20130107

Foxfire : le gang de filles qui ne fait pas bang

FOXFIRE

Cinq ans après Entre les murs, Laurent Cantet revient avec Foxfire. Une plongée dans l’Amérique des 50s avec toujours cette interrogation sur la force du collectif qui transcende l’individu.
Intéressant, bien que trop long et sans surprise.


Trop. Un peu trop de tout. Trop de « gras »: trop long. Trop de détails: on s’y perd. Trop de personnages: on a du mal à s’attacher à eux… C’est dommage car il y a de bonnes choses dans Foxfire. De très bonnes choses même.
Pour ceux qui débarquent en douceur dans cette année ciné 2013 (laquelle s’annonce plutôt enthousiasmante), seconde adaptation du roman de Joyce Carol Oates, Foxfire raconte l’histoire d’un gang de jeunes filles dans l’Amérique des années 1950. Pas méchantes, ces filles, non. Pas au début, du moins. Juste lassées d’être prises pour des connes, méprisées, rabaissées. Une bande de féministes qui décide de prendre son destin en main.

LA LUTTE DES CLASSES QUI NE PASSE PAS

Sur le papier, c’est sympathique. La plongée dans les fifties est réussie, avec la jolie mise en scène d’une époque révolue ses fringues, ses voitures, ses coupes de cheveux, sa consommation, ses manières de vivre… qui, il faut l’avouer, fascine toujours autant.

Le problème, c’est que Laurent Cantet, le réalisateur, a voulu y glisser une touche de politique. Pas seulement féministes et idéalistes, ses filles : elles sont aussi engagées dans une lutte des classes qui, pour le coup, elle, ne fonctionne pas. On ne croit pas une seconde au personnage du père Theriault, censé faire l’apprentissage politique de Legs, la meneuse. Ses apparitions tombent comme un cheveu sur la soupe, et viennent casser le rythme qui, après une heure de film, donne déjà dans le mou du genou. Cantet cherche trop à nous prendre par la main, pour être bien certain que tout le monde suive.
On comprend sa volonté, cela dit. Sans doute était-il conscient des affres de son scénario. Puisqu’il évoque un gang de filles, il a voulu – et c’est somme toute assez logique – créer un effet de masse. Quatre, puis cinq, puis dix… Il nous abreuve de personnages. Sans compter les rôles satellites, qui ne font que passer. Ça commence à faire beaucoup. Beaucoup trop. D’autant qu’elles se ressemblent un peu toutes, les gamines… Pour éviter de nous perdre, il a donc voulu baliser le chemin.

QUAND L’INDIVIDU CEDE LE PAS AU COLLECTIF

Louable, certes… mais à effet pervers. D’abord, parce que c’est vain: il nous perd quand même. Et puis, surtout, parce que ça crée un creux difficile à passer, au milieu du film, avant que la tragédie ne se noue enfin. On a méchamment envie de tailler dans ce ventre mou pour retrouver du souffle. D’enlever quatre ou cinq scènes pour se concentrer sur l’essentiel, ce qui fait le talent de Cantet, sa patte désormais.

Et qui est, vous demandez-vous, haletants? Cette manière qu’il a, déjà vue avec Entre les murs, de faire monter la sauce. De mettre en lumière les phénomènes de groupe. Ces moments, forcément un peu particuliers, où l’individu, de gré ou de force, consciemment ou non, cède le pas au « collectif », ce machin un peu bizarre qui fait qu’une société avance. Ou recule, c’est selon…
Foxfire, c’est Legs (une étonnante Raven Adamson, à suivre dans ses prochains films), une boule de colère et d’énergie mal canalisée, en rébellion contre un peu tout. Seule, elle ne peut rien. Alors elle fédère autour d’elle trois, puis quatre, puis neuf autres filles, des gamines de 15 ans réunies au sein de « Foxfire », le nom de leur société secrète aux allures potaches.
Pas d’autre mot d’ordre, d’abord, que celui de lutter contre le sexisme ambiant. Seulement, voilà que grisées par leurs premiers succès, faciles, elles se laissent aller à d’autres rêves. Non plus seulement se faire respecter, mais plutôt se faire craindre, ce qui n’est pas tout à fait la même chose… Une dérive en forme de radicalisation qui rappelle un peu, soyons fous, les mouvements gauchistes des 70s.

LE CLAN QUI SE MUE EN GANG

Laurent Cantet sait bien filmer cette machine qui s’emballe, ce clan qui se mue en gang, le destin qui échappe à ces filles. Legs qui part en vrille, sans s’en rendre compte. Celles qui s’en rendent compte, justement, et qui prennent leur distance, doucement. Et celles qui, obnubilées par le charisme de Legs, la suivent les yeux fermés. On voit la tension monter, les premières confrontations naître entre ces filles qui croyaient pouvoir, dans leur coin, échapper au monde réel, ses chamailleries, ses mesquineries.
La lutte des anciennes et des modernes. La lutte des meneuses et des suiveuses. Des idéalistes, prêtes à rompre avec le « système », et des réalistes, tout juste désireuses d’améliorer les choses, et pas forcément de les changer en profondeur. Cette force collective, qui échappe au groupe, le mène vers le drame, qu’on pressent inéluctable. Et, accessoirement, qu’on voit venir de très loin, d’ailleurs, de beaucoup trop loin…
J’enlève mon « accessoirement » car, en réalité, c’est le coeur du problème. C’est finalement très prévisible comme film.
Ça manque d’un bon grain de folie.

Comme Foxfire, la société secrète, échappe à ses créatrices, on aurait souhaité que Foxfire, le film, échappe un peu plus à son réalisateur. Histoire de nous surprendre un minimum.