20130524

Gatsby, loin d’être magnifique

gatsby affiche

Adapter Gatsby ? Couillu. Baz Luhrmann le fait à sa manière, c’est-à-dire en trahissant sans vergogne l’œuvre originale. Malheureusement surtout pour le pire car il livre un film trop atrocement (sur)chargé pour être bon.


Il en fait des tonnes, c’est épouvantable. Ça dégouline d’effets qui n’apportent rien, de grands travellings aériens inutiles, seulement destinés à (essayer de) justifier la 3D (j’ai vu le film en format classique, pour ce qui me concerne)… Et la musique ? Mon dieu la musique… Anachronique. Criarde. Entre rap et RnB. Loin, si loin des si belles Années Folles et du jazz qui forment pourtant le cadre du magnifique Gatsby d’origine. Et puis long, si long. 2h20. Des longueurs abyssales.
Baz Luhrmann, faute de finesse (redondance ?), a raté son Gatsby et n’évite le naufrage que grâce à DiCaprio, toujours parfait, et au dernier tiers de son film où, enfin, le jeu des acteurs l’emporte sur la lourdeur des artifices, jeux de lumières, clinquant des décors et débauches musicales. Un bref instant de poésie, réussi, quand Gatsby (Leonardo DiCaprio), perdant soudain de sa superbe, merveilleux de timidité et de peur enfantine, rencontre enfin son amour perdu de vue depuis cinq ans.

DU LUHRMANN PUR JUS 

Pour ceux qui n’auraient pas lu Scott Fiztgerald. On est en 1922. A New York. Dans les beaux quartiers de Long Island. Un certain Jay Gatsby, dont personne ne sait rien, vit fastueusement dans un manoir aux allures de château. Il y donne des fêtes magnifiques, où le tout New York se retrouve, s’étourdit d’alcool, de rires et de danses. Sauf Gatsby, mystérieux Gatsby, qui semble, lui, attendre autre chose. Quelqu’un, peut-être. Nick Carraway (Tobey Maguire, bon sans être transcendant, écrasé par le talent de DiCaprio), apprenti écrivain, est le témoin privilégié de cette attente, qui tourne à l’obsession.
Une histoire d’amour contrarié, tirée d’un livre devenu mythique. Le tout déjà plusieurs fois adapté au cinéma. Pas facile donc de sortir du lot, et d’en faire quelque chose de neuf. Baz Luhrmann s’attaquait à un monument. Il s’y est cassé les dents. On peut, quand même, lui reconnaître le mérite d’avoir su oser trahir, sans gêne aucune, Francis Scott Fitzgerald. Couillu, ça oui alors !

Son Gatsby est rempli, jusqu’à overdose, des effets baroques qu’on avait déjà vus dans Moulin Rouge. Pas mal de références aussi, DiCaprio oblige, à Roméo + Juliette, son film le plus réussi. On ne pourra pas dire, alors, qu’il nous prend par surprise. On aime ou on n’aime pas, c’est du Luhrmann.

DICAPRIO NE PEUT PAS TOUT 

gatsby di caprio

C’est juste dommage d’avoir mis de côté tout ce qui fait le charme de Gatsby. La légèreté de l’époque, l’insouciance d’une parenthèse enchantée, du moins pour ceux que la croissance ne laissait pas sur le bord du chemin. Les Années Folles se suffisent à elles-mêmes et n’ont pas besoin de tant d’artifices pour être adaptées au monde contemporain. C’est la première grande déception de ce Gatsby. L’exubérance ronflante est la deuxième. La superficialité des effets construits pour la 3D, la troisième. Trois faits, implacables, qui feront vite oublier ce Gatsby. D’autant qu’il ne faut pas compter sur la mise en scène, sans grande inventivité, pour le sortir de l’ornière. Ni plans géniaux, ni idées novatrices. Rien, vraiment rien de follement savoureux à garder en mémoire. Sauf DiCaprio, évidemment.