20130129

Django Unchained, du western, des coups de feu, du sang et… Uncle Ben’s

Django-Unchained

Un mauvais Tarantino, cela n’existe pas. Django, pourtant, n’est pas son meilleur film. Il est juste très bon, et c’est déjà pas mal. Des scènes cultes. Des acteurs formidables. Mais, encore une fois, ce sempiternel thème de la vengeance. Et Uncle Ben’s aussi, mais ça n’a rien à voir…


C’est le drame des surdoués. On attend d’eux plus que des autres. Et on ne se contente pas de quelque chose de juste très bon. Il en va ainsi de Quentin Tarantino. Le gars de Jackie Brown. De Pulp Fiction. De Kill Bill. Son Django Unchained, signé par n’importe qui d’autre, aurait droit à une prosternation quasi mystique. On crierait à la merveille, au chef-d’oeuvre. Et on aurait raison. C’est un film excellent. Mais on le sait tellement capable de mieux. On l’a déjà vu faire tellement mieux…
Un Tarantino à 80%. De quoi largement surpasser, déjà, la grande masse de ses contemporains. De quoi faire briller les yeux, vibrer les coeurs et laisser pantelant devant tant de maîtrise. Mais 80% quand même. Et cette impression, assez terrible, de se dire : « Tiens, mais ça me rappelle True Grit tout ça… » Bien sûr, j’entends bien, Django est un hommage aux glorieux westerns d’antan, tout comme le film des frères Coen l’était. Mais il y a quelque chose de rabaissant pour lui, je trouve, à ce qu’on puisse se faire ce genre de réflexion. Pas Quentin. Pas lui. Pas ça. Lui n’a pas le droit d’emprunter des voies déjà explorées…

UNE SCENE DE TROP. PAS DE PANIQUE, 0,46% du FILM PAS PLUS

C’est pourtant ce qu’il fait, un peu, au moins au début. L’arrivée de son Dr Schultz (excellent Christoph Waltz), dentiste de son état, avec quenotte montée sur ressorts au toit de sa carriole, fait irrémédiablement penser au medecine man de True Grit, l’homme à la peau d’ours si vous vous souvenez. Ça m’a troublé, d’abord. Etonné, ensuite. Mais Dieu merci pas empêché d’être embarqué par la suite des événements.
Car tout ce que je viens de dire, bien sûr, n’avait d’autre but que d’évacuer très vite – forcément très vite – les quelques faiblesses que je me suis échiné à trouver. Django, c’est l’histoire d’un esclave affranchi à la recherche de son épouse Broomhilda, dont il a été séparé. C’est 2h44 de grand spectacle. Et rien à en retirer.
Encore que… à bien y réfléchir… Peut-être une scène, quand même. Une scène de trop. Et encore, non, ce n’est pas le bon mot. Pas de trop. Plutôt trop longue. Trop caricaturale, trop gore. Trop gratuitement gore. Et donc guère crédible. Je ne vais pas m’étendre sur la question mais, comme d’habitude maintenant chez Tarantino, Django a trait à la vengeance et à la haine. Alors, forcément, ça canarde à tout va… Et c’est peu dire que l’hémoglobine coule à flots… La routine tarantinienne, quoi… Parfois, ça va un poil trop loin. C’est ce que je lui reproche ici. Une scène surjouée. Survitaminée.
Mais pas de panique. Elle doit durer quelque chose comme 3 minutes et ce qui me gêne c’est, disons, 45 secondes, pas plus. 45 petites secondes sur un film de 9.840 en tout (si, si, j’ai fait le calcul). Soit, allez, soyons fous et allons au bout de la statistique, 0,46% du total…

PLUS D’HUMOUR QUE D’ORDINAIRE… ET UNCLE BEN’S

Je pars pourtant du principe qu’un Tarantino se doit d’être parfait, que voulez-vous. Le reste l’est, qu’on se rassure. La musique, la mise en scène, les cadrages, la lumière… Il faut voir la scène d’ouverture, ces hommes à chapeaux, montés sur leurs chevaux, sublimement éclairés par une lumière rasante alors qu’ils traversent une forêt sombre. Un jeu d’ombres et de lumières dont Tarantino est passé maître.
De même qu’il excelle, aussi, dans les scènes d’intérieur. Cette manière, si typique, qu’il a de filmer la montée en tension dans des pièces étriquées, à Candyland, le domaine où règne en maître Calvin Candie (Leonardo DiCaprio). La nervosité qui s’installe, palpable. Des mains qui s’agitent, doucement. Des regards qui fuient. Le drame qui se noue, doucement, avant d’éclater subitement. Et jamais quand on s’y attend. On sursaute beaucoup dans les films de Tarantino. C’est jubilatoire.
On rit aussi, et ça, c’est plutôt assez nouveau. Plus d’humour que d’ordinaire, dans Django. Avec notamment un épatant Samuel L. Jackson dans le rôle de Stephen, sosie de Uncle Ben’s, mais surtout esclave en chef (aujourd’hui, on dirait kapo) à Candyland, auprès de son maître et ami Calvin Candie.
Servi par d’excellents acteurs et par son talent de réalisateur, Tarantino arrive encore une fois à fournir quelques scènes qui feront date. Du très bon, donc, même si ce n’est pas forcément son meilleur film. En grande partie parce que Django ne se démarque pas beaucoup des précédents. Croisons juste les doigts pour que Tarantino, la prochaine fois, parte explorer d’autres thématiques que celles de la vengeance.