20130416

The Place Beyond the Pines: trois films valent rarement mieux qu’un

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Triptyque pas inintéressant sur les relations père-fils, la difficulté de tracer son chemin quand on a 16 ans, The Place Beyond the Pines pâtit quand même d’un manque de profondeur. La faute, justement, à un partage en trois parties.


Avec trois films en un, on prend forcément le risque de passer à côté d’un tout cohérent. Derek Cianfrance, réalisateur de The Places Beyond the Pines, a tenté le coup, mais je ne suis pas sûr qu’il ait complètement relevé le défi. Chacun des temps de son triptyque engendre à mon sens autant, sinon plus, de frustration que de plaisir.
Acte 1, Luke (un brillant Ryan Gosling, as usual), cascadeur à moto, stoppe sa carrière de routard du cirque quand il apprend que Romina (une jolie Eva Mendes, caliente comme il sied à une jeune fille de Miami) a eu un fils de lui. Sauf qu’on ne s’improvise pas papa-poule du jour au lendemain. D’autant que Romina a un autre homme dans sa vie. Luke, sans le sou, mais voulant quand même choyer son fiston, en vient alors à se faire braqueur de banques. Un métier dangereux. Surtout quand, en face de soi, dans la police, on a un certain Avery Cross, joué par Bradley Cooper.

IMPRESSION DE DEJA VU

C’est l’acte 2. L’entrée en scène du gentil flic, embarqué malgré lui dans de folles aventures qui le dépassent largement. Un Bradley Cooper qui, soit dit en passant, bien lisse, pâtit méchamment de la comparaison avec Ryan Gosling. Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel est dans ce pouf qui, par la grâce d’une incrustation déboulant sans qu’on s’y attende, nous plonge ensuite quinze ans plus tard.
L’acte 3, donc. Les deux fistons de Luke et d’Avery qui, chacun ayant eu une enfance qu’on qualifiera pudiquement de « pas facile », se retrouvent face à face, au lycée.
Ces trois parties-là, à elles seules, auraient chacune fait un bon sujet de film. Ce qui signifie, en creux, que les voir réduites à trois-quarts d’heure ou une heure maxi laisse un peu sur sa faim. Surtout la troisième partie, la plus subtile, la plus psychologique.
Et puis, même si les trois histoires tiennent la route, et sont plutôt intelligemment menées, aucune n’est vraiment originale. Du bon vieux gangster au grand coeur, en passant par le flic ambitieux confronté aux us et coutumes, pas forcément jolies-jolies de ses collègues, on a un léger arrière goût de déjà vu derrière la cornée.

DES RESSORTS PSYCHOLOGIQUES QU’ON AURAIT AIME VOIR MIEUX REBONDIR

La troisième partie, sur les deux rejetons engagés dans une histoire qui n’aurait pas dû être la leur, est plus intéressante. Disons nouvelle. Mais, patatras, elle doit être expédiée en 40 minutes à peine… Soit, un peu, quand même, avec de bonnes grosses ficelles mélodramatiques qui tachent… C’est dommage parce que les ressorts psychologiques pouvaient donner lieu ici à quelque chose de franchement sympa. La filiation, les relations pères-fils, les non-dits, les mal-dits, la difficulté de se construire sans repère, ce genre de choses… Tant pis.

Je me demande même si Cianfrance n’aurait pas dû se concentrer sur cette seule histoire des deux fils pour en faire le sujet, unique, de son film. Pour tout dire, je ne me demande pas, j’en suis sûr. Tu raccourcis le récit sur papa gangster, que tu gardes juste pour poser le cadre. Tu fais monter la sauce avec la confrontation des deux papounets et, hop, il te reste la moitié du film pour t’amuser avec les deux bambins, et rentrer davantage dans les détails de leur mal-être et de leur destin qui se croise.

A défaut, The Place Beyond the Pines manque un peu de profondeur. Pour autant, et en dépit de cette frustration, la maîtrise dont fait preuve Cianfrance fait que l’ensemble coule assez naturellement. Et même si elles sont trop esquissées à mon goût, les failles psychologiques des personnages sont quand même bigrement intéressantes. En gros, même si le sujet est très classique, son traitement, lui, reste plutôt subtil : des sentiments plus que de l’action. Loin, donc, de la Grosse Bertha hollywoodienne qu’on pourrait craindre de prime abord.