20130527

Le temps de l’aventure : le cœur a ses raisons que la passion ne connaît point

temps de l'aventure affiche

Une rencontre dans un train peut-elle changer une vie ? On appelle cela un coup de foudre, et cela fait commettre bien des choses un peu folles. Pour une vie ou pour… le temps de l’aventure.


Le temps de l’aventure est sorti depuis quatre semaines déjà. Autant dire qu’il faut se hâter, et que cette critique vient bien tard. Mais les films ont une vie au-delà de leur projection en salles, non ? En parlant de la vie, ses carcans et ses limites, supposées ou bien réelles… C’est tout le sujet de ce Temps de l’aventure, offert par Jérôme Bonnell.
Alix (Emmanuelle Devos) est actrice. La quarantaine sans le sou, mais apparemment sereine, elle vit sans se soucier ni du passé, ni de l’avenir. Au présent, donc. Lequel n’est pas forcément folichon. Alix joue une pièce à Calais, avec sa troupe qui peine à la payer. Avant de monter sur scène, elle organise son déplacement à Paris, le lendemain. Un casting à passer.
La voilà dans le premier train du matin, sur le coup de 6h. En première, quand même. Devant elle, un homme. 45, 50 ans peut-être. Veste, costume et mine sombres. Intrigant. C’est Doug, Gabriel Byrne, mais on ne le sait pas encore.

LA RAISON EST-ELLE FINALEMENT SI VERTUEUSE ?

le-temps-de-l-aventure-10-04-2013-12-g

Entre eux, pas une parole. Juste un petit jeu de regards, troublés. Et cette sensation, étrange, qu’il se passe quelque chose. C’est Alix qui mène la danse, Emmanuelle Devos. Dans ce train comme dans tout le film. Magnifique Emmanuelle Devos, qui trouve de quoi faire éclater son talent, gigantesque. A la fois rayonnante et fragile.
Aborder cet homme qui l’intrigue, engager la conversation, ou ne rien en faire, attendre, hésiter ? Premier dilemme. Il y en aura bien d’autres. Le train arrive en gare du Nord sans qu’elle se soit décidée. Tout juste si, au moment de descendre, elle entend que l’homme à l’air si triste doit se rendre à l’église Sainte-Clotilde.
Le suivre alors ? Pas si simple… Alix a des obligations, une vie à mener. Antoine, d’abord, son compagnon avec qui elle vit depuis huit ans, mais qu’elle n’arrive pas à joindre au téléphone. Sa mère, sa sœur, ses problèmes d’argent. Son casting, aussi, qu’elle va passer, un peu en pilotage automatique. Deux prises. Deux manières de jouer différentes – une plongée, fugace, mais instructive, dans le cœur du métier d’actrice.
Il y a cependant cette petite musique en elle. Cette irrépressible envie de se rendre à Sainte-Clotilde. Le retrouver, lui, dont elle ne sait rien. On appelle ça un coup de foudre, je crois. Le type même de truc qui vous fait perdre la raison, commettre des choses dont vous vous croyiez incapables. Mais la raison est-elle finalement si vertueuse ? Ne vaut-il pas mieux, parfois, se laisser guider par son instinct ? Vivre pleinement, sans se soucier ni de demain, ni même de tout à l’heure ?

EMMANUELLE DEVOS, PASSIONNANTE PASSIONNEE 

De grandes interrogations existentielles, je sais. Des thèmes éculés aussi, mais dont Jérôme Bonnell se sort admirablement bien. Il sait filmer l’hésitation, l’audace réfrénée, mais finalement plus forte que tout. Il sait filmer la passion et il sait, surtout, filmer les silences, les regards, les prunelles expressives, humides de trop d’émotion. Cela dit, si en face, il n’y avait personne pour relever le défi, il pourrait savoir filmer que ça ne donnerait rien…
Le temps de l’aventure est un film avec des acteurs, des vrais. Et à ce petit jeu-là, Emmanuelle Devos sort du lot. D’une sensibilité folle, tiraillée entre le devoir et la passion. Parfaite dans ses hésitations comme dans ses moments d’abandon. Gabriel Byrne est plus en retrait. C’est le chassé, la proie, quand Devos est la chasseuse. Lui n’a qu’à se laisser apprivoiser, approcher. Il est un roc, l’homme mature qui sait que tout cela ne mène généralement jamais très loin.
« Et si je te demandais, là, maintenant, de venir avec moi en Angleterre ? » s’enquiert-il ainsi auprès d’Alix. « Pourquoi ne me le demandes-tu pas ? » « Parce que je lis déjà la réponse dans tes yeux. » Evidemment, le roc n’est que d’argile. La fragilité cachée n’est jamais loin, les failles et les douleurs non plus. Le coup de foudre est partagé, et les questions soulevées sont les mêmes, homme ou femme…
Se laisser aller, lutter ?