20130418

Utilité et danger: de l’ambivalence de la poubelle

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Qui n’a jamais maudit ces invraisemblables et monstrueuses décharges à l’air libre d’où s’envolent mille papiers gras et que fouillent hélas des centaines de bambins affamés et malades ?
Et pourtant.


On frissonne en imaginant les fonds marins jonchés de carcasses métalliques où s’ébrouent des kyrielles de poissons et l’on imagine les moyens les plus sophistiqués ou les plus magiques pour faire disparaître ces bubons de la face de la Terre. Hélas, c’est que, partout, l’homme s’accompagne depuis toujours de ses déchets, ses fientes et ses rebuts.
Et finalement c’est peut-être un mal pour un bien.

POUBELLES BAVARDES

Car nous ne saurions que peu de choses de nos ancêtres s’ils n’avaient laissé aucune trace de leur passage et en particulier leurs objets.
Depuis les minuscules microlithes jusqu’aux gigantesques pyramides et alignements mégalithiques, sans parler des modifications des paysages. Sans documents écrits, l’histoire est réduite aux objets, aux traces et à leurs interprétations. Hélas, nos prédécesseurs nous ont laissé des objets muets, que nous essayons de faire parler, parler trop et parfois, parler ‘moderne’…

Ainsi trouvons-nous en préhistoire des marteaux, grattoirs, haches, etc.
Ainsi pouvons-nous expliquer le régime alimentaire comme les rites de certains hommes.
Ainsi d’aucuns ont-ils postulé que le matriarcat avait précédé le patriarcat.
Nous allons même jusqu’à nous trouver des ancêtres ! Certains – à la recherche d’une respectable antiquité – remontent ainsi la préhistoire jusqu’aux périodes les plus reculées (australanthropes), tandis que d’autres se raccordent aux temps pharaoniques quand d’autres se contentent simplement des Gaulois…

Les escargottières de Sumatra, exploitées pour le calcaire, ne sont que les déchets de peuples ramasseurs de coquillages et de leurs objets, les talus des abris du Périgord, le résultat de la taille de silex par des Cro Magnons. Comme les tells du Moyen Orient sont les résidus de villages précurseurs des millions de ruines urbaines (maisons, cimetières, rues, palais, théâtres…) parsemant les paysages, d’autant plus, que les techniques de prospection se perfectionnent. Radars, photos aériennes (et aussi infra rouges), photos satellitaires fournissent des données par milliards, du plus petit fossé de drainage au moindre tumulus. Les recueillir, les traiter et les comprendre est la tâche des archéologues et des historiens. Ce déversement d’ordures est en quelque sorte le pendant des civilisations : ce qu’elles abandonnent en disparaissant.

Le hic c’est qu’elles laissent toujours davantage de déchets. Des déchets de moins en moins biodégradables…

LA NATURE DE LA POUBELLE

poub02En général à propos des pollutions et des poubelles, nous nous pensons à l’abri dans nos habitats propres et tranquilles… et jouissons de contempler à la télé les spectacles peu ragoûtants des rejets en plein air, comme à Marseille, des drames de l’enfouissement napolitain ou les cimetières de voitures américains étalés sur des kilomètres…
Parfois, on nous montre des équipes de jeunes enthousiastes collaborer au ramassage des déchets et sommes stupéfiés de constater que même en rase campagne ce sont des tonnes de saloperies diverses que ces jeunes rassemblent au bord de riantes rivières ou dans des bois charmants. Il paraît que la voie qui conduit à l’Everest est jonchée de déchets et même, à une telle altitude, de restes humains congelés à jamais…

On semble avoir oublié que l’homme rejette sans cesse et depuis toujours. Les fameuses escargottières (kjoenkenmöddings), les tumuli du Proche-Orient, les abris sous roches du Périgord, les ruines gauloises ou mérovingiennes sous les rues de Paris, les nécropoles de l’Egypte pharaonique, ne sont rien d’autre que des poubelles. La différence vient de la nature des déchets, aujourd’hui très résistants (quoique les ateliers de silex des hommes de Cro Magnon soient tout autant indestructibles et les mégalithes bretons plus encore) et immensément plus nombreux et toxiques, du fait de notre démographie et du développement industriel des deux derniers siècles.

POUBELLES GLOBE-TROTTER

Lorsqu’un événement de grande envergure ou d’une force extraordinaire secoue la planète, il disperse tout y compris les poubelles. L’explosion du Krakatau en 1883 projeta des maisons entières dans l’hinterland de Sumatra et des poussières atmosphériques sur toute a planète. Les habitant de l’Oregon (côte Est des USA) ont vu ainsi arriver un énorme morceau de quai de 130 tonnes arraché au littoral japonais dernièrement (tsunami de Mars 2011). Mais avec lui, et avec bien d’autres morceaux, dérivent aussi des êtres vivants habitants les côtes du Japon et pas forcément bienvenus aux Etats-Unis.

Les Américains ont tiré la sonnette d’alarme : une étoile de mer (Asterias amurensis), un crabe et une algue (wakame) – au milieu des 90 espèces répertoriées sur ce tronçon de quai – menacent l’équilibre écologique de la côte. Ils sont très résistants, extrêmement gloutons et féconds : à preuve, leur capacité à traverser 7000 km d’océan sur une durée de 15 mois !

Pour l’anecdote, le ‘quai-voyageur’ sera donc détruit et un morceau érigé en souvenir des victimes du tsunami de Fukushima. Tout est dans le recyclage. CQFD.