20130402

Une chanson pour mère: si Dave pouvait faire des miracles, on l’aurait su

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Une idée originale, mais un manque de maîtrise patent. Une chanson pour ma mère n’échappe pas à l’écueil du premier film. C’est timide, fragile et, finalement, sans épaisseur. Il n’y a guère que Dave qui surnage. Le seul à y croire. Le seul à faire autre chose que cachetonner.


Dave s’amuse, et c’est bien là l’essentiel. Nous aussi, par ricochet, mais beaucoup moins, et c’est bien plus ennuyeux. Une chanson pour ma mère a le charme et les inconvénients d’un premier film. A vrai dire, surtout les inconvénients. Ce qui ne veut pas dire que tout soit à jeter. Juste que le bon, rare, alterne avec le moyen, plus fréquent, et doit parfois se coltiner le ridicule… On a trop souvent l’impression de se trouver devant un téléfilm. Pas mauvais, le téléfilm, mais vous voyez le genre : un peu bâclé, tourné à la va-vite, pas toujours bien écrit ni bien joué.

C’est dommage parce que l’idée initiale est plutôt intéressante. Dave, le chanteur, le vrai, enlevé par trois frères et une soeur voulant faire plaisir à leur môôôman une dernière fois, avant qu’elle meure. Du genre fan de chez fan, la maman. Mais qui, de sa vie, n’a jamais pu assister au moindre concert de son idole. Ironie du sort, alors qu’elle est maintenant mourante, voilà que Dave nous fait la tournée des maisons de retraite du coin. Hop, ni une ni deux, l’idée germe dans le cerveau, fragile, de la fratrie: enlever Dave, pour le faire venir au chevet de la vieille.

ZERO AUDACE ET C’EST DOMMAGE 

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Original, hein? Et intrigant, aussi. Ben oui, forcément… En mettant un chanteur qu’on qualifiera pudiquement de « vintage » au générique, moi ça me fait penser au très bon Jean-Philippe, de Laurent Tuel, avec Johnny et Luchini… Sauf que là, ça n’a rien à voir, et que c’est franchement beaucoup moins bon.
Le film est bien trop souvent caricatural pour être honnête. Je passe sur le rôle du producteur des spectacles des Dave, risible à force de tirer le trait. Je passe sur les faiblesses des dialogues, le rôle sans envergure de Patrick Timsit, incarnant le mari de Sylvie Testud, la seule soeur de la fratrie des kidnappeurs qui, elle, alors qu’on la sait capable d’être excellente, est complètement transparente – un conseil, Sylvie, si tu me permets : tu tournes trop, beaucoup trop. Concentre-toi sur quelques bons scénarios. Tu vas finir comme Mathilde Seigner sinon…
Pour un peu, avec tout ça, je serais en colère. Non mais c’est vrai quoi. Faut bosser un peu, Joël Franka ! Je sais, gars, c’est ton premier film – ton job, c’est monteur de l’émission Rendez-vous en terre inconnue -, tu as réussi à réunir un casting pas si dégueulasse que ça, ça doit foutre les jetons, et tu as méga la pression car, mine de rien, les enjeux financiers sont importants. Ok. Mais merde à la fin. Un peu d’audace, que diantre !

PARFOIS, ÇA DECOLLE. POUR MIEUX RETOMBER MAIS ÇA DECOLLE 

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Je sais que c’est possible, un premier film audacieux. Tiens, rien que cette semaine, prends Le diable dans la peau, de Gilles Martinerie. Lui, il a pris des risques. Lui, il est couillu. Lui, il a réussi son pari.
Oh ! je te vois venir, Joël. Tu vas me parler de tes 300 copies, à toi, et des deux pauvres salles parisiennes seulement accordées au Diable dans la peau… Oui. C’est vrai. C’est vrai et c’est triste. C’est sans doute le signe, Joël, que c’est toi qui est dans le vrai. Ça m’arrache la gueule, mais c’est ainsi… Ton deuxième film, il est dans la poche. On te l’accordera. Tu le tourneras. Peut-être même que tu le réussiras, va savoir.
Je n’en serais même pas étonné, tu sais. Car tu sais quoi, Joël? Je pense que tu peux le faire. Que tu sais faire. A certains moments, Une chanson pour ma mère décolle. Bon, c’est certes pour mieux retomber et s’éclater à terre comme une bouse tombant du trou du cul d’une vache, mais j’ai ri, souri. A plusieurs reprises. Pas cinquante, non plus, faut pas déconner, mais à plusieurs reprises, je le confesse volontiers.

TOUT REPOSE SUR LES FRELES EPAULES DE DAVE 

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Une saillie, aussi soudaine qu’inattendue. Un dialogue qui fait mouche, une scène rigolote. La photo de Dave et Claude François, torse-poil et moule bite 70’s – « ils jouent aux boules », s’exclame la mère mourante. La scène où les frangins, pour rester incognito, enfilent des masques ridicules. Dans le désordre, Tintin, un schtroumpf ou… Johnny. Drôle.
Celui qui s’en sort le mieux, c’est Dave. De très loin. Dave l’enjôleur, qui s’amuse comme un petit fou et qui, par son autodérision et sa bonne humeur, plus que par son jeu, sauve le film du marasme. Cela dit son jeu n’est pas si mauvais. Il parvient même à être émouvant quand, enfin, il arrive au chevet de la mamma qui va mourir. C’est bien, mais c’est un peu maigre, et un peu juste surtout.