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Sous influences : la drogue c’est mal, très…

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L’usage de drogues aide-t-elle à faire d’un homme un artiste? Pas forcément, non, mais parfois les deux vont de pair. C’est ce que la Maison Rouge démontre, à travers l’exposition de plus de 250 oeuvres « sous influences ». De Cocteau à Basquiat, en passant par Kramer et Saunders.


La Maison Rouge s’intéresse aux rapports entre l’art et la drogue, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a à sniffer et à fumer… pardon, à boire et à manger. Plus de 250 oeuvres, peintures, photos, sculptures, dessins et mêmes vidéos. Pour tous les goûts, et de tous les styles. De quoi se forger une opinion, enfin, et répondre à cette vieille question qui brûle tous les esprits : faut-il être drogué pour être artiste?
Parfois, en passant devant un tableau ou une photo, on se dit que oui. Et, parfois, interloqué que nous sommes devant ce que l’on considère comme un zigouigoui infâme, eh bien on se dit que non, foutrement non…

LES DROGUES SOUS TOUTES LEURS FORMES 

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Pas question d’apologie ici, ni à la Maison Rouge. La drogue c’est mal, et personne ne dira le contraire. C’est juste que, comme le résume David Kramer dans une toile pétillante exposée en fin de parcours : « Je dois remercier les drogues et l’alcool pour quelques-uns des meilleurs moments de ma vie. » Frappé au coin du bon sens, n’est-il pas? Car là non plus, vraiment, personne ne pourra dire le contraire… Pas moi en tout cas.
L’exposition a le mérite de ratisser large – et un peu l’inconvénient, aussi, flirtant avec un côté fourre-tout qui, sans lui nuire, incite le visiteur à presser parfois le pas. Depuis les drogués, les vrais, jusqu’aux curieux, avides de nouvelles expériences, « Sous influences » évoque ce souci de transmettre qu’ont les artistes. Cette manière, si propre à chacun, qu’ils ont de mettre en forme ce qu’ils ont ressenti… sous influences. Joli mot pour parler de psychotropes. Des drogues sous toutes leurs formes, depuis la banale cigarette, jusqu’au classique haschisch en passant par du plus lourd, amphétamines, cocaïne ou LSD…

JE DECONSEILLE FORMELLEMENT L’USAGE DE « BATH SALTS » 

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Dans le lot ressort très largement ce cher Bryan Lewis Saunders. Un brin barré, le garçon, depuis des années, s’astreint à au moins un autoportrait par jour. Plus de 9.000 à ce jour. Mais attention hein, pas a jeun, l’autoportrait, sinon ça n’a aucun sens. Non, shooté, de préférence. A tout ce qui lui passe sous la main, le nez voire, soyons dingos, les veines… Pointilleux comme pas deux, Saunders prend bien soin, à chaque fois, de noter la nature de la drogue et les quantités absorbées. Il ne s’emmerde pas, d’ailleurs, puisque cela donne le nom à l’oeuvre du jour. Malin. Et instructif. Je déconseille ainsi très fermement l’usage de « bath salts », répondant en français au joli nom de benzylpipérazine
Dans le même genre, on trouve aussi, plus ancien, le travail du polonais Stanislaw Ignacy Witkiewicz. Le gars s’est tranché la gorge en 1939, quand les Soviétiques fondaient sur la Pologne. Mais là n’est pas la question. Portraitiste dans les années 1920, il proposait à ses clients plusieurs services : avec alcool, avec cocaïne ou avec caféine. Les plus riches pouvaient se payer le triptyque sympathique alcool + cocaïne + caféine. Pas sûr que les portraits aient été au final tous très ressemblants, mais c’étaient ceux-là les plus demandés.

DES OVERDOSES EN VEUX-TU EN VOILA…

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Que retenir d’autre? Que l’évolution entre la perception des drogues au XIXème et aujourd’hui est patente. On passe de quelque chose qui semble finalement assez « cool » – mais la drogue, alors, ne va guère plus loin que l’alcool, l’opium, le tabac ou l’absinthe – à des accents bien plus menaçants. On n’est plus dans le plaisir, mais dans la souffrance, la destruction et, donc, le drame. Il faut dire qu’on est passé à du dur : LSD, cocaïne ou héroïne… Bref, de la merde.
Une toile de Basquiat, une seule, et cette mention, laconique, rappelant que l’homme est mort d’une overdose, pour résumer le tout. Et puis ce « La dose« , de l’Islandais Erro, et cette seringue menaçante, et surtout pas accueillante. Ou encore Aurèle, auteur d’un émouvant « Portrait d’un ami », boîte reliquaire renfermant le nécessaire à héroïne, en hommage à son ami Tony Bouilhet, mort… d’overdose.