20130313

L’un des plus vieux graff au monde (a 37 000 ans)

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De l’art rupestre et de la course à la datation.
Qui sera le plus vieux?


En étudiant un bloc de pierre effondré de l’Abri Castanet, dans le Périgord, Raphaëlle Bourrillon* et une équipe d’archéologues français et américains ont découvert des œuvres datées de 37 000 ans, soit un millier d’années plus anciennes que celles de la grotte Chauvet, en Ardèche. Dans les deux sites, les auteurs de ces peintures et gravures sont des Aurignaciens, les premiers hommes modernes (homo sapiens sapiens) ayant peuplé l’Europe entre -40 000 et -28 000 ans.

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L’ABRI CASTANET

Découvert en 1911, l’abri en question a été fouillé de nombreuses fois entre 1911-1913 et 1924-1925. Outils de pierre, armes en os, ornements personnels et coquillages ont été exhumés.
En 2007, les archéologues étudièrent un bloc de pierre au sol pesant environ 1,5 tonne, effondré depuis le plafond de l’abri. Avec une hauteur estimée à deux mètres avant son effondrement, le plafond était à portée de bras des hommes. Sur sa face inférieure, l’on a découvert des gravures et peintures : une représentation de sexe féminin (symbole très courant à travers toute l’Europe préhistorique entre -37 000 et -10 000 ans) et d’un animal. Le fragment du plafond effondré était directement en contact avec la couche du sol occupée par les Aurignaciens. Il ne s’est donc écoulé que fort peu de temps entre la présence de ces hommes et l’écroulement de l’abri sous roche, ce qui permet de supposer que les auteurs de ces gravures sont ces mêmes habitants.

La datation au carbone 14 de différents fragments d’os pris sous le bloc de pierre a permis d’estimer que les gravures ont environ 37 000 ans.

A l’opposé des peintures de la grotte Chauvet, difficiles d’accès, loin des lieux d’habitation et situées dans les profondeurs de la caverne, l’endroit servant probablement de sanctuaire, les œuvres de l’Abri Castanet semblent avoir été partie intégrante du quotidien des habitants. Comme le corroborent les traces de feux, des nombreux outils et ornements découverts sur place, elles ont été exécutées là où vivaient ces hommes.
Témoignage pictural de la déco aurignacienne…

abri-castanet

UN ART DE PLUS EN PLUS ANCIEN

Les études archéologiques et les techniques de datation progressant (grotte Chauvet, abri Castanet, grotte Nerja), on recule de plus en plus dans le temps avec l’apparition de ce que nous, modernes, considérons comme des œuvres d’art : peintures et gravures pariétales du paléolithique.

On y adjoint des œuvres comme des coquilles d’œufs gravées ou un bloc de pigment régulièrement rayé (site de Blombos en Afrique du Sud daté entre 70 000 et 80 000 ans). Tant et si bien que certains attribueraient les premières œuvres d’art non pas aux hommes modernes (Homo sapiens comme Cro Magnon) mais à leurs prédécesseurs, les néandertaliens, arrivés en Europe depuis le continent africain entre 400 000 (Tautavel) et 200 000 ans (Montmaurin, Krapina) et disparus vers 30 000 ans (Gorham, Gibraltar) pour des raisons encore mystérieuses (démographie insuffisante ? Lien).

Dans l’état actuel des recherches, on peut en rester là car bien évidemment de nouvelles découvertes et de nouvelles techniques affineront et réorganiseront toutes les conclusions…
Il ne faut jamais oublier combien limités sont les vestiges (morceaux de squelettes dans des gisements complexes + identifications différentes entre spécialistes), difficiles les recherches (fouilles et objets) et rares les matériaux permettant les datations, elles-mêmes sujettes à controverses sérieuses entre scientifiques…
L’histoire de l’homme, dans sa dimension archéologique, dépend, outre les nombreuses théories voulant l’expliquer, sans l’expliquer vraiment, des moindres découvertes, la dernière venant tout remettre en cause parfois. La pratique de l’archéologie est donc une excellente méthode pour tester l’union de la main et de l’esprit, à la fois pendant les fouilles mais aussi pour comprendre les comportements de nos lointains ancêtres. Elle apprend aussi à penser “en souplesse”, en fonction des découvertes, de la multiplicité des théories explicatives de tel phénomène.

Paraphrasant Pierre Duhem on pourrait dire : une théorie archéologique n’est jamais une explication. C’est un système de propositions, déduites d’un petit nombre de principes, ayant pour finalité de représenter aussi simplement, aussi complètement et aussi exactement que possible un ensemble de lois du comportement humain, telles que reconnues par l’anthropologie à partir de l’étude des vestiges humains.

* Laboratoire des travaux et recherches archéologiques sur les cultures, les espaces et les sociétés (Centre de recherche pour l’étude de l’art préhistorique, Toulouse).