes). Baer semble en être parfaitement conscient.

Et comme faute avouée est à moitié pardonnée, on peut envisager d’aller voir « A la française »… mais à moitié prix alors.

A la française
De et avec Edouard Baer
Théâtre Marigny
Carré Marigny
Paris VIIIème
Jusqu’au 26 janvier 2013