20130415

Converses et tais toi

propaganda

Tu t’es vu quand t’as bu ?


Oui, alors, je sais qu’on est dans une époque où on a coutume de répéter, d’un air grognon ou faussement détaché : « Toute façon, aujourd’hui, on ne peut plus rien dire, on ne peut plus rien faire. Regarde, tu ne peux plus fumer, tu ne peux plus boire, c’est que du politiquement correct et punk is dead. »

Oui. Mais non.

Parce que fumer et picoler, non seulement, c’est facile et en plus, ça donne du style.
N’est-il pas ?

Mais si on fume et on si on picole, au choix (plusieurs réponses sont possibles) :

c’est parce que c’est bon,
c’est parce que tout le monde fait pareil dans cette soirée,
c’est parce que je pourrais lever toutes mes inhibitions et pécho le petit brun qui discute,
c’est parce que je trouve que le foie et les poumons c’est surfait,
c’est parce que je m’emmerde,
c’est parce que c’est la publicité/société/pouvoir médiant qui m’ont dit que je devais faire comme ça.

Et oui, on avait coutume de voir les publicités anti alcool qui prévenaient que les jeunes pouvaient finir en kebab sur la sortie de l’A310 à 3heures30 du matin.

Et bien maintenant, on voit les publicités qui se servent de l’image cool et festive de l’alcool pour faire acheter leur produit trop cool et trop festif, même que sans lui tu ne t’éclates pas, tu ne vis pas, t’es un looser pourri, retourne chez toi et regarde TF1 avec Roger, ton hamster albinos.

Dixit, la dernière campagne de publicité des baskets Converse :

Tiens maman, je t'envoie une photo de mes amis

Tiens maman, je t’envoie une photo de mes amis

Ah non, pardon, ce sont les cheveux gras qui sont l’argument de vente ici.

Donc les converses, pauvres chaussures kidnappées au milieu de ce qui semble être une fiesta. Enfin, une fiesta bien avancée, je dirais ça à la coulée de rimmel de la pauvre donzelle transpirante de droite et au regard brillant d’intelligence et de conscience du monsieur sous les jambes de la fille.

« Sans surprise ou sans limite ».

Heu, c’est marrant parce que shoes keep it clean, sneakers get dirty, j’aurais plutôt traduit par : Les chaussures restent propres, les baskets deviennent sales, un truc du genre. Mais bref, passons…

Donc, si tu portes des converses, tu es sans limites… Grrr, petit rebelle va. C’est vrai que c’est la mode du YOLO, tu sais le concept vaguement philosophico pseudo rebellico : « You Only Live Once », du feu rappeur américain qui a twitté sur son compte qu’il était au même moment à 200 à l’heure sur l’autoroute et qu’il s’éclatait, because YOLO : il a fini en kebab d’ailleurs (cette histoire est malheureusement vraie : ce jeune homme cortiqué se prénommait Ervin Mckinney). La maxime est également tatouée sur la main droite de Zac Efron, la bellâtre idole de Disney, pure produit de la société idéalisée de consommation américaine.

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Et donc, c’est cette volonté de « s’ éclater » à la manière des jeun’s dans les spring break ou les skin party, d’aller loin, loin, loin dans la débauche en application de cette idée de YOLO qui est tout simplement R.E.C.U.P.E.R.E. Ah ben oui, on recycle ma petite dame, tu as vu dans quel monde on vit ? Comme les hippies (pourtant anti commercial à mort), les punk et tous les mouvements pouvant paraître contestataires, ou tout du moins se jouant des normes et des dogmes sociaux établis, les publicitaires les récupèrent pour l’image, juste l’image (on s’en tape du fond, sauf si les dividendes suivent). Parce que sous cette liberté que tu penses avoir en te bourrant la gueule et en te tapant tous ces délires lors des soirées, tu es loin d’être libre, mon petit. Tu es juste dans la cage du mouton dessinée par Antoine.

Bêêêêêê.

Sam se retournerait dans sa tombe tiens.