20130409

La vache qui rit pas du tout : Les vaches à cannules

vachescannules

Qui a oublié l’épouvantable baron Harkonnen de Dune, le sociopathe obèse et voltigeant de Lynch avec ses ventouses cardiaques?
Juste un cauchemar steampunk? Non, une réalité pour nos copines ruminantes… (attention photos perturbantes)


Des tas d’inventions techniques ont épargné des vies et des souffrances depuis l’apparition des hommes sur terre mais on oublie le plus souvent de dresser en parallèle la liste des errements qui les ont accompagnées : tous les essais-erreurs de greffes, médications, régimes, résections-ablations. Les hommes préhistoriques pratiquaient la trépanation (Les Grandes Causses, Taforalt) pour des raisons probablement curatives et obtinrent des succès accompagnés de décès. Appareils auditifs, moteurs (jambes, hanches) et autres greffes soignent nombre de handicaps, dont bientôt dit-on la cécité. Dans cette voie, on voit mal ce qui empêcherait tout progrès même si les greffes d’organes posent le problème de la définition du décès du donneur et des excès d’une mort clinique trop vite déclarée. Déjà aussi on développe la pose d’appareillages renouvelables (pacemakers, doseurs) de morceaux de silicone (hanches), mais on n’a pas encore songé à poser sur l’homme tel appareil permettant d’accéder à volonté et en permanence à l’intérieur de son corps. Les chinois – champions du tout-usage – le font pour les ours auxquels ils posent une sonde permanente recueillant la bile de l’animal pour les besoins d’une pharmacopée archaïque.

cannulatedcows

On connaissait déjà pas mal de mauvais traitements infligés aux animaux par des croyants (abattage halal), par des exploitants sans scrupules (manipulation génétique des porcs), par différents propriétaires sans morale, par différentes industries (pharmacie, cosmétiques), par la gastronomie chinoise (requins), par la recherche toujours en pointe ‘au nom de la science’ pour les pires choses. On avait vu expérimenter des choses épouvantables par les régimes totalitaires de la planète, dont le trafic d’organes en Chine et voilà qu’aux Etats-Unis, on instrumentalise et marchandise les animaux domestiques tout en protestant contre le gavage des oies, tout en dépensant de belles sommes pour protéger (à juste titre) tel ou tel condor ou tel ou tel fauve et d’autres folles sommes pour des gadgets à faire porter par nos amis les bêtes… Car nos grands dispenseurs de morale de l’autre côté de l’Atlantique, ces libérateurs du monde qui s’en vont régulièrement répandre de la Démocratie à coup de missiles, ont développé une technique des plus « droits de l’homme » pour les ruminants: les vaches à cannule (cannulated cows).

Aux fins de savoir ce qu’ils mangent, comment ils digèrent et comment améliorer cette fonction tout ça pour augmenter le rendement de ces animaux, nos grand frères dans la civilisation affublent ces malheureuses bêtes leur vie durant d’un hublot sur le flanc qui permet d’accéder, quand on le souhaite, à leur estomac.

Entre torture japonaise et acte de barbarie, on ne saurait trop se prononcer. Mais comme l’un des commentateurs de cette video, nous espérons ardemment que cette technique sera bientôt expérimenté sur les chercheurs et autres « vétérinaires » innovants à qui l’on doit cette monstruosité, histoire d’en « apprendre plus sur ces animaux pour l’amélioration de leur santé et leur production« , pour paraphraser la scientifique Natacha Weaver, interviewée sur la question. Certains s’interrogent sur la douleur causée à l’être vivant décoré de son hublot, la technique étant soit-disant indolore… Laissons-nous extrapoler: la question n’est même pas là. Douleur ou non, ce genre de pratique est une atteinte à l’intégrité de l’animal. Un animal dont il est impossible d’avoir le consentement mais dont on sait qu’il éprouve souffrance, sentiments, émotions, etc. Sans remettre en cause la régime carnivore, et donc l’utilisation des animaux pour s’alimenter, il demeure nécessaire de s’interroger sur les conditions d’un tel processus, notamment en ce qui concerne la souffrance minimum et le caractère « indispensable » de certaines pratiques. Et par extension la non-réification des êtres vivants. Car où s’arrêter sans cela? Peut-on tout faire en brandissant l’argument scientifique? Raisonnant ainsi, l’on pourrait s’amuser à greffer des roues tricycle sous les sabots d’un cheval pour voir si on peut le faire aller plus vite?
Si certes l’homme est au sommet de la chaîne alimentaire, sa responsabilité et ses devoirs sont à la mesure de ses droits et de son pouvoir.

L’animal n’est pas un objet comme a voulu nous le faire croire toute une idéologie rationaliste du XVIIème siècle dont nous ne sommes pas sortis. Si la prise de conscience d’une protection de l’environnement fait peu à peu son apparition, force est de constater que nous en sommes encore loin concernant la protection animale. Il serait fort à parier que notre égoïsme anthropocentriste sera jugé par les générations futures comme une manifestation barbare.

Comme il est mignon le petit nenfant avec son appareil photo!

Comme il est mignon le petit nenfant avec son appareil photo!

Au delà de l’aspect environnemental, les vaches cannulées sont malheureusement un premier pas vers une déshumanisation des êtres qui jusqu’ici n’avait de réalité que dans le premier épisode de Matrix…
Si la phrase ‘on n’arrête pas le progrès’ est exacte alors elle est le reflet de ce que nous sommes : des apprentis sorciers et comme tels des êtres que rien n’arrête.. Bernanos a magnifiquement expliqué dans ses écrits de combat que la civilisation des machines, le paradis des robots était une contre-civilisation, une entreprise sans précédent de déspiritualisation et de déshumanisation de l’homme.

Que ne dirait-il aujourd’hui où l’homme est devenu l’appendice de la technique?