20130411

Le Diable dans la peau : on ne sépare pas des inséparables

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Une jolie ode à la nature, mais pas seulement. Une ode à la fraternité et à l’humanité des sentiments. Le Diable dans la peau, film contemplatif, est d’une beauté assez frappante : l’image, la photographie, le son.


Si la nature est belle, les âmes sont grises. Tristes plutôt. Le contraste en est d’autant plus fort. Intense. Les forêts, les arbres, les rivières, les prés et les oiseaux, cette sérénité des paysages, d’un côté…  La rugosité des hommes, de l’autre. Les non-dits, les « trop-dits », la solitude et la souffrance, la violence, aussi, froide, refreinée ou, au contraire, explosive.
Le Diable dans la peau, premier film de Gilles Martinerie, est foutrement étonnant. Réussi. Pas un chef-d’oeuvre car il n’échappe pas complètement aux errements des premières fois, ici, ce sont essentiellement les dialogues, un peu faiblards, qui pèchent. Mais il est de ces films dont le déroulement, implacable, s’inscrit fortement dans les esprits, bien longtemps après être sorti de sa salle de cinéma.

DES FRERES QUI COHABITENT PLUS QU’ILS NE VIVENT AVEC LES ADULTES 

Laquelle salle ne fût pas facile à dénicher, il faut malheureusement le dire : deux pauvres cinémas, à Paris, et un à Ussel, en Limousin, où le film a été tourné. C’est dommage, parce qu’il méritait mieux.

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Le Diable dans la peau, c’est l’histoire d’une enfance bouillonnante, écorchée. Celle de Xavier, 14-15 ans, joué par Quentin Grosset, et de son petit frère Jacques (Paul François). L’absence d’une mère, décédée, les a liés à jamais dans des rapports qui vont bien au-delà de ceux, traditionnels, d’une fratrie. Ils s’épaulent, les deux frères, le grand s’étant érigé en protecteur, gardien absolu, du petit.
Pas trop le choix, à vrai dire, puisqu’on ne peut guère compter sur le père. Jamais là, et quand il l’est, pour s’en prendre à ses fils, Xavier en particulier. Quant à la grand-mère, seule figure féminine, pauvre grand-mère… Dépassée, visiblement, par une génération qu’elle ne comprend pas, ne veut, ou ne peut pas suivre. Ces quatre-là cohabitent plus qu’ils ne vivent ensemble. Et leur maison, perdue dans la campagne limousine, est d’une tristesse terrible. Sombre, toujours, et jamais accueillante. Confinée, oppressante. A comparer aux grands espaces de liberté, lumineux, qui sautent aux yeux quand, enfin libres, les enfants s’égaient dehors.

PHOTOGRAPHE DE METIER ET ÇA SE VOIT 

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Ce sont les vacances d’été, le temps de l’insouciance et des jeux, normalement. Sauf que Xavier apprend que son petit frère, à la rentrée, sera envoyé dans une école « spécialisée » (il est du genre très intelligent, le petit Jacques, mais un peu trop rêveur aussi). Les deux frères ne seront plus ensemble. Xavier ne pourra plus veiller sur Jacques. Inacceptable.
Tout devient alors noir, accablant. On sent que ça fourmille dans la tête de Xavier. Plus d’amis. Que des ennemis. Plus personne en qui faire confiance. Le Salut dans le renfermement sur soi. La colère, la haine. La confrontation avec quiconque osera se dresser entre son frère et lui.
Des émotions d’adulte, qu’un corps d’enfant doit supporter, encaisser. L’adolescence à fleur de peau et la caméra de Gilles Martinerie qui, ô magie, filme le tout avec dextérité. Le film tient par la qualité de sa photographie. Des paysages splendides, mais qui ne sont finalement rien d’autres que ceux de la campagne française. Ce que je veux dire par là, c’est qu’on en trouve partout, finalement, et que seul le talent du réalisateur parvient à les sublimer ainsi. Un photographe de métier, ceci expliquant cela. Le cadrage est parfait, la lumière géniale, les plans léchés, travaillés, pensés. Un bonheur, contemplatif, pour les yeux. Comme une ode à la nature, la verdure.

CONTRASTE ENTRE LA LUMINOSITE DE LA NATURE ET LA GRISAILLE DES HOMMES 

Et ce contraste, surtout, entre le soleil du dehors et la pénombre du dedans – la maison, ce qui se passe dans la tête de Xavier. Entre la plénitude de la nature et la grisaille des sentiments, des émotions. Pas un plan de trop, ni un plan qui en fait trop. Une grande sobriété, tout le long, et une grande maîtrise. Un tableau final qui, en plus, vient cueillir à froid tant, franchement, on ne peut pas s’y attendre.
On pourra juste regretter, un peu, que les dialogues ne soient au niveau ni du scénario, ni de la photo et de la mise en scène. S’ils l’avaient été, on aurait alors frisé le génie. Mais c’est déjà largement suffisamment bon pour attendre avec impatience la suite des aventures cinématographiques de Gilles Martinerie.