20130329

Marie Laurencin : et si on allait faire un tour chez Pastel?

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On tombe si vite dans l’oubli… Marie Laurencin n’est pas considérée comme une artiste majeure. C’est en partie de sa faute, puisqu’elle n’a jamais épousé les courants artistiques de son temps. C’est en partie injuste, aussi, car on trouve quand même de jolies choses dans son œuvre.


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Non, pour évoquer Marie Laurencin, je ne parlerai pas de Joe Dassin. Non. Mais oui, un peu, de ses aquarelles. Les siennes, à Marie, je veux dire. Pas celles de Joe. Peignait-il seulement le brave Joe?
Bref. Marie Laurencin. Etonnante femme, au demeurant. Un peu oubliée, il faut avouer. Disons hors du temps si on veut être gentil. Inclassable. Peintre du XXème siècle – elle meurt en 1956 -, mais qu’on aurait tout aussi bien pu imaginer rayonnante au XIXème. C’est de sa faute, aussi. Un style très classique. A l’écart, le plus souvent, des grandes révolutions artistiques de son temps. Ce ne fut pas faute, pourtant, d’être proche de Picasso ou de Braque, et même très proche, si vous voyez ce que je veux dire, d’Apollinaire…

ESTHETIQUE JAPONISANTE

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Ses débuts furent cubistes, et pas inintéressants. C’est, en partie, le mérite de la rétrospective qui lui est consacrée au musée Marmottan que de le rappeler. Mais, très vite, elle s’en écarte, préférant aux avant-gardes un peu crève-la-faim les douillets salons de la bonne société fin de race. La baronne de ceci, la comtesse de cela…
D’où un style un peu compassé. Vieilli, usé, fatigué, diraient certains. Mais pas moi. Je ne veux pas hurler avec les loups, m’abaisser au si facile Laurencin bashing… C’est si facile de trouver génial un Dali (qui l’est, assurément) et de tomber à bras raccourcis sur cette pauvre Marie.
Certes, son art est parfois étrange. Sans guère d’évolution dans le temps. Comme si les années, les drames, les joies et les expériences acquises n’avaient aucune influence. Une vie passée à peindre des formes féminines vaporeuses, dans des tons pastel souvent apaisants pour l’oeil, agréables, mais parfois redondants.
Une esthétique très japonisante. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si elle est une star au Japon, avec même un musée qui lui est dédié. La plupart des oeuvres exposées à Marmottan proviennent d’ailleurs du Japon… Et le Japon aime Mireille Mathieu, Alain Delon… Nos vieilles gloires ici méprisées. Il est donc de bon ton de critiquer Laurencin.

ETRANGERE A SON EPOQUE 

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On trouve de belles choses de sa main, pourtant. Certaines, même, que je mettrais bien dans mon salon. Mais, c’est vrai, il manque souvent quelque chose. Cette fougue qu’on retrouve chez ses contemporains, et pas chez elle. Cette folie qui fait la différence, et qui semble lui faire défaut. Beaucoup trop normale, Marie…
Je la disais hors du temps. C’est sans doute là son drame. On attend d’un(e) artiste qu’il soit en phase avec son époque, qu’il suive ses drames, les devance, les exprime par ses toiles, par ses traits, par ses couleurs. Marie Laurencin peint en pastel grisâtre toujours les mêmes thèmes, à une époque haute en couleur, où tout explose, pour le meilleur et pour le pire, où tout se transforme.
Bien étrangère à son monde, il était sans doute assez logique que son monde l’oublie aussi, un peu. Ce qui ne veut pas dire que cela soit juste. Et, surtout, le propre des choses oubliées, c’est de savoir les ressortir, de temps pour temps. A voir, donc, au musée Marmottan, jusqu’au 30 juin 2013.

Marie Laurencin
Musée Marmottan-Mone
2, rue Louis-Boilly
Paris 16
Jusqu’au 30 juin 2013