20130208

Alceste à bicyclette ? Non, au ras des pâquerettes

Alceste-a-bicyclette

A Hollywood, ça explose et ça flingue de partout. En France, ça fait du vélo et ça porte des fringues sorties du grenier. Alceste à bicyclette est l’archétype de la french touch du cinéma actuel. Une volonté de faire vrai qui, à défaut d’élever le débat, plombe l’ambiance. Et le film.


On a ce talent, en France, de faire du cinéma ancré dans le réel. Héros qui n’en sont pas. Qui ressemblent furieusement à monsieur Tout-le-monde. Dont les vies sont dramatiquement classiques. Du cinéma normal, en somme. Mais le cinéma doit-il être normal ? Je pose la question. Ne vous fatiguez, si je le fais, c’est que j’ai la réponse.
Qui est ? Qui est « non », bien sûr, un grand, un énorme « non ».
Alceste à bicyclette est là pour en apporter la preuve éclatante. Luchini filmé à l’état brut de ses 60 ans. Et encore, ils (qui sont ces « ils » ? Quels sont leurs réseaux ?) ont dû l’empêcher de dormir des semaines durant pour qu’il ait l’air si fatigué. Yeux cernés, traits tirés. Glamour.

UNE COSTUMIERE SOUS ECSTA 

Si on rajoute les décors, 100% naturels, c’est-à-dire moches… Avec même ce talent, si français, de rendre l’île de Ré laide à souhait. Quelle idée aussi de la filmer en pleine hiver. Et sous la pluie. Car il pleut, évidemment, ce ne serait pas drôle sinon… Ciel bas, ciel gris. Vous rentrez dans la salle joyeux, vous en ressortez essoré.
A se dire que la France, si elle est entrée dans l’histoire, y est gentiment restée engluée depuis. Fière de son passé, mais surtout pas tournée vers l’avenir. Tout est triste. Même les fringues sont tristes. La costumière devait être sous ecsta, je ne vois pas d’autres solutions.

Et pas que les prénoms...

Et pas que les prénoms…


Serge Tanneur (même les noms puent le vieux, c’est terrible…), joué par Luchini est un comédien retiré du monde. Trois ans qu’il n’est plus monté sur les planches. Trois qu’il vit en ermite sur l’île de Ré, sans télé, sans portable. Acteur raté ? Surtout pas. L’homme a eu son heure de gloire. C’est juste que, lassé par le métier, son hypocrisie et ses bassesses, il a tout plaqué, autrefois. Son vieil ami, Gauthier Valence (Lambert Wilson), est lui resté actif. Trop peut-être. Jusqu’à se compromettre avec des merdasses télévisées pour s’en mettre plein les fouilles : il joue le Docteur Morange sur TF1. Une sombre bouse qui cartonne. Je n’ai pu m’empêcher d’y voir une allusion, assez directe, à ce pauvre Thierry Lhermitte, perdu avec son Doc Martin, sur TF1, justement. Un bon point pour le film que cette capacité à chatouiller nos « élites » là où ça fait mal.


DES VERS DECLAMES SANS ENTRAIN

Mais là n’est pas le propos – pas encore. Gauthier Valence, s’il s’enrichit gentiment, se fait aussi un tout petit peu chier avec son rôle à la con. Il veut monter le Misanthrope au théâtre. Enfin un projet ambitieux. Mais, pour cela, il a besoin de son ami. Il se rend donc sur l’île de Ré pour essayer de le convaincre.
S’ensuit 1h40 de négociations, un peu chafouines, beaucoup cabotines, entre les deux hommes. Deux monstres d’ego qui ont bien du mal à s’abaisser, à s’avouer que oui, ils ont besoin l’un de l’autre. Un petit jeu du chat et de la souris qui, s’il n’est pas déplaisant, manque tout de même cruellement de profondeur. Les bons moments sont trop rares pour faire d’Alceste un bon film : la critique des téléfilms merdiques, la visite des maisons hors de prix de l’île de Ré, quelques échanges entre Luchini et Wilson….
Luchini est plutôt bon, mais son duo avec Lambert Wilson ne fonctionne pas. Il faut dire que Wilson, sur ce coup, assure juste le service minimum, sans entrain ni passion. Leurs répétitions des scènes du Misanthrope sont d’un ennui quasi mortel – filmer du théâtre est forcément casse-gueule au cinéma. Et Philippe Le Guay, le réalisateur, ne s’en sort pas. Il avait pourtant fait un intéressant Les femmes du 6ème étage.

Et c’est dommage parce que voir Luchini déclamer des vers avait, sur le papier, quelque chose d’attrayant. Sur la pellicule, beaucoup moins…