20130115

Le charme discret de la ruine

Lundi 2 - Siracusa - 150 - 2011-08-01 à 15-53-22

Grandeur et décadence. A chaque civilisation, son caillou restant.
Présent mais invisible.


C’est le plus souvent le côté colossal des vestiges des civilisations disparues qui nous fascine d’abord. Le menhir écroulé de Locmariaquer qui pèse 340 tonnes, les énormes linteaux de Stonehenge, les blocs des pyramides d’Egypte (Khéops) ou d’Amérique du sud (Tikal, Chichen Itza).
Et, associé à ce gigantisme cosmique, c’est l’effondrement-disparition de ces civilisations sans que les peuples qui les portèrent n’y accordent plus d’importance : paysans mayas, paysans khmers, fellas égyptiens ou rares pascuans vivant à côté de ces vestiges qui barrent le ciel ou disparaissent sous les arbres.

TOUT EST RELATIF, MÊME LES CIVILISATIONS

Notons cependant, tout étant relatif, que la civilisation égyptienne a duré de 3500 à 476 av. J.-C. (et fut arabisée au VIIè siècle ap. J.-C.), là où la pax romana n’a duré que cinq siècles… On pouvait croire que ces édifices gigantesques étaient devenus invisibles tant il a fallu de temps et d’explorateurs pour les découvrir ou les re-découvrir : les savants de Bonaparte en Egypte (2000 ans après Thalès de Milet), Sir Raffles et H. Cornelius pour Borobudur, Henri Mouhot pour Angkor, etc.
De même, la découverte des civilisations de Mésopotamie consista pour les peuples autochtones à s’apercevoir, grâce aux archéologues européens* qui déferlèrent sur leurs pays, que ces buttes et autres collines constituant leurs paysages familiers étaient en fait d’anciens palais et temples, d’énormes tas de poteries, statues, perles et autres tablettes gravées formant de véritables bibliothèques… Ils vivaient quotidiennement sur les ruines de grands empires : Sumer, Ur, Assur, Ninive, Babylone.. qui resurgissaient sous leurs yeux.

En même temps, nous sommes frappés par l’effondrement de ces merveilleuses cultures que ces chutes soient expliquées, ré-expliquées (Rome, Angkor) ou pas. Le plus souvent ce sont de multiples causes qui ont agi associant l’incurie, l’imprévision, les agressions et les difficultés des milieux, selon ce que historiens et archéologues arrivent à déchiffrer

Toujours reste-t-il que les civilisations semblent parcourir un cycle aboutissant – après une expansion considérable – à une fin sans renaissance : est-ce le message qu’elles nous envoient, nous qui sommes si fiers de nos réussites et insouciants de nos avenirs ?

 

*dont le mari d’Agatha Christie.