20130315

De la moyenne (et de sa médiocrité)

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« Il n’y a pas de bonheur médiocre ; il n’y a que des gens médiocres » disait Jean-Marie Poirier


Commencer par une citation piochée sur Evene ou l’Internaute, voilà la beauté de la médiocrité. Car, j’écris aujourd’hui un panégyrique à la médiocrité, à la moyenne, au banal, c’est-à-dire à nous.

Nous sommes tous des habitants de 80870, des petites gens avec nos petites vies, nos jolis vices et nos exaltations ponctuelles. Nous aurons beau ricaner contre le Kitsch, lutter pour se différencier, essayer de tordre les clichés, nous pouvons essayer la distinction, l’originalité, l’extrême, le loufoque, l’atypique, nous n’en sortirons pas, nous sommes statistiquement moyens.
Moyen physiquement, moyen intellectuellement, moyen créativement, moyen dans la folie, nous sommes globalement l’incarnation d’un salon IKEA dans un pavillon de couple de trentenaires.
C’est magnifique.

Que nous prenions des pauses ou pas, que nous cherchions la lumière, que nous en prenions conscience ou que nous nous en moquions, nous sommes des fruits gentiment calibrés.
Nous sommes traversés par des idéaux qui nous dépassent, nourris par des envies sociales, frustrés par des manques collectifs, nous jouissons à l’identique.
C’est chouette.

Les temps forts de nos vies sont des épiphénomènes qui se jouent sur 5 milliards de scènes différentes, nos états d’âme sont de la littérature et nos tragédies des faits divers.
C’est formidable.

Si nous fermons les yeux, cachés dans un placard, c’est à peine si nous existons. Quand nous disparaîtrons, il suffira de quelques dizaines d’années au mieux pour être effacés de la mémoire collective, et quand nous dormons, qui a conscience que nous sommes sur Terre ?
C’est génial.

Alors oui, il y a parfois des ancres qui nous sortent de notre médiocrité. La célébrité qui ne dure qu’un temps et qui n’empêche pas de mourir, la religion qui fait croire que l’on est unique au monde et que l’on compte pour le créateur, notre vanité ou notre angoisse qui nous fait délirer, fourmis nombrilistes que nous sommes.
Et puis il y a les erreurs statistiques, ceux qui sortent de la norme pour leurs talents et pour leurs crimes, les monstres et les génies. Une poignée, une centaine depuis que l’Humanité tient ses archives. Les pauvres…

Oui, je voudrais faire une allégorie à la moyenne, chanter les louanges de nous autres anonymes, petites créatures aux petites conséquences, aux histoires sans majuscules, aux biographies anecdotiques. Car c’est notre médiocrité qui nous donne notre liberté. Rien de grave, rien d’important, nous ne sommes rien, nous pouvons tout faire, il ne se passera rien.
Des nihilistes russes du XIXème siècle aux starlettes de la télé-réalité, tous n’acceptent pas le constat que c’est notre invisibilité dans la masse qui nous facilite l’existence. Certains s’angoissent, ont l’impression de ne pas vivre tant qu’ils n’auront pas été reconnus dans leur existence (les philosophes allemands le disent mieux que moi, mais ils n’ont pas leur place ici dans mon éloge à la médiocrité), et se mettent à faire n’importe quoi pour exister. L’un va tuer sa mère, l’autre peindra la Joconde, le troisième tiendra un blog sur la mode, quand d’autres iront faire de l’Humanitaire.
Ne vous affolez pas, que vous peigniez comme Vinci ou Picasso (oui, comme la marque de parking et comme la marque de voiture, c’est drôle, hein ? ), que vous découvriez le moteur à eau ou que vous passiez vos week-ends à mater des séries… Vous aurez peut-être plus ou moins réussi votre vie. Le reste de l’Humanité s’en foutra.
Et c’est ça qui est beau !

MORALITÉS

– Evidemment, cette chronique ne vous parle que de la médiocrité à l’occidentale, voire juste à la française, peut-être même que je ne parle que de ma médiocrité à moi, du coup pour savoir si vous êtes dans la norme… Et bien, démerdez-vous.
– C’est pas parce que la médiocrité est formidable que nous ne sommes pas des gros cons.
– J’espère que vous avez eu aussi peu de plaisir à lire ça que moi à l’écrire, ça me réconforterait…