20130121

The Master : quand Joaquin Phoenix éclipse tout

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Un film à performances… Joaquin Phoenix et Philip Seymour Hoffman d’ailleurs nommés aux Oscars. Un jeu sublime mais un film qui donne l’impression d’assister à une succession de scènes certes parfaitement maîtrisées, mais ne faisant pas forcément un tout. A voir pour ses acteurs.


Deux acteurs géniaux servent-ils le film, ou ne font-ils au contraire que l’éclipser ? Vous avez non pas 4h, comme il est de coutume, mais 2h17 pour exprimer votre opinion… The Master fait partie de ces films à propos desquels on sera capable de s’étriper des heures durant, sans jamais trouver de consensus.
Personnellement, je penche pour la seconde option: à force d’être bons, Joaquin Phoenix et Philip Seymour Hoffman ont tendance à prendre trop de place à l’écran, empêchant ainsi de s’attacher à la beauté joliment surannée du film.

In the naaaaaaaaavy!

In the naaaaaaaaavy!

The Master raconte l’histoire de Freddie (Joaquin Phoenix), vétéran revenant au pays après avoir combattu les Japs dans le Pacifique. Dans l’Amérique des années 50, Freddie est un peu paumé, pas du tout considéré, et accessoirement complètement alcoolique. Il a du mal à revenir dans la vie civile, et c’est ainsi qu’il tombe sous la coupe du Maître, Lancaster Dodd (Philip Seymour Hoffman), leader d’un mouvement un chouya sectaire, la Cause, librement mais assez directement inspiré de Ron Hubbard et de la Scientologie. Voilà pour planter le décor.

DEUX ACTEURS SUBLIMES

A première vue, donc, plutôt sympathique. D’autant qu’on évite l’habituel si lamentable biopic pour plonger dans quelque chose de plus subtil. Une sorte de mano-a-mano entre les deux héros. La montée de l’emprise de l’un sur l’autre. Et de l’autre sur l’un. Ce charisme un peu fragile de l’un, et cette folie charismatique de l’autre. Des ressorts psychologiques assez fascinants à explorer.
Sauf que… sauf que, c’est désolant mais l’on croit pas à cette relation complexe de dominant/ dominé. Bien trop happé par le jeu des deux acteurs, sublime, pour se laisser embarquer dans l’histoire… The Master est un film à performances. De celles taillées pour recevoir des Oscars. Et, d’ailleurs, bingo, les deux bonhommes sont nommés. Catégorie meilleur acteur pour Joaquin, et meilleur second rôle pour Philip.
Deux nominations amplement méritées, qui doivent beaucoup à la réalisation de Paul Thomas Anderson. Lumière parfaite, caméra toujours au bon endroit, on voit que Paulo sait faire du cinéma. Et qu’il aime ça surtout, le bougre. Qu’il aime mettre en valeur ses acteurs. Mais – attention, warning, warning, expression directement venue du siècle d’avant le siècle dernier dans les tuyaux – mais, et c’est là que le bât blesse… qui trop embrasse mal étreint.

DEUX MAGNIFIQUES SCENES DE CINEMA

Le rire de Joaquin Phoenix, sa sonorité envoûtante qui englobe tout, et en dit tellement plus que de longs dialogues… Son petit sourire en coin, et sa manière, qu’il a, de déformer sa bouche vers la gauche pour parler…

Hey les mecs, je me suis coincé la lèvre dans les bagues!

Hey les mecs, je me suis coincé la lèvre dans les bagues!

Ses regards, si expressifs, souvent goguenards, parfois complètement perdus… La rondeur, à l’inverse, de Philip Seymour Hoffman. Cette faconde, teintée de bonhomie faussement joviale (ahahah, je savais que j’arriverais, un jour, à la placer cette phrase !!!) (private joke) (promis, je ne recommencerai plus). Sa présence, ses petites joies et ses grands emportements…
Entre eux, un savoureux jeu du chat et de la souris. Un rapport de maître à élève, de gourou à adepte. Et deux scènes, surtout. Deux grandes et magnifiques scènes de cinéma. Leur première séance, d’abord, en tête à tête. L’emprise qui se noue. Les questions qui fusent et l’ordre, donné, de ne surtout pas cligner des paupières. Plus tard, les deux mêmes, dans deux pièces contigües. L’un calme, impassible. L’autre boule de nerf ne tenant pas en place, et perdant le contrôle.


DEUX HEURES DIX-SEPT QUI NE S’AMALGAMENT PAS

Le reste? Eclipsé. Certaines critiques évoquent un problème de rythme. Il est vrai que c’est lent, mais ce n’est pas cela qui m’a gêné. Cette lenteur a quelque chose qui colle bien avec l’atmosphère du film. L’ennui est surtout d’avoir l’impression d’assister à une succession de scènes parfaitement maîtrisées, mais ne faisant pas forcément un tout. Ça s’enchaîne, ça se suit, mais ça ne s’amalgame pas. Ça devrait monter en tension, au rythme de l’emprise psychologique qui se fait jour. Ça reste en réalité très linéaire.

Sublime dans le jeu, carré dans la mise en scène mais, sur ce coup-là, Paul Thomas Anderson nous laisse en rade sur le bord du chemin.