20130123

Tous psychopathes ?

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C’est l’histoire d’une jeune fille. Aux funérailles de sa mère, elle rencontre un jeune homme qu’elle ne connaissait pas. Coup de foudre, elle en tombe éperdument amoureuse. Toutefois, elle ne lui a demandé ni son nom ni son numéro et n’a pu trouver quelqu’un le connaissant. Quelques jours plus tard, elle tue sa propre sœur…
Pour quel motif a-t-elle tué sa sœur ? Réponse à la fin de l’article.


Le Hare Psychopathy Checklist Revised (PCL-R), publié par le Multi-Health Systems, est employé à travers le monde et permet aux médecins et chercheurs de déceler les personnes psychopathes dont voici les 10 caractéristiques principales :

1-La loquacité et le charme superficiel
2-Surestimation de soi
3-Absence de remords ou de culpabilité
4-Manque d’empathie
5-Émotions superficielles
6-Impulsivité
7-Besoin de mener une vie excitante
8-Absence du sens des responsabilités
9-Apparition précoce de problèmes de comportement
10-Comportement adulte antisocial

Si vous réunissez plus de la moitié de ces caractéristiques, vous pouvez vous inquiéter. Si vous réunissez toutes ces caractéristiques, votre entourage peut s’inquiéter.

LE CAPITALISME, UNE MANIFESTATION PHYSIQUE DE LA PSYCHOPATHIE

Les trois métiers parmi lesquels on compte le plus de psychopathes sont les chefs d’entreprise, viennent ensuite les avocats et les figures médiatiques (télé, radio,…). Les trois où on en retrouve le moins sont aide à domicile, infirmière puis thérapeute.

Robert Hare, le psychiatre qui a établit la fameuse liste précitée, avance que le capitalisme récompense le comportement psychopathe. En fait le capitalisme est une manifestation physique de la psychopathie, et baignant dedans nous serions tous plus ou moins affectés.

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Jon Ronson évoque dans son enquête sur le monde de la folie (The psychopath test, Picador, 2011 ) l’histoire de Tony, une personne détenue à l’asile de Broadmoor depuis quinze ans. A 17 ans, il risquait 5 ans de prison pour avoir frappé un SDF. Il avait alors décidé de simuler la folie, pensant que l’asile était beaucoup plus confortable que la prison. Pour cela il s’était référé à des films comme Blue Velvet, Crash ou la biographie de Ted Bundy. Seulement, une fois à l’intérieur de l’asile il déchanta vite et fit tout son possible pour montrer qu’il était sain d’esprit. Exercice apparemment plus compliqué que de démontrer la folie. Dans un premier temps, il pense que la voie la plus appropriée est tout simplement de se comporter normalement, de parler de choses normales, de se tenir normalement. Mais tous les faits et gestes des patients sont scrutés et souvent surinterprétés par le personnel psychiatrique. Abonné à la revue New Scientist, il avait lu un article où l’armée faisait des expériences avec les bourdons pour détecter les explosifs. Dans une conversation banale, il en parle à une infirmière : « Saviez-vous que l’armée américaine entraînait des bourdons pour flairer des explosifs ? » Plus tard, ayant eu accès à son dossier médical il avait pu lire : « Croit que les bourdons peuvent flairer les explosifs ».  Dans un second temps, il décida de s’isoler des psychopathes afin de ne pas devenir fou lui-même, ce que le personnel interpréta comme un comportement narcissique et asocial à des fins de manipulation perverse (faire croire au personnel qu’il n’était pas fou). Jon Ronson va cependant obtenir du directeur de l’établissement psychiatrique les raisons de la détention de Tony : certes, les clichés de la folie qu’il simulait n’ont pas tenu bien longtemps, mais il n’en a pas moins été diagnostiqué psychopathe lors de nouvelles évaluation.
Le fait même de simuler la folie revêt une dimension psychopathe.

DE L’IRRATIONALITÉ ET DE LA FOLIE

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Distinguer un fou d’un homme sain d’esprit n’est sans doute pas simple. C’est le mérite de l’écrivain anglais G.K Chesterton d’avoir tordu le cou à certaines idées reçues sur les caractéristiques de ces deux catégories.
Nous avons généralement en tête l’image du fou comme quelqu’un dont les actes n’ont pas de cause, autrement dit dont les actes sont irrationnels. Au contraire. C’est plutôt l’homme sain qui peut agir sans véritable cause : il siffle en marchant, fouette l’herbe de sa main, et ce avec une insouciance manifeste. Le fou verra dans tous ces gestes des causes qui viendront s’inscrire dans un système qui a sa logique rationnelle : siffler en marchant sera une façon de communiquer avec un complice, cingler l’herbe sera une atteinte à la propriété, etc. C’est cette volonté de tout expliquer, de tout rationaliser qui va rendre fou. En cela « le fou est celui qui a tout perdu sauf sa raison[1] ». G.K Chesterton va l’opposer à l’homme ordinaire qui

« a toujours été sain d’esprit parce qu’il a toujours été mystique. Il accepte la pénombre. (…) Il se réserve toujours la liberté de douter de ses dieux ; mais aussi – au contraire de l’agnostique moderne – de croire en eux. Il est plus soucieux de vérité que de logique. S’il voit deux vérités en apparente contradiction, il les adopte toutes deux avec leurs contradictions. Sa vision spirituelle est stéréoscopique, comme sa vision sensorielle. Il fusionne deux images distinctes et ne les en voit que mieux. (…) Il admire la jeunesse parce qu’elle est jeune, la vieillesse parce qu’elle ne l’est pas. C’est justement cet équilibre entre d’apparentes contradictions qui donne à l’homme sain sa capacité de survivre. Tout le secret du mysticisme est ici : l’homme peut tout comprendre avec l’aide de ce qu’il ne comprend pas. Ce morbide logicien veut rendre tout clair et ne réussit qu’à rendre tout mystérieux.[2] »

C’est ce qui fera dire à Chesterton que « Le poète ne demande qu’à dresser sa tête dans les cieux. Le logicien, lui, cherche à enfermer le ciel dans sa tête. Et sa tête éclate.[3] »

L’EXPLICATION REPTILIENNE

Image 4Nous pouvons toutefois corriger la thèse intéressante de Chesterton en avançant l’hypothèse du psychopathe comme synthèse délirante du poète et du logicien. Nous aurions ainsi des individus débordant d’une imagination justifiée par l’élaboration d’un système complexe emprunt de correspondances improbables. C’est ainsi par exemple que nous aurons quelqu’un comme David Icke qui soutient dans ses ouvrages (vendus tout de même à 20 millions d’exemplaires) que l’espèce humaine est actuellement réduite à l’esclavage par des humanoïdes reptiliens (parmi lesquels la princesse d’Angleterre, G.W Bush ou Tony Blair) notamment via la lune qui est en fait un vaisseau émettant des ondes déformant notre vision de la réalité. Ainsi tout s’explique. Par exemple l’assassinat de Lady Di, en fait un sacrifice humain orchestré par les reptiliens sur un ancien site religieux qui était consacré à la déesse Diane comme par hasard. Pourquoi de tels sacrifices ? En fait,

« le thème commun de toute la recherche sur les reptiliens est qu’ils sont dépourvus d’émotions et de sentiments et que de la quatrième dimension, ils se nourrissent de l’énergie des basses vibrations émotionnelles humaines telles que la peur, la culpabilité et l’agressivité. (…) Plus ces émotions sont stimulées et plus il y a d’énergie disponible pour les reptiliens. Ainsi, on encourage les conflits armés, les génocides humains, les tueries massives d’animaux, les perversions sexuelles qui créent tous un haut voltage d’énergie négative.[4]»

Il fallait y penser.

En ce qui concerne le test proposé au début de ce texte, voici la solution : elle espérait que le garçon vienne de nouveau aux funérailles.

Si vous avez répondu correctement à la question, vous pensez comme un psychopathe (bon nombre de tueurs en série ont subi ce test et ont répondu correctement à la question).


[1] G.K Chesterton, Orthodoxie, Gallimard, 1984, p.27.

[2] G.K Chesterton, Orthodoxie, Gallimard, 1984,p.40-41.

[3] G.K Chesterton, Orthodoxie, Gallimard, 1984,p.25.

[4] David Icke, Le plus grand secret, tome 1, Louise Courteau, 2001, p.79.