20130212

Les négociations sur le climat (2/2) la conférence de Doha

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Seconde et dernière partie de notre point sur le climat. En décembre 2012, s’est tenue à Doha la grande conférence annuelle sur le climat. Quelles en étaient les enjeux et quelles en sont les conclusions ?


La conférence de Doha qui s’est tenue en Décembre 2012 était la 18ème du genre. Et oui déjà. Pour comprendre ce qui s’est passé avant, allez jeter un coup d’œil à la première partie. Si c’est déjà fait ou si vous êtes omniscient, entrons dans le vif du sujet et essayons donc d’y voir plus clair dans la grande jungle des problèmes abordés par 4000 représentants gouvernementaux et 4000 membres de l’ONU, lors de la mega teuf qatari.

Soit trois sujets principaux :
– la seconde période du protocole de Kyoto,
– la fin des groupes de réflexions commencés à Bali en 2007,
– le méga traité intersidéral prévu pour 2015 (et à appliquer à partir de 2020), discuté dans un groupe de réflexions lancé à Durban.

I. KYOTO, QUI M’AIME ME SUIVE

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Le protocole de Kyoto est entré en vigueur en 2005. Ses objectifs n’étaient pas très ambitieux : il s’agissait, pour 37 pays industrialisés, de réduire leurs émissions de 5% sur la période 2008-2012 par rapport aux émissions de 1990. Comme rien n’est prévu pour l’après 2012, il est décidé dès 2005 de lancer un Ad hoc Working Group pour préparer une seconde période. Sympa comme nom vous ne trouvez pas ? Son petit sigle à lui, puisqu’il s’agit du protocole de Kyoto, est le AWG-KP.  Plutôt prévoyant de réfléchir 7 ans à l’avance n’est-ce pas ? Les types ne se doutaient sûrement pas que quelques semaines avant la fin de 2012 les discussions ne seraient toujours pas finies ! L’enjeu de Doha était donc assez conséquent : il fallait ABSOLUMENT trouver un accord pour pouvoir enchaîner la seconde période dès la fin de la première.
Tu la sens la pression Michel ?

Que s’est-il passé depuis 2005 parmi les pays signataires du protocole de Kyoto ? Eh bien pas grand-chose… Beaucoup de pays ont de toute façon refusé de s’engager dans une seconde période : le Japon, le Canada, la Nouvelle-Zélande et la Russie ont décidé de lâcher l’affaire.  

Mais cela ne les empêche pas de venir mettre leur grain de sel : le gros des discussions sur la seconde partie du protocole a porté sur les mécanismes de flexibilité : à la fin de la première période, Michel a encore des droits d’émissions non-utilisés ? Alors qu’est-ce qu’il en fait notre pauvre Michel ? Est-ce qu’il n’aurait pas le droit de les vendre en loosdé pendant la seconde période, même s’il refuse d’y participer ?
Bizarrement cette question n’est pas soulevée par les pays prêts à s’engager une seconde fois. Pour eux, grands seigneurs, on recommence une nouvelle période à 0, et si l’on a fait mieux que prévu, alors tant mieux. Pour ceux qui veulent se barrer au contraire, se faire un peu de marge avant de partir n’est pas négligeable. Et ce qui est un peu polisson c’est que ces surplus ne viennent pas d’un effort écologique admirable mais tout simplement d’une récession économique qui les a fait polluer moins que prévu.  Heureusement les pays ont fini par se mettre plus ou moins d’accord sur le fait que ces surplus ne seraient pas utilisables.

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Mais comme les dirigeants sont de grands enfants, la Russie et l’Ukraine ont tenté de poser leur véto au moment du vote final. Et là, le président de séance a fait son mauvais joueur. Alors que la Russie levait son drapeau bien haut pour dire qu’elle n’était pas vraiment d’accord, le président a regardé ses chaussures du genre « Tiens mes chaussettes ne sont pas de la même couleur. Hop tout le monde est d’accord, ça c’est fait, on y revient pas. Tu dis quoi Michel ? Ah trop tard, je ne veux pas faire de rature sur mon cahier ». Ce genre de choses était déjà arrivé à Cancun lorsque la Bolivie refusait de signer les accords : Faut les comprendre les mecs, déjà que ça n’avance pas beaucoup alors quand ça stagne trop, ils sont prêts à forcer un peu les choses, et on les comprend.

Voilà pour ce qui est du côté funky de la force.

D’un côté plus pragmatique, les pays qui se sont réengagés (en gros, l’Europe et l’Australie) sont prêts à réduire leurs émissions de 18% sur la période 2013-2020. Et ça, c’est vraiment intelligent : 2013 permet de commencer directement après la fin de la première période, et 2020 permet de faire la soudure avec le méga traité de la mort universel et mondial (voire intergalactique) devant arriver en 2015 (ce qui ne sera sûrement pas le cas, mais pour l’instant tout colle pile-poil).
Niveau finance en revanche, c’est plutôt morose : le fond servant aux problèmes d’adaptations (cf. les différents axes du protocole de Kyoto ici) se finance grâce à une taxe sur les échanges des droits d’émissions. Et comme il en reste beaucoup à tout le monde, de ces droits d’émissions, les prix chutent. Et le fond n’a plus d’argent. Il va donc falloir réfléchir à faire quelque chose. Comme d’habitude, Michel dit qu’il y pensera demain… 

Dans l’ensemble, en ce qui concerne le protocole de Kyoto, Doha fut un succès. Même si les pays restants ne représentent que 15% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, le protocole est maintenu jusqu’en 2020. Mine de rien, c’était absolument fondamental : si le protocole s’arrête, ce sont tous les mécanismes, les institutions, les règles de comptage et de comptabilité et les gens qui les maîtrisaient qui disparaîtraient avec. Et tout recommencer depuis le début pour le super traité de 2015 serait absolument titanesque, voire carrément impossible. On a énormément capitalisé sur l’expérience de ce protocole, ce sont presque les bijoux de famille. Longue vie au mini protocole de Kyoto !

 
II. BALI, C’EST FINI, ET DIRE QUE C’ÉTAIT L’AWG DE MON PREMIER AMOUR

En 2007, Bali et son mandat avaient lancé son petit groupe de travail « on Long-term Cooperative Action », le AWG-LCA. Il devait se terminer à Copenhague deux ans plus tard, mais manque de bol raté, impossible de se mettre d’accord. Il a donc dû être reconduit. Depuis Durban en 2011, une feuille de route a clairement été établie pour aboutir à un traité en 2015 et un nouveau petit groupe a lui aussi été lancé, l’ADP (pour Durban Plateform). Du coup, l’AWG-LCA n’avait plus trop de raison d’être et il a été décidé d’y mettre un terme à Doha, en s’assurant qu’on avait bien rempli toutes les missions qu’on lui avait données avant que le message ne s’autodétruise.

En gros, son objectif était de mettre en place tout un ensemble d’institutions permettant d’encourager et de contrôler les différentes actions suivant les 4 axes dégagés à Bali : réduire les émissions, s’adapter au réchauffement, faire du transfert technologique et payer tout ça.

1) Pour ce qui est de réduire les émissions, Copenhague a bien fait avancer le boulot : il a été demandé à tous les pays de faire des efforts personnels, chacun selon ses capacités ;  et cela a plutôt bien marché, puisque 85 pays ont répondu à l’appel. Dans le bon sens donc, mais ça ressemble quand même à un patchwork de l’époque disco : il n’y a pas deux pays qui font la même chose, leurs décisions sont souvent conditionnelles, les réductions sont variables et calculées de mille manières différentes, et les calculs parfois si compliqués qu’on croirait vraiment que Michel veut nous la faire à l’envers.
C’est tout le problème de cette vision bottom-up de Copenhague : aucune vision commune ; les pays n’ont même pas de référence commune pour calculer leurs réductions, comme l’est l’année 1990 dans le protocole de Kyoto. La conséquence, c’est qu’il est impossible d’envisager certains mécanismes, comme une bourse du carbone, puisque personne ne saurait vraiment ce qui s’échange.

Il a donc été décidé au sein du AWG-LCA de créer un programme visant à pousser les pays à s’aligner les uns sur les autres et à relever leurs ambitions. On dit bon courage à Michel et Michel qui viennent de se récupérer une jolie mission impossible niveau 3ème Dan. D’ailleurs, beaucoup de pays ont trouvé que c’était nul comme solution et qu’on avait encore repoussé le problème. Mais bon, faudrait pas décourager les deux Michel avant même qu’ils ne commencent.

2) Pour ce qui est de la partie finance, le Green Climate Fund qui servira de banque pour payer tous les problèmes d’adaptations a enfin un siège : il sera installé à Sondgo, en Corée du Sud. Sa structure administrative est donc quasiment finalisée, ce qui est une avancée à saluer.

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Pour ce qui est de l’argent à mettre dedans, c’est une autre histoire. A Copenhague, les pays s’étaient mis d’accord pour mobiliser 100 milliards par an dès 2020 et avaient également fourni 30 milliards pour couvrir 2010-2012. En revanche, rien n’était prévu pour la période charnière 2012-2020…  Les pays n’ont toujours pas réussi à se mettre d’accord à Doha. L’accord  « encourage » les pays développés à fournir de l’argent pour la période 2013-2015, basta. Par conséquent, on a décidé de continuer à réfléchir là-dessus encore un an. C’est pratique ça, à chaque fois qu’on n’arrive pas à se mettre d’accord, on se dit « tant pis, on verra l’année prochaine, en attendant tu fais un scrabble ? ». Toujours est-il qu’aujourd’hui beaucoup de pays s’inquiètent de ce que le GCF n’est donc pour l’instant qu’une coquille vide.

Le AWG-LCA aura également fermement établi entre 2007 et aujourd’hui qu’un grand nombre d’institutions devraient maintenant changer en profondeur le paysage de la Convention : le Standing Committee on Finance, le Climate Technology Center, ainsi que l’Adaptation Committee.

Le AWG-LCA clos à Doha semble avoir rempli son contrat : en ayant créé cet ensemble d’institutions, il est théoriquement possible de travailler suivant les 4 axes définis à Bali. Maintenant bon, ne t’emballe pas trop Michel. Nous n’avons concrètement qu’un ensemble d’institutions, pour lesquelles les finances manquent, et dont nous ne verrons que par la suite si elles arrivent à fonctionner.

III. ADP : UNE PLATEFORME QUI NE BOUGE PAS BEAUCOUP

Depuis Durban en 2011, la feuille de route est claire : il faut aboutir à un traité en 2015. Et un groupe de réflexion tout spécial a ainsi été créé : l’ADP (pour Ad hoc Working group on the Durban Plateform for enhanced action).  Ici on reprend tout à 0 pour se mettre d’accord sur un traité tout beau tout propre ; on revient donc aux discussions de base.  Mais deux principes de la convention cristallisent beaucoup de débat : le principe d’égalité et le principe de responsabilité commune mais différenciée (common but differenciated responsabilities, CBDR). Toute la question est de savoir comment appliquer ces principes au nouveau traité. C’est là que se trouve le nœud gordien car chacun voit midi à sa porte, et il semblerait que personne n’ait vraiment évolué sur le sujet.

Les pays développés veulent un traité au cadre évolutif permettant de refléter la réalité de la dynamique économique : ainsi, le mur entre pays développés et en développement tomberait ; et l’on éviterait que se renouvelle la situation de l’Inde et la Chine, de petits pays en développement avant le protocole de Kyoto, qui sont maintenant des puissances émergentes.

Le groupe AILAC (Colombie, Péru, Costa Rica, Chili, Guatemala et Panama ) est prêt à signer un traité très contraignant pour tout le monde, car cela leur paraît nécessaire pour rester sous les 2°. Bel esprit de sacrifice à l’instar de l’Europe, qui depuis le début dit oui à tout. 

Le Like-minded Group, en revanche, (non, ce ne sont pas des groupes de rock, ils aiment juste les noms qui sonnent bien) ne veut pas lâcher l’affaire sur le CBDR et reste ferme sur la responsabilité historique des pays développés. Ce groupe contient des pays pas franchement jobards : groupe des pays arabes, Argentine, Venezuela, Bolivie, Equateur, Inde et Chine.

Les US quant à eux, ne veulent même pas entendre parler des principes d’égalité et de CBDR : le mandat de l’ADP n’y fait pas référence explicitement, donc il n’y a aucune raison de se prendre la tête là-dessus.

Comme on le voit, tout ça est franchement mal barré vu que 2015, c’est dans seulement trois ans… Ban-Ki-Moon, le King du Kimono, a heureusement décidé de convoquer tous les dirigeants du monde en 2014 pour leur botter le train et leur rappeler qu’il faut bosser ensemble. On verra si cela porte ses fruits, ou si, comme d’hab’, les dirigeants jouent à qui a la plus grosse en disant « je fais ce que je veux ».

IV. LE « PASSAGE » DE DOHA, OUI MAIS POUR ALLER OÙ MICHEL ?

L’accord de Doha a été appelé « Gateway » — le passage —, car il conclut les travaux de Bali et commence la nouvelle période vers le traité de 2015. On peut se demander légitimement si le voyage ne va pas être sans turbulences…

Le protocole de Kyoto est reconduit, ce qui est top, mais subsistent toujours d’importants problèmes financiers. De même, la fin de l’AWG-LCA marque l’émergence de nombreuses structures dans l’esprit bottom-up de Copenhague. Si tout fonctionne bien, elles vont faire plein de trucs et ce sera cool. Mais pour l’instant, elles n’ont pas d’argent non plus. Quant à l’ADP qui doit proposer un nouveau traité pour 2015, il  risque fort d’être confronté au même problème que d’habitude, à savoir que personne n’est d’accord.

Rendez-vous l’année prochaine en Pologne pour voir si l’argent coule à flots. Ensuite, en 2014, ce sera en Amérique Latine.
Et en 2015, où est ce qu’il va venir Michel pour nous montrer son beau traité tout neuf et le signer devant les caméras du monde entier ? Je vous le donne en mille Emile, dans le beau et grand pays de Mickael Vendetta, la France !

Ça n’est pas complètement conclu mais c’est en bonne voie, et ça risque d’être sport…