20130325

Warm Bodies : un film malin au pays des zombies

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Caricatural, forcément un peu, mais surtout plus subtil qu’il en a l’air, Warm Bodies est une jolie surprise. Du second degré et de l’autodérision et même, oui, même, de bons acteurs qui arrivent à capter l’attention.
Pas un chef-d’œuvre, non, mais à ne surtout pas sous-estimer.


Ça fait peur, un film de zombies. En tout cas, à moi, ça me fait peur. Oh! pas franchement la crainte de faire des cauchemars après coup, non. Plutôt celle de m’ennuyer à mourir durant la projection. Pas trop mon truc, le mort-vivant qui vient bouffer du cerveau humain pour « survivre »…

warm bodies

Alors quand, dans Warm Bodies, le mort-vivant tombe en plus amoureux de la jolie humaine qui devait lui servir de dîner, là, normalement, je glisse le long de mon fauteuil en ronflant gentiment. A moins que je ne lance du popcorn en l’air en essayant de le rattraper avec la bouche. C’est rigolo aussi comme activité…
Sauf que Warm Bodies, et c’est franchement une jolie surprise, a su me garder éveillé. Mis en scène par Jonathan Levine, il est, sous le couvert d’un film de série B – on n’est quand même pas chez Bergman, faut pas déconner non plus – beaucoup plus subtil qu’il en a l’air. Pour ne pas dire malin.

UN HUMOUR DELICIEUSEMENT SALVATEUR

Warm Bodies est adapté d'un parchemin du X° siècle...

Warm Bodies est adapté d’un parchemin du X° siècle…

Oui, c’est ça: Warm Bodies est un film malin, délicieusement parodique et plein d’humour second degré. Pour tout dire, c’est même assez réjouissant. Pas intello pour un sou, ni moralisateur ni donneur de leçon, mais surtout point bâclé non plus. Au contraire: honnête. Honnête jusque dans sa manière d’accepter, sinon de revendiquer l’autodérision. J’allais dire revendiquer son côté « film à petit budget » mais cela aurait été trompeur.
Warm Bodies n’est pas un film « cheap ». Les Osseux, par exemple, sont créés à partir d’images de synthèses tout sauf dégueulasses, et le maquillage, primordial pour qui veut filmer des zombies, est plutôt bien pensé. Avec, d’ailleurs, une bonne idée que de l’avoir conçu sobre, ce maquillage. On est assez loin des zombies gores des premiers temps. Certes, l’esthétique Twilight est passée par là, et on pourra le reprocher : le zombie, avant d’être un mort-vivant, est d’abord un joli adolescent sexy. Madame zombie aussi, qu’on se rassure…
Mais la différence tient à l’humour, ce détachement salvateur. On ne se prend pas la tête avec Warm Bodies. On n’a pas la prétention de se considérer comme important. Et ça change. En bien!
Mais l’histoire, d’abord, puisque je vois, avec effroi, que j’ai évoqué les Osseux sans rien en dire…

L’ADOLESCENT, CE ZOMBIE QUI S’IGNORE

Nous sommes sur Terre, à une époque inconnue. Et, comment dire, c’est un peu galère. Les humains sont décimés par un mystérieux virus, dont on ne sait rien (sinon, il ne serait pas mystérieux). Les survivants, peu nombreux, ont érigé des murs pour se protéger des autres, à l’extérieur… Les autres? Les zombies, bien sûrs. De pauvres morts-vivants qui errent, sans but, dans les banlieues abandonnées et les aéroports. Oh! pas pour prendre des avions et se la couler douce au soleil des Bahamas, non. Le zombie s’emmerde dans sa non-vie.
Voûté, bras ballants et apathique (une métaphore?), le zombie avance nonchalamment vers un avenir dont il ne sait rien. Sa seule obligation? Manger de temps en temps, quand même, pour éviter de sombrer complètement. Mais manger du cerveau humain, et c’est bien là le problème… D’où les murs. Et d’où, donc, le fait qu’humains et zombies ne soient pas franchement copains.

L’AMOUR, OUI, MAIS PAS GNANGNAN

Les seuls remèdes pour sortir de cet état de mort-vivant sont peu enviables. La bonne balle dans la tête – c’est la solution imaginée par les humains. Ou refuser de céder à la tentation du repas à basse de cerveau humain. Ce qui entraîne la mutation, ultime, vers l’Osseux, que l’on peut qualifier de méchant suprême, mi-squelette, mi-momie, qui ne ressemble plus à rien, et constitue un danger, même pour les zombies.
Bref, pour résumer, trois populations. Les gentils humains. Les méchants Osseux. Et, entre les deux, les pauvres zombies. Lors d’une sortie des humains à l’extérieur, une bataille s’engage avec ces derniers. Il y a des morts, de part et d’autres. Et, contre toute attente, R., le zombie héros, sauve l’humaine Julie.
La suite, on la devine. L’amour, mes amis, l’amour… Comment ça gnangnan ? Pas du tout car, en jouant délibérément de la parodie, Warm Bodies arrive à étonner. Le scénario est bien écrit, même s’il est sans surprise. C’est très plaisant à suivre (si on m’avait dit que j’écrirais cela à propos d’un film de zombies, un jour…) et la musique est vachement bien choisie : Guns n’Roses, Black Keys, Bon Iver.

ZOMBIE MALIN

warm bodies 3

Le jeu des acteurs y est aussi pour beaucoup. Nicholas Hoult, qui joue R., est assez bluffant. Un rôle pourtant casse-gueule puisqu’on lui demande, l’essentiel du temps, de se montrer le moins expressif possible. Il arrive pourtant à crever l’écran, et c’est assez fort. Teresa Palmer (Julie) est elle aussi excellente. Il faut voir ses yeux apeurés, ses traits tendus par la peur quand elle se retrouve prisonnière de l’avion désaffecté ou crèche R. Le petit rôle tenu par John Malkovich est très bien, lui aussi. Il est le père de Julie et, surtout, le chef des humains. Excité de la gâchette, mieux que n’importe quel membre de la NRA, il n’hésite jamais à tirer une balle dans la tête de zombies, quand il en croise. Et c’est bien sûr lui qui, au final, tiendra le destin de sa fille et de R. entre ses mains.
Enfin, et surtout, il faut souligner l’humour, partout présent. Julie présentant une jaquette de DVD de film de zombies gores devant le visage de R. et faisant la moue devant le peu de ressemblance… La même Julie s’échinant à maquiller R. pour le rendre plus humain avec, en fond sonore, Pretty Woman. Et la voix off de R., souvent drôle, dissertant sur ses tentatives infructueuses de séduction de Julie. Quelque chose entre lose sublime et pathétique. Un récit d’initiation franchement malin.