20130308

Bitcoin, Vers un autre modèle monétaire ?

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Octobre 2012, la Banque Centrale Européenne publie un rapport sur les monnaies virtuelles plus particulièrement Bitcoin, qui concurrencent les devises classiques et contournent les monopoles bancaires. Que sont ces monnaies pour que de telles institutions s’en préoccupent? A première vue, rien de plus qu’une amicale de fans de Monopoly s’accordant sur la valeur des billets. Et pourtant.


Bitcoin est l’une de ces monnaies virtuelles les plus emblématiques. Créée en 2009 par Satoshi Nakamoto, c’est une devise électronique basée sur un réseau décentralisé où les tâches sont effectuées de façon collective. Aucune autorité centrale n’émet de Bitcoins ou ne gère les transactions. Celles-ci sont gratuites et passent par Internet, sans le contrôle d’un tiers. Il suffit de télécharger depuis son ordinateur personnel un utilitaire sur www.bitcoin.org pour effectuer des virements vers d’autres membres du réseau. C’est la première fois que l’on a un échange sur Internet où un objet qui passe d’un point a à un point b n’existe plus pour le point a (contrairement à un mail par exemple que l’expéditeur peut conserver). Bitcoin est une monnaie qui remet en cause le fonctionnement des banques, comme précisément cela a pu être le cas avec le mail pour la poste. Les membres du réseau peuvent s’impliquer en validant les échanges et renforcer la sécurité globale du réseau (notamment en apportant une puissance de calcul supplémentaire avec leur ordinateur), ce qui leur permet de gagner des Bitcoins. Un marchand peut accepter du jour au lendemain le Bitcoin, et leur liste s’allonge de jour en jour.

Signe du succès de cette monnaie : le 7 février 2011, un Bitcoin valait 4,15 euros, le 15 février 2013 il en valait 20,31.
Environ 21 millions de Bitcoins devraient être émis jusqu’en 2030, ce chiffre constituant un palier maximum. La monnaie Bitcoin serait alors relativement semblable à l’or, dont les réserves mondiales sont relativement fixes, et qui résiste à l’inflation.

DE L’INTÉRÊT DE BITCOIN

Aujourd’hui, la dette des Etats est importante, et ceux-ci sont tentés de faire tourner la planche à billet qui entraînera de l’inflation. A terme, la valeur de monnaies comme le dollar ou l’euro est vouée à baisser. Face aux crises monétaires les métaux précieux demeuraient et demeurent toujours une valeur refuge sûre (on ne peut augmenter artificiellement la quantité de ces métaux) comme en témoigne l’augmentation du prix de l’or. Ce qui n’est pas d’ailleurs sans provoquer des commerces pathétiques (nous avons tous en tête cette sinistre publicité adressée aux grands-mères, avec une voie nasillarde toute droit sortie des années trente : « Transformez votre or en argent »). Le problème réside notamment dans le fait que les métaux précieux sont soumis au risque politique : les gouvernements peuvent décider de les confisquer, de les taxer, et en cas de crise grave la promesse de livraison n’a plus de crédit. Or la monnaie Bitcoin résout ce problème dans la mesure où elle est immatérielle : sa livraison est systématique, indépendante de tout gouvernement et très résistante à toute tentative d’obstruction, de détournement ou de falsification. En effet, il y a autant d’adresses virtuelles Bitcoin que d’atomes sur terre, sachant qu’il peut y avoir autant d’adresses que de transactions, il est donc quasi impossible d’introduire de faux Bitcoins.

ET DES PETITS PROBLÈMES…

Cette monnaie virtuelle n’est cependant pas sans poser de problèmes : outre son côté Geek qui dissuade le profane (ce qui n’est certes pas rédhibitoire : à ses débuts, l’envoi de mails était également réservé aux dits Geeks), certains s’inquiètent déjà des possibilités criminelles que cette monnaie permet, notamment en termes de blanchiment d’argent… Mais surtout, elle soulève un problème politique majeur : imaginons que cette monnaie se développe, concurrençant voire supplantant les monnaies nationales. Qu’en sera-t-il de la fiscalité ? Comment les gouvernements pourront-ils prélever les impôts ? Ce ne sera manifestement plus possible. Mais alors, pourrons-nous imaginer des politiques publiques post-étatiques ? Il serait peut-être temps de développer le genre littéraire de l’économie-fiction.